Deux Jours, Une Nuit [Critique]

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Une femme affaiblie faisant face à une société capitaliste

“Sandra, aidée par son mari, n’a qu’un week-end pour aller voir ses collègues et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail. “

Au Festival de Cannes, nous retrouvons chaque année de jeunes réalisateurs, mais également des têtes connues. Pour certains, c’est presque habituel que de venir présenté un film de temps à autre dans ce Festival français de renommée mondiale. Parmi les habitués, nous retrouvons depuis peu Nicolas Winding Refn, David Cronenberg ou encore Naomi Kawase, mais également les plus belges des réalisateurs français, les frères Dardenne. Du haut de leur courte filmographie en tant que réalisateurs – 9 films en 23 ans tout de même -, ils ont  façonné un genre qui est le film des frères Dardenne, de la même manière que l’on reconnaît très aisément un film réalisé par Abdelatif Kechiche. Les films se ressemblent, on y retrouve des thématiques qui leur tiennent à cœur et une réalisation qui est toujours similaire, mais si on aime, c’est toujours un plaisir que de les retrouver. Tous les trois ans, Jean-Pierre et Luc Dardenne viennent faire un tour sur la croisette avec un nouveau long-métrage.

Après avoir reçu deux Palmes d’Or et trois ans après avoir présenté la belle surprise, j’ai nommé Le Gamin au Vélo, ils reviennent un film social et imprégné de l’actualité puisque traitant de la cruauté humaine à travers l’appât du gain et la difficulté de subvenir à ces besoins. Loin de la fresque romanesque que l’on suivait avec délectation dans Le Gamin au Vélo, “Deux Jours, Une Nuit” est un film intimiste, où le scénario souhaite interloquer le spectateur, sans pour autant vouloir le choquer. Dans l’optique d’être toujours plus proche de la réalité, afin de faire prendre conscience, les réalisateurs mettent le spectateur face à une jeune femme souffrante, qui doit faire face à un problème sans précédent : elle a 48 heures si elle souhaite convaincre ces collègues de voter pour qu’elle garde son emploi, mais en contrepartie, ils devront dire adieu à leur prime de 1000€. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette histoire, c’est la volonté des frères Dardenne qui est d’aller chercher ce qu’il y a de plus grave dans notre société afin de réussir à mener cette histoire dramatique vers une morale humaniste et presque joyeuse. De plus, contrairement à beaucoup de cinéastes, ils ne se voilent pas la face et osent confronter le spectateur – grâce au personnage principal auquel il peut pleinement s’immerger – à des personnages outranciers, aux égos surdimensionnés, qui n’essayent pas de nouer un dialogue. Là où on pourrait croire qu’il y a plus de fiction que de réalité, on y voit surtout une parfaite retranscription d’une réalité où les humains sont blessés à cause d’une société qui ne leur laisse pas d’autre choix que de s’imposer quitte à blesser.

Simpliste dans son traitement, il s’avère être assez bien mené grâce à une narration solide où les émotions ne se chevauchent pas, mais au contraire découlent tout naturellement au fur et à mesure de l’avancement du périple physique et psychologique mené par Sandra. Incarnée par Marion Cotillard, Sandra est un personnage qui ne reflète pas l’humain en règle générale, mais bien un personnage affaibli à cause de la société. Agaçante dans un premier temps, à cause de répliques et de réactions qui rendent le personnage antipathique. Déboussolé, le spectateur ne comprend pas bien pourquoi, dans un premier temps, les réalisateurs insistent sur le côté faible et antipathique du personnage par le biais d’une mise en scène théâtrale et faussement naturaliste, mais cette première partie dramatique prend tout son sens une fois le chemin de croix lancé. Véritable chemin de croix qui va pousser Sandra à rencontrer des personnages aux personnalités bien différentes les uns des autres, celui-ci va lui permettre de prendre conscience et vont littéralement changé sa façon de voir les choses. Un voyage qui va la bousculer, mais qui va lui faire du bien tout en faisant du bien au spectateur, puisqu’elle va psychologiquement évolué et passé de personnage antipathique à un personnage sympathique.

Bien écrit, même si n’hésitant pas à exagérer les réactions des personnages, ce qui est déroutant et dérangeant par moment, “Deux Jours, Une Nuit” dispose d’une vision intéressante de notre société puisque tout à fait réaliste avec un couple touchant et auquel on s’accroche malgré un jeu d’acteur redondant concernant Marion Cotillard qui n’en fini plus des personnages aux douloureux traumatismes. À noter l’excellente prestation de Fabrizio Rongione qui se révèle enfin et offre une prestation sachant faire la part entre la prise de recul et la volonté de bousculer. Dès les premières images, on comprend que Deux Jours, Une Nuit est un film réalisé par les frères Dardenne. Une réalisation composée en grande partie de plans-séquences, qui finissent toujours par s’apitoyer sur le sort des personnages avec des rapprochements caméra du personnage principal, ainsi qu’une mise en scène théâtrale, mais ayant pour but de refléter une vérité vraie et une société où la part d’humanité de chacun ne cesse de diminuer malgré des exceptions qui nous portent à croire que rien n’est perdu. C’est beau, c’est mignon et on passe un bon moment.

3.5

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