[Critique] Pan réalisé par Joe Wright avec Levi Miller (II)

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Synopsis : “Proposant un nouveau regard sur l’origine des personnages légendaires créés par J.M. Barrie, le film s’attache à l’histoire d’un orphelin enlevé au Pays Imaginaire. Là-bas, il vivra une aventurd palpitante et bravera maints dangers, tout en découvrant son destin : devenir le héros connu dans le monde entier sous le nom de Peter Pan.”

Créé en 1904 par J.M. Barrie pour les biens d’une pièce de théâtre, c’est seulement avec le roman Peter Pan & Wendy du même auteur que Peter Pan devint le personnage célèbre aujourd’hui connu de tous. Quelle que soit votre génération, Peter Pan est un personnage que vous connaissez forcément. Grâce au film d’animation de chez Disney paru en 1952, Peter Pan est le symbole des enfants qui ne souhaitent pas grandir, le symbole de l’amusement. Le personnage auquel chaque enfant peu s’identifier et aimerait connaître pour aller vivre des aventures au pays imaginaire. Depuis, Peter Pan est resté un enfant et a connu plusieurs adaptations, relectures et même une suite spirituelle. Du côté de la suite, on retrouve Hook du grand Steven Spielberg alors que du côté de l’adaptation on retrouve Peter Pan réalisé par P.J. Hogan. Deux écoles, mais aussi deux résultats complètement à l’opposé. Aujourd’hui c’est au tour de Joe Wright de s’attaquer à cette figure de l’enfance, au représentant des enfants perdus. Néanmoins, Pan n’est pas tout à fait une adaptation de Peter Pan. Il s’agit, bel et bien d’un prequel à l’histoire de Peter Pan telle qu’on la connaît. Bonne ou mauvaise idée que de faire revivre le représentant des enfants perdus ?

Le prequel est devenu monnaie courante dans le cinéma moderne. Ou plus concrètement, le cinéma hollywoodien. Tellement courant, qu’on ne ferait presque même plus attention s’il s’agit d’un reboot, prequel ou remake. Pan représente le type même du film qui sur le papier ne possède qu’un seul argument pour faire croire à la bonne qualité du film : le nom de son réalisateur. Orgueil et préjugés, Reviens-moi, Hanna, mais surtout il y a quelques années de cela, le bluffant par sa mise en scène et conception des décors Anna Karenine. Chacun de ces films semble ne rien avoir en commun et surtout semble n’amener en rien vers ce surprenant Pan. Finalement, Pan s’avère être dans la continuité de la filmographie de Joe Wright. Avec ce nouveau long-métrage, le metteur en scène anglais retrouve ses thèmes fétiches au travers d’un scénario qui se base sur la confrontation des civilisations. Pas de romance au premier plan comme on pouvait l’avoir dans ses précédentes réalisations, mais une histoire humaine, tout en développant plusieurs thèmes de manière sous-jacente. La confrontation des civilisations, l’enfance et la force de conviction sont des thèmes utilisés par le scénario et qui vont venir donner plus de relief émotionnel au long-métrage. Reste au premier plan, une histoire d’amour, l’histoire d’amour d’un enfant qui souhaite retrouver sa mère qu’il n’a jamais connue. Là réside le fil conducteur de ce Pan, prequel à l’histoire de Peter Pan & Wendy. Avec Pan, Joe Wright s’émancipe du cœur du roman originel, à savoir la découverte du pays imaginaire pour se concentrer sur le protagoniste : Peter. Un protagoniste encore jeune et insouciant, dont on découvre l’histoire et son arrivée au pays imaginaire. Faire un prequel permet au scénariste de surprendre le spectateur, en créant des liens entre des personnages que tout opposent. L’amitié que vont entretenir Crochet et Peter ne va cesser de jouer sur la dualité entre la tendresse et la confrontation. Ce qui permet au scénario de jouer sur la carte de l’ambiguïté tout au long du film, ce qui s’avère à la fois drôle et astucieux.

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À l’image du film d’animation, Pan essaye de faire sortir le spectateur d’un monde régi par la peur. Au démarrage représentée par une gardienne d’orphelinat corpulente et aigrie, avant l’arrivée au Pays Imaginaire et l’apparition de Barbe Noire. Le stéréotype même de la méchante qui est tournée en dérision afin de faire rire. Simple, mais toujours aussi efficace surtout pour un film qui cherche à s’émanciper du monde réel et à faire vivre une aventure surréaliste. Une aventure surréaliste au cœur de laquelle tout est possible. Pour cela, l’utilisation d’une esthétique chatoyante et utopique est “nécessaire” pour donner vie au monde imaginaire. Pan est un film dans l’air du temps. Un film qui est visuellement chatoyant et multiplie les effets numériques et utilisations de fonds verts. Par moment beau, voire même très beau, mais globalement trop artificiel et qui dit artificiel, dit parfois insipide. Et ce Pan l’est. Non pas, à cause de son casting qui est ici très bon, même si les acteurs s’amusent de manière théâtrale momentanément, mais de sa direction artistique qui en fait trop. Qui cherche trop le surréalisme par les couleurs et l’esthétique afin de combler un vide créatif dans les décors et la mise en scène. Néanmoins, Pan est avant tout un film pour enfant. Un film qui plaira aux plus jeunes par son histoire qui raconte l’émancipation d’un jeune à qui la vie ne souriait pas. Mais c’est également un film qui plaira aux plus jeunes, car il fait voyager et émerveille en réutilisant les codes qui ont formé le genre du conte. Des créatures surréalistes et gigantesques, des décors utopiques, des couleurs chaleureuses et des personnages qui reprennent les archétypes habituels des contes. Le grand méchant, le jeune et courageux protagoniste, son acolyte et la jeune femme qui va les accompagner dans leur aventure. Pan ne fait que de réutiliser les codes du conte tels qu’ils sont employés depuis toujours, mais il le fait bien.

Malheureusement, là où les plus jeunes y trouveront avec facilité l’émerveillement, le spectateur adulte dépassera le stade de l’émerveillement à cause de nombreux défauts. Défauts qui passent notamment par un metteur en scène pas habitué au numérique. Pour avoir un beau rendu en numérique il lui faut jouer dans sa mise en scène entre le premier et l’arrière-plan, ce que Joe Wright ne fait pas. Les personnages agissent au premier plan, mais le fond, qui est quant à lui numérique, reste flou et inerte. Aucune interactivité ni mise en valeur de cet arrière-plan. Trop artificiels et insipides, les décors n’enchantent pas et ne réussissent pas à envoûter à cause de leur non-exploitation. On ne croît pas à ce monde imaginaire beaucoup trop artificiel et dénué d’émotions. Monde imaginaire dans lequel, contrairement au film d’animation, le spectateur ne peut pas tracer de chemin entre les différents décors. Le lagon des sirènes, la mine de Barbe Noire, le village des Indiens… ne sont que de simples décors qui vont être traversés par les protagonistes. Le monde imaginaire manque cruellement de vie et reste, à l’image d’un jeu vidéo, un long couloir fait de décors aux colorimétries éclectiques et parsemés d’embuches. Joe Wright n’est peut-être pas fait pour le numérique et à l’extravagance du grand spectacle hollywoodien. Heureusement que John Powell est là pour donner de l’ampleur aux séquences et apporter au film un aspect enchanteur et épique que n’arrive pas à développer Joe Wright par sa mise en scène.


En Conclusion :

Pan est un joli conte qui émerveillera les plus jeunes, mais pourrait décevoir voire ennuyer les plus âgés. Prequel à l’histoire du film d’animation de chez Disney, l’on retrouve sous un nouveau jour les personnages que l’on connaît bien. L’on apprend leurs histoires respectives au cours d’une aventure qui mêle drame et fantastique. Un long-métrage porté par une bande sonore qui rythme et amplifie les moments épiques et émotionnels. John Powell revient à ce qu’il sait faire de mieux, en apportant au film un aspect folklorique et décomplexé qu’il perd lorsqu’il se prend trop au sérieux. De beaux moments d’aventure et de drames grâce à un scénario assez habile qui joue allègrement avec les références pour en réjouir le plus grand nombre, mais un film qui globalement possède trop de défauts pour totalement convaincre. Une mise en scène insipide, une direction artistique chatoyante, mais trop appuyée par moment, des effets numériques qui laissent à désirer, et ce, sans oublier les quelques longueurs qui parsèment cette aventure. Un film qui n’ose pas suffisamment et se cantonne à l’image même que l’on connaît du conte. Il va pas assez loin dans l’exploitation de son aspect cartoon et du slap stick. Le monde imaginaire peut permettre le surréalisme et le film l’ose qu’à de trop rares moments. Exubérant et drôle par moment, timide et ennuyant à d’autres moments. Un film qui nous laisse sur notre fin, mais qui ne s’avère pas désagréable au visionnage. On gardera néanmoins tous en tête, un moment du film qui aura pu nous émerveiller. L’entrée de Hugh Jackman ne nous sortira pas de la tête de ci tôt… Une idée de génie ou complètement idiote ? Je vous laisse seul juge en allant voir : Pan.


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