[Critique] The Duke of Burgundy réalisé par Peter Strickland

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Synopsis : “Quelque part, en Europe, il n’y a pas si longtemps… Cynthia et Evelyn s’aiment. Jour après jour, le couple pratique le même rituel qui se termine par la punition d’Evelyn, mais Cynthia souhaiterait une relation plus conventionnelle. L’obsession d’Evelyn se transforme rapidement en une addiction qui mène leur relation à un point de rupture…”

Passé complètement inaperçu lors de sa sortie cinéma, on se demande toujours comment les spectateurs font pour se plaindre des films qu’on leur propose au cinéma, tout en sachant qu’ils ne laissent pas leur chance aux films qui sortent de l’archétype fondé par le cinéma hollywoodien. Après tout, ce n’est pas toujours de leur faute. Les exploitants ont par moment pas le choix de le proposer ou tout au contraire, vont refuser le film, car pas dans la cible qu’ils visent. The Duke of Burgundy est clairement un film pas fait pour un large public. Certains en diraient qu’il est incompréhensible. D’autres en riraient lors de scènes plus sensuelles, car au fond d’eux ils ne sauraient pas comment réagir à ce qu’on leur proposerait. Reste la troisième catégorie de spectateurs qui réussi à avoir un esprit suffisamment ouvert pour se prêter à des expérience telle celle proposée par The Duke of Burgundy. Maintenant disponible en DVD et Blu-Ray dans les meilleures boutiques, que peut on dire sur ce film ? Mérite-t-il que l’on s’attarde sur lui et qu’on dépense entre 18 et 23€ pour l’acquérir ?

Nouveau et troisième long-métrage de Peter Strickland, The Duke of Burgundy complète une filmographie centrée sur les différentes émotions que peuvent amener à ressentir des personnes, grâce ou à cause d’un amour. Les différents sens dont sont dotés les êtres humains sont des éléments majeurs dans le cinéma qu’affectionne et qu’exploite Peter Strickland. Dans son premier film, Katalin Varga, le paysage était un miroir de la conscience des protagonistes. Dans son second film, Berberian Sound Studio, c’était cette fois le son qui avait une place prépondérante. Le son apportait au personnage des émotions qu’il ne pouvait ressentir dans sa vie personnelle. Un plaisir qui passait par les hurlements des actrices, par la peur donc. The Duke of Burgundy s’avère beaucoup plus métaphorique et imagé que les précédents films cités. Une histoire d’amour intemporelle et sensuelle, incarnée par des femmes mystérieuses évoluant dans des décors mystiques, voire oppressants. Ce qui semble être un “melting pot” de ce qui se fait de plus racoleur dans le cinéma qui se dit d’auteur et qui est détesté par les “haters” des derniers films de Terrence Malick en date, est en réalité un des plus beaux films qu’on ai pu voir depuis plusieurs années.

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Reposant sur une narration intégralement pensée par la mise en scène et non les dialogues, The Duke of Burgundy décontenance autant qu’il enchante. Les personnages ne se présentent pas, le spectateur ne sait pas comment réagir, fait face à des femmes sur lesquels il n’a aucun pouvoir. Ce sentiment de pouvoir procuré par les films dont les points de vues diffèrent et passent à un moment par un point de vue omniscient, n’est à aucun moment offert au spectateur. Le spectateur ne reste que spectateur de cette histoire d’amour destructrice. Un bien pour un mal. Le film en ressort grandi, car incomparable au restant du panel cinématographique du moment, mais le spectateur en ressort frustré, car sachant avoir fait face à quelque chose de magnifique, mais auquel il n’aura pu prendre part. Un film qui n’est véritablement qu’une expérience singulière qui est présenté aux spectateurs, mais pour laquelle il n’a aucune empathie. Telles les deux principales actrices, il reste comme hypnotisé par une beauté formelle qui en dit long sur les émotions par lesquelles passent les protagonistes. Beaucoup trop métaphysique et métaphorique pour faire pleinement comprendre au premier visionnage chaque connotation appartenant à chaque plan ou action effectuée dans un plan, The Duke of Burgundy en reste non moins magnifique.

Il est vraisemblablement la version métaphorique de la forme première du cinéma, qui est de faire comprendre une histoire et des émotions par le biais d’un simple enchaînement d’images. Par le travail sur la mise en scène et une élégance, presque nonchalance dans les mouvements de caméra, Peter Strickland propose une histoire d’amour sensuelle et destructrice. Les deux personnages féminins, éperdument amoureuses l’une de l’autre, ne conçoivent pas l’amour de la même manière. Elles ne viennent vraisemblablement pas de la même classe sociale, même si l’on reste dans un rang de bourgeoisie. Un rang qui permet au film de mettre en exergue la pression qui peut être mise de la part d’un être sur un autre. Une pression qui fait référence à l’opposition de deux classes sociales, mais également à la pression par amour. Jusqu’où serait-elle capable d’aller par amour, pour ne pas perdre celle qu’elle aime ? Le rapport de force est d’une remarquable justesse et le scénario ne fait pas usage de longues tirades insipides ou désuètes pour le faire transparaître.

Tout passe exclusivement par la mise en scène et par le placement des corps dans les décors. En plus d’être parlants et connotés à chaque moment, les plans de ce long-métrage sont d’une beauté inouïe. Grâce à une réalisation élégante et d’un soin tout particulier accordé au cadrage, qui ne cadre pas n’importe quoi et ne cherche à aucun moment à créer du dynamisme, le film réussi à développer ses protagonistes et leur relation uniquement par l’image. Les quelques dialogues sont uniquement présents pour casser une routine certaine qui s’instaure néanmoins assez rapidement et rend le film plus long et lent qu’il n’aurait pu l’être. Malgré tout, le film rattrape toujours le spectateur par son imagerie et le travail de maître opéré par le directeur de la photographie. Par ses teintes de vert et de rouge, les deux couleurs prédominantes, aux connotations opposées, et son travail sur la saturation de la lumière et l’oppression provoquée par immensité des décors clairs-obscurs, il embellit le film et fait d’autant plus transparaitre les états psychologiques dans lesquels sont les protagonistes.


En Conclusion :

Difficile de parler de ce film, tant il peut être perçu de diverses manières. Une expérience singulière, à la fois sensuelle et sensorielle. Loin du cinéma grand public, didactique que l’on connaît, Peter Strickland expose deux personnages féminins en proie à une histoire d’amour destructrice. Le rapport de force entre les deux personnages, les états psychologiques dans lesquels elles vont être plongées, les diverses métaphores exposées par le réalisateur… tout est uniquement mis en place par le travail sur la mise en scène. Un film d’une richesse et d’une densité folle, mais qui malgré un travail visuel comme sonore prodigieux, en fait trop pour réussir à combler sur l’instant. Il faut le digérer, le laisser reposer et le voir à nouveau pour instaurer un peu de clarté dans cette sombre histoire d’amour.

Pour ceux qui souhaiteraient se le procurer, quelques mots sur l’édition Blu-Ray de The Duke of Burgundy. Un menu sobre et élégant à l’image du film, sur une des belles musiques de ce dernier. Un film à la qualité visuelle, comme sonore optimale, mais surtout 45 minutes de scènes coupées. Ces dernières sont uniquement lisibles d’affilé, ce qui est légèrement dérangeant, mais grâce à des panneaux (avec beaucoup beaucoup de texte) dans lesquels le réalisateur décrit l’utilité de la scène ils se regardent et reforment presque à elles seules le film. Des scènes qui vont venir en compléter d’autres. Certaines ont une utilité, d’autres non… Toujours un plus pour celui ou celle qui a adoré le long-métrage. Attention, le film n’a jamais été doublé, n’espérez pas y trouver une version française. Uniquement de la version originale sous-titrée.


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