[Critique] Seul sur Mars réalisé par Ridley Scott

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Synopsis : “Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.”

Réalisateur inconstant dans la qualité de ses productions cinématographiques, Ridley Scott en a connu de toutes les couleurs. Depuis le lynchage sur le web de son film Prometheus, vendu comme une nouvelle licence, mais finalement rattaché par un simple plan à l’anthologie Alien, il a du mal à reconquérir le cœur de ses anciens admirateurs. Le temps de Alien, Blade Runner, Gladiator ou même American Gangster semble bien loin, mais qu’on le veuille ou non, Ridley Scott reste un très grand metteur en scène. On lui doit des films qui ont bercé des générations et marqué le cinéma. Néanmoins, avec la sortie de Exodus: Gods And Kings il y a moins d’un an de cela, il nous a fait très peur et on avait cru le perdre définitivement. Seul sur Mars s’est avéré être sa carte de la dernière chance. Avant de se replonger dans la saga Prometheus/Alien pour plusieurs films comme il l’annonce, nous livre-t-il son film original le plus convaincant des années 2010, voire plus ?

Original non. Seul sur Mars, autrement dit The Martian par son titre original est l’adaptation du succès littéraire du même nom écrit par Andy Weir et publié en 2011. La 20th Century Fox a, en 2013, acquis les droits du roman et très rapidement, Ridley Scott c’est positionné sur le projet. Et ce, malgré un emploi du temps bien chargé avec de nombreuses, voire uniquement de grosses productions. Seul sur Mars n’est pas sur le papier le roman le plus simple à adapter au cinéma. Loin des conventions scénaristiques hollywoodiennes, le roman repose sur un enchaînement de journaux de bord écrits par Mark Watney, astronaute biologiste qui à la suite d’une tempête, va se retrouver seul et laissé pour mort sur la planète Mars. Un enchaînement de journaux de bord n’est pas chose facile à transposer au cinéma, mais c’est un procédé auquel s’est rattaché Drew Goddard, scénariste du long-métrage. Seul sur Mars n’est pas ce que l’on pourrait appeler comme un grand film, mais c’est un film qui réussit à scotcher le spectateur et qui va l’emporter pendant un peu plus de deux heures dans une course contre la montre qui va s’étaler sur plus d’un an. C’est notamment grâce au procédé du journal de bord que le spectateur va se sentir proche du personnage principal.

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Seul sur cette planète désertique, il va se confier au spectateur par le biais du système réseau de la station et des équipements dont il va se servir. Le scénario du film est incroyablement didactique et les seuls moments où le suspense va se faire ressentir vont être résolument classiques dans leurs déroulements. Drew Goddard veut nous faire croire qu’il pourrait se passer des évènements ou non, alors que finalement il n’arrivera peut-être rien. Un suspense qui se fait désirer, mais une pression présente grâce à un attachement humain et naturel qui se créé rapidement entre Mark Watney et le spectateur. En se confiant à son journal de bord (mis en scène avec des regards caméras, ce qui implique davantage le spectateur qui se sent dans la proximité), mais aussi en étant optimiste et décomplexé face à la mort. Un protagoniste qui est seul et qui doit tout faire pour se rattacher à la vie et ne pas perdre espoir. Il s’agit d’un personnage qui possède une psychologie humaine, qui n’est pas dénué de sens, qui ne se voile pas la face, mais pour garder espoir va conserver en lui ses peurs et mettre en avant sa joie de vivre. Un optimisme débordant de sincérité grâce au jeu d’acteur de Matt Damon et résolument cynique, ce qui renforce la sympathie immédiate que l’on peut ressentir vis à vis de ce protagoniste.

Un film au scénario simple dans son déroulement et le placement de ses rebondissements, mais qui, bien travaillé emporte le spectateur dans une aventure de plus de deux heures. Grâce à l’optimisme débordant du protagoniste, mais également au montage parallèle qui met en opposition l’action qui se déroule sur la planète Terre et celle qui se déroule sur Mars. Ce qui permet au film de ne pas paraître long ou redondant en donnant de l’importance à des personnages secondaires stéréotypés, mais qui nous ramènent sur Terre. Ils permettent au scénario de se diversifier et d’aborder avec facilité et efficacité certains thèmes “modernes” comme la communication. Deux actions qui s’enchevêtrent, vont avoir des répercussions l’une sur l’autre et permettent au spectateur d’avoir un point de vue omniscient, de ne pas rester oppressé sur Mars et son seul occupant. Un détail qui entache l’aspect survie et la dramaturgie du film, mais qui lui permet de se détacher de celui auquel on aurait trop tendance à le comparer : Seul au Monde de l’excellent Robert Zemeckis. Un principe similaire, mais une façon de concevoir les choses différente. Seul sur Mars n’est pas un drame, c’est un blockbuster américain de science-fiction. Un pur divertissement, là où Seul au Monde cherche à bouleverser le spectateur et à créer plus une empathie qu’une sympathie envers son protagoniste. Mark Watney est tout aussi touchant, mais l’on reste dans le domaine du surréalisme et de la fiction. Ce qu’on appelle du divertissement et du très bon.


En Conclusion :

Seul sur Mars n’est pas un grand Ridley Scott, mais c’est un très bon divertissement. Un scénario à la trame convenue et didactique, mais qui grâce à l’utilisation du procédé du journal de bord permet à son protagoniste de se lier au spectateur. Il apparaît comme cynique et optimiste face aux dures épreuves qu’il doit affronter. Le journal de bord paraissant comme une métaphore de l’image que l’on veut renvoyer de soi même en se voilant la face. Un personnage humain dans ses réflexions et dans la façon de se mettre en scène. Rien d’exceptionnel également dans la mise en scène de Ridley Scott, ni dans le montage, mais tout ce qui est fait, est bien fait. Visuellement beau et immersif, car jonglant entre les plans larges sur Mars et plans américains/moyens lorsque les personnages sont enfermés dans leurs stations sur Mars ou à la NASA, c’est sa bande sonore qui surprend davantage. Les compositions signées Harry Gregson-Williams ajoutent une dimension épique ou décomplexée aux séquences, en harmonie avec la psychologie du personnage. Tout en l’incrémentant de quelques morceaux de disco notamment, ce qui va amplifier l’aspect décomplexé et humain du film qui se veut comme un pur divertissement et ne cherche pas à en faire davantage. Un blockbuster comme on aimerait en voir davantage même s’il lui manque la créativité et l’originalité que peuvent avoir les meilleurs.


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