Dans la Brume réalisé par Daniel Roby [Sortie de Séance Cinéma]



Synopsis : “ Le jour où une étrange brume mortelle submerge Paris, des survivants trouvent refuge dans les derniers étages des immeubles et sur les toits de la capitale. Sans informations, sans électricité, sans eau ni nourriture, une petite famille tente de survivre à cette catastrophe… Mais les heures passent et un constat s’impose : les secours ne viendront pas et il faudra, pour espérer s’en sortir, tenter sa chance dans la brume… ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

On a pu remarquer dernièrement une démarche vers l’émergence d’un cinéma de genre en France, plus particulièrement dans le circuit du cinéma d’auteur avec des films comme Grave ou La Nuit a dévoré le Monde, des premiers films qui marquent l’arrivée de nouveaux auteurs avec des nouvelles visions. Dans la Brume diffère légèrement de la démarche de Julia Ducournau et Dominique Rocher, puisqu’il s’agit ici plus d’une démarche vers un cinéma de genre « grand public ». Notamment produit par les studios TF1, avec à la réalisation un cinéaste québécois, Daniel Roby, pays où le cinéma de genre français s’est fait plus ou moins un petit nid si l’on évoque des cinéastes comme Pascal Laugier avec Martyrs et son récent Ghostland. Un film de genre français avec un plus gros budget que les petites productions d’auteurs, ayant pour but de faire plus exactement du cinéma de divertissement, mais à la française. Dans la Brume se déroule dans un Paris qui se retrouve soudainement envahi par une Brume épaisse et toxique, où un couple (Romain Duris et Olga Kurylenko) se réfugie dans un appartement en hauteur, tandis que leur fille (Fantine Harduin, révélée dans le film Happy End réalisé par Michael Haneke) se trouve dans l’appartement du dessous, submergé par la brume, la jeune fille étant protégé littéralement dans une bulle (le film tourne clairement autour d’une métaphore sur la surprotection parentale) où l’air est pressurisé, l’enfant souffrant d’une maladie. La bulle fonctionnant en autonomie avec des recharges de batteries, une course contre la montre commence pour le couple qui tente de sauver leur fille et d’échapper à la brume qui monte progressivement.

“Un divertissement efficace qui ouvre la possibilité à un cinéma de genre « grand public » prometteur.”


La première qualité du film de Daniel Roby est d’avoir réussi à imaginer un Paris dévasté submergé par cette brume apocalyptique et transformant la ville en un lieu chaotique. Un Paris rempli de cadavres sans vie, crédible autant sur la forme que sur le fond, notamment lorsqu’il s’agit de montrer de loin des émeutes au niveau du monument Notre Dame de Paris. Le cinéaste crée un univers apocalyptique cohérent et réaliste auquel on arrive à croire, à l’image du Paris sous apocalypse zombies de La Nuit a dévoré le Monde. L’utilisation de technologies avancées nous permet de situer l’intrigue dans un futur proche tout en restant actuel, où l’on retrouve certains sujets tels que la pollution, l’individualisme de notre société, sans pour autant atteindre le paroxysme des métaphores qui émerger dans les visions d’auteurs de Grave et La Nuit a dévoré le Monde.

Car ce qui manque au film de Daniel Roby, c’est une vision d’auteur. Le film ne prend pas de risques et se contente d’avoir recours à des ressorts scénaristiques déjà vus dans le cahier des charges du film de genre et plus particulièrement du survival. Les personnages tentent de résoudre un problème, jusqu’au moment où la solution trouvée est désamorcée par un ressort scénaristique afin de relancer le problème et de pousser les personnages à chercher une autre résolution. La résolution finale du film amène par ailleurs son lot d’incohérences sur le reste du film. Bref, plusieurs ressorts scénaristiques qui sur le papier paraissent peu originaux, mais qui ne manquent pas d’efficacité. Si le film Dans la Brume ne cherche pas forcément à aller plus loin dans sa prise de risque, ne proposant pas une vision d’auteur politique et assumé comme on peut en retrouver dans le circuit du cinéma d’auteur, Daniel Roby signe un film de divertissement qui fonctionne. Dans la Brume captive, nous tient en haleine pendant 1H29 sans relâcher la tension, par un lot de péripéties qui, à défaut d’être original, rythme le film, remplissant amplement son contrat de divertissement avec des personnages auxquels le spectateur parviendra à d’identifier, interprétés par des acteurs crédibles qui font leur job.

Le film s’engage par moment vers la voie de la métaphore, la brume devenant une métaphore sur notre société et sur le monde que nous laissons à notre descendance, ainsi que la surprotection parentale citée plus tôt dans cette critique, notamment avec la métaphore de la bulle que représente cette machine qui protège l’enfant de l’air extérieur, les parents cherchant à la protéger du monde qui l’entoure, de la brume en conséquence. Une métaphore que le film n’explore qu’en surface, restant purement un film de divertissement français, mais dont la démarche laisse espérer que le cinéma de genre, après avoir fait ses preuves dans le circuit underground du cinéma d’auteur, puisse amener des propositions intéressantes dans un cinéma grand public qui commence à saturer de la comédie française. Si Dans la Brume n’atteint pas le paroxysme d’une véritable vision d’auteur avec un discours politique comme l’excellente proposition de Dominique Rocher avec La Nuit a dévoré le Monde, le film de Daniel Roby n’en demeure pas moins un divertissement efficace qui ouvre la possibilité à un cinéma de genre « grand public » prometteur. Et c’est déjà pas mal.


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