[Critique] The Voices réalisé par Marjane Satrapi

The-Voices

Synopsis : “Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments…”


 

“A la limite entre l’utopie et l’horreur, immersion dans la vie d’un homme pas comme les autres”

Réalisatrice iranienne habituée à jouer sur l’imaginaire dans le but de critiquer plus ouvertement la nature humaine ou encore les conflits créés par l’homme, Marjane Satrapi revient au cinéma avec un film qui reprend les codes de ses précédents films, mais avec mesure. Premier projet américain dont le scénario sort tout droit de la fameuse blacklist des scénarios dis inadaptables, The Voices comporte tous les ingrédients du cinéma que l’on connaît de Marjane Satrapi : la fougue et la précision de Persépolis, la poésie de Poulet aux Prunes et la drôlerie mesurée de La Bande des Jotas. Tous ces ingrédients réunis forment un nourrisson inattendu, une chose qui n’a rien d’humain, mais possède la vivacité d’esprit de Ryan Reynolds, la tête de Gemma Arterton, la voix d’Anna Kendrick et le corps de Monsieur Moustache. Ça semble très étrange vous me direz et ça l’est en effet. Oui, The Voices est un film étrange, un mélange des genres délirant, décomplexé et avant tout original.

Long-métrage qui joue la carte du multi-registre, The Voices est un film inattendu, qui réussit à surprendre constamment le spectateur venu à l’improviste dans la salle de cinéma. Usant des codes de la comédie burlesque dans ses premières minutes, le film fait sourire et rire à plusieurs moments grâce à l’absurdité jubilatoire des personnages et plus précisément de son protagoniste. Saugrenu et totalement idiot, Jerry a tout du “dumb” comme il a été mis en tête d’affiche par Jim Carrey et Jeff Daniels il y a vingt et un ans de cela. Possédant la vivacité d’esprit et les réactions d’un enfant en bas âge, c’est sa faculté à réagir de manière surréaliste et invraisemblable pour un homme paraissant mature, qui va rendre ce personnage drôle et attachant. Subtilement dosées, l’écriture et la façon de le mettre en scène évitent toutes moqueries via-à-vis du personnage, dont le spectateur discerne très rapidement un problème mental. Au contraire, c’est une empathie immédiate qui va se mettre en place, de façon à ce que le film en apprenne davantage sur le personnage au spectateur dans le but de le conduire vers une résolution attendue et conventionnelle. Sauf qu’il n’en est rien.

Sans aller dans le plus infime des détails, histoire de ne pas révéler les grands moments et rebondissements qui composent le long-métrage, The Voices a la faculté de surprendre en mettant ses personnages dans des situations inopinées. Partant d’un préambule somme toute assez simple, le récit va très rapidement, et sans que le spectateur s’y attende, bifurquer et changer totalement de registre. De la comédie burlesque, le film change de trajectoire et s’enfonce dans les méandres de l’horreur psychologique. Sans avoir la volonté de terrifier, Marjane Satrapi s’accapare la personnalité du protagoniste pour effectuer une opposition des plus intéressante : l’inconscient face à la réalité. “Que se passe-t-il dans la tête d’un homme qui oublie de prendre ses médicaments ?” Laissant le récit aller et venir entre la comédie burlesque, presque guignolesque et le film horrifique, dramatique, la réalisatrice joue habilement sur cette dichotomie par le biais de sa mise en scène et de la direction artistique choisie pour faire comprendre au spectateur quel est le point de vu adopté. Appartement insalubre et couleurs ternes pour l’une des visions, face à un appartement propre et à des couleurs chatoyantes et saturées pour l’autre. Pouvant passer de la vision de l’inconscient du protagoniste à la réalité en un simple changement de plan, le film a la faculté d’alterner avec fluidité et aisance entre les deux visions, juxtaposant grâce au montage l’horreur de la réalité, au monde utopique dans lequel croît vivre Jerry. Ce jeu rendu possible grâce au montage, la direction artistique et la narration, renforce l’aspect horrifique de la personnalité du protagoniste et par ailleurs l’empathie que possède le spectateur à l’égard de ce personnage. Il est fou, mais touchant et le trio qu’il forme avec son chien et son chat est incroyablement drôle.

En Conclusion :

Dire que Ryan Reynolds est un bon acteur relève du simple rêve surréaliste, mais il faut se rendre à l’évidence. Dans le long-métrage The Voices, Ryan Reynolds trouve son plus grand rôle, à ce jour. Drôle, touchant et jouant avec son image, notamment dans le générique final absolument Ardoisehilarant, il surprend et porte littéralement le film sur ses épaules. Ainsi que sur les épaules de son chat, Monsieur Moustache, et de son chien, Bosco, dont il a lui-même effectué les doublages. Secondé par Gemma Arterton et Anna Kendrick, Ryan Reynolds est bien entouré. Tellement bien entouré que la réalisatrice ose et ne se reposer jamais sur ce trio d’acteurs hollywoodiens, préférant tenter des choses, toujours dans le but de surprendre le spectateur et le laisser en alerte jusqu’au générique. Jubilatoire et totalement insensé, Marjane Satrapi surprend et utilise à bon escient son imagination débordante en servant une comédie horrifique délirante et terrifiante à la fois, qui ne laissera personne indifférent. Entre punchs-lines vulgaires lancées par un chat délirant et générique kitch à souhait, la réalisatrice ose et on aime ça !


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