Que Dios Nos Perdone réalisé par Rodrigo Sorogoyen [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des «indignés» et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion… Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes : sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Parfois on attache peu d’importance aux prix que les films peuvent remporter. C’est notamment le cas avec les César qui ne récompensent pas toujours les films qui le méritent pleinement. Cependant quand il s’agit d’un prix à l’étranger, cela donne une saveur particulière. Et surtout, cela permet au film de quitter son territoire pour aller se frotter au cinéma français. Après La colère d’un homme patient (récompensé par quatre Goya) dont je vous avais dit beaucoup de bien en avril dernier, voici de nouveau un thriller policier. Celui-ci a offert à son acteur principal Roberto Álamo, le Goya du meilleur acteur. Prix non usurpé tant son interprétation de flic borderline est d’une qualité incroyable. On pourra même regretter que son binôme et collègue Antonio de la Torre également impeccable en flic bègue minutieux qui va tout faire pour découvrir et arrêter le tueur en série, n’ait pas reçu de prix également. Il avait déjà marqué les esprits dans La colère… citée précédemment.

Alfaro et Velarde vont devoir faire parler les poings pour résoudre les meurtres en série

De facture classique, ce polar espagnol emprunte au meilleur du cinéma français des années 1970 (on pense à Melville ou Verneuil) pour l’ambiance poisseuse qui s’en dégage et pour le portrait de ces flics loin d’être parfaits. Sur fond de crise économique (nous sommes en 2011) et d’arrivée du pape, Rodrigo Sorogoyen signe un second film haletant qui place les enquêteurs au limite de leur propre raison et de leurs contradictions. Doivent-ils plonger dans l’horreur et la violence pour retrouver et arrêter le meurtrier ? En multipliant les pistes dès l’ouverture, le réalisateur espagnol cherche à nous semer pour être autant dans le brouillard que nos deux anti-héros. La moiteur de cet été caniculaire, les tensions liées aux mouvements des indignés, la colère de ces flics sous-estimés transparaissent dans l’enquête et paralysent certaines actions. Quant à l’horreur des crimes commis sur des vieilles dames seules, elle renforce ce côté glauque du propos exposé.

Pourtant au fur et à mesure que l’intrigue avance et que l’étau se resserre, Rodrigo Sorogoyen décide de nous révéler, une demi-heure avant la fin, l’identité du serial-killer. Ainsi le spectateur a désormais une longueur d’avance sur les enquêteurs. Pourquoi un tel procédé ? Simplement pour renforcer notre attachement auprès de Velarde et Alfaro, au moment où ces derniers sont rejetés par leur hiérarchie. L’idée intelligente est de nous pousser au plus proche du crime et de l’horreur en faisant de nous les complices impassibles du tueur. En nous paralysant dans nos fauteuils alors que nos deux inspecteurs tentent le tout pour le tout afin de l’arrêter au péril de leur vie et surtout de leur santé mentale. Le film ose ainsi franchir la ligne ténue entre la légalité et la volonté de se faire justice soi-même. Une frontière qui met mal à l’aise car elle nous rend complice d’une justice solitaire et pourtant salutaire au final.

En résumé, soutenu par un casting impeccable de force avec ce que l’on appelle “des gueules de cinéma” (dont Antonio de la Torre, Roberto Álamo ou encore Luis Zahera), Rodrigo Sorogoyen livre un polar de facture classique. Et pourtant ce film policier, haletant, glauque et poisseux, met mal à l’aise. Certaines scènes de crime sont même insoutenables et le final est surprenant. L’Espagne prouve en 2017 qu’elle sait se placer avec brio sur le terrain du film de genre. En renouvelant l’esprit des polars des années 1970, ce cinéma ibérique prouve qu’il vaut bien plus que les nombreuses productions formatées de cet été. Et rien que pour cela, c’est déjà une belle réussite !

Avertissement : ce film est interdit aux moins de 12 ans

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