[Critique] Things People Do réalisé par Saar Klein

Things-People-Do

 

“Bill, un père de famille dévoué, perd son travail du jour au lendemain. Il n’a alors pas d’autre choix que celui d’entrer, presque à son insu, dans l’illégalité. Quand il se lie d’amitié avec un inspecteur de police, c’est la double vie qui est désormais la sienne qui risque à terme d’être révélée…”

“Drame humaniste trouvant sa source au sein même de notre société.”

Pour son premier film en tant que réalisateur, le cinéaste israélien Saar Klein a décidé de s’attarder sur un homme dont la vie n’a pas réservé que de beaux moments. Présenté en compétition au dernier Festival International du film de Marrakech, mais également Festival du Cinéma Américain de Deauville, où il remporta le prix du 40e anniversaire, Things People Do s’apprête à sortir dans les salles françaises dans ce qui semble être l’indifférence la plus totale. Face à Kingsman : Services Secrets, American Sniper ou encore Bis, il est vrai que les salles de cinéma qui cherchent avant tout la rentabilité, ne vont pas prendre le risque de projeter un film comme celui-ci. Mais n’avoir aucune publicité, ni même être connu des badauds n’est pas pour autant un gage de médiocrité. Il suffit de voir le magnifique Félix et Meira paru il y a de ça quelques jours pour comprendre que les films méritants ne sont pas forcément ceux auxquels on croît. Things People Do est-il dont un premier film méritant ?

Quand la déchéance du protagoniste de Breaking Bad rencontre la réalisation contemplative de Terrence Malick. Difficile de mieux résumer le long-métrage qu’avec une autre phrase que cette dernière. Articulé autour d’un personnage masculin, dont la vie va littéralement basculer dès le moment où il va perdre son travail, on retrouve en ce Things People Do beaucoup de similitudes scénaristiques avec la série télévisée créée par Vince Gilligan. Fortement prévisible à cause de mécaniques déjà usées, le scénario réussi envers et contre tout à maintenir le spectateur au cœur de cet engrenage qui va mener le personnage incarné par Wes Bentley a jouer avec le feu et franchir la barrière qui sépare le bonheur sous la légalité et le bonheur sous l’illégalité qui conduit forcément à un ou plusieurs malheurs. Ne reposant pas sur un scénario aux lectures multiples, ce long-métrage, aussi linéaire soit-il, utilise avec une extrême justesse sa thématique première afin de pousser les personnages dans leurs derniers retranchements. Du bonheur au malheur, de la vie à la mort, il ne suffit que d’un pas pour franchir cette fine frontière, mais entre ses deux extrêmes subsistent des émotions qui nous sont familières, mais qui, dans un contexte particulier peuvent avoir des répercussions beaucoup plus fortes. La colère, l’envie et la joie forment un trio d’émotions qui porte le film et rend certaines séquences déroutantes. Dans le doute et sans prendre le temps de la réflexion, l’ont peut-être ému ou réagir pour diverses raisons et souvent pas pour les bonnes. C’est sur cela que Saar Klein, également présent en tant que scénariste, c’est appliqué afin de faire de sa simple histoire de déchéance, un film fort et au travers duquel l’épopée douloureuse vécue par le protagoniste conduira à une morale

Plus proche de The Tree of Life que de Breaking Bad sur le plan visuel (tout en conservant une harmonie très sombre à l’étalonnage, jouant la carte de l’opposition avec la vie censée être de rêve que vivent la famille du protagoniste), Things People Do va chercher chez les plus grands des façons de mettre en image des émotions. Musiques orchestrales et entraînantes dans les moments de pétage de plomb, musiques d’ambiance et intimistes lors des scènes de doutes, tout est fait pour amplifier les émotions ou au contraire, jouer la carte de l’opposition comme savais très bien le faire Stanley Kubrick pour ne citer que lui. Par le biais d’un travail minutieux sur le son, le film trouve en sa bande sonore, la singularité qu’il ne possède pas en son scénario. Raccords son, jeu sur le hors champ avec des sons dont la provenance nous est inconnu, longs silences, musique d’ambiance ou comme il a déjà été explicité, musiques orchestrales afin d’amplifier une émotion bonne comme mauvaise, chaque sonorité qui provienne du champ ou non possède son explication et son utilité. Le travail est minutieux, le travail est intelligent, mais il est avant tout en corrélation avec une mise en abime contemplative. Tout aussi inspiré sur le plan visuel que sonore, Saar Klein forge par le biais de sa mise en scène, un retour aux sources de l’homme et de ses émotions. L’imagerie utilisée rapproche le temps de quelques séquences le film Things People Do au long-métrage de Terrence Malick : The Tree of Life. Un aspect “the american way of life”, une philosophie naturaliste, la connexion entre l’homme et l’animal, la voix off sur fond d’images de la nature…

Qu’est-ce qui peut pousser un homme à transgresser les lois afin de subvenir aux besoins de sa vie qui vit dans une société de consommation où acheter et consommer n’est plus un droit, mais un devoir ? Saar Klein répond à cette question au travers de cette première œuvre, qui malgré un scénario à l’histoire convenue et sans grande surprise, réussi à maintenir le spectateur en émois grâce à une mise en scène inspirée, mais avant tout grâce à une technique singulière inspirée par de grands cinéastes comme Terrence Malick ou encore Stanley Kubrick. Il n’y a pas foncièrement énormément à dire sur ce long-métrage, mais même si son originalité ne tient que sur un fil de lin, ce qu’il entreprend et réalise est de bonne facture. Réaliste dans les réactions des personnages et astucieux dans l’implémentation et l’utilisation à contre-emploi d’émotions comme la colère ou la joie, renforce l’humanité que dégage ce film, ainsi que la critique effectuée envers notre société, omniprésente en arrière-plan. Porté par les très belles performances de Wes Bentley, Jason Isaac et Vinessa Shaw, Things People Do possède suffisamment de qualités et d’idées cinématographiques pour tenter le cinéphile à la recherche d’un drame humaniste trouvant sa source au sein même de notre société.

3/5

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