[Critique] Ni le Ciel ni la Terre réalisé par Clément Cogitore

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Synopsis : “Afghanistan 2014.
A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan.
Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper.
Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée.”


2015 est pour certains une année pauvre en cinéma. Personnellement je ne sais pas ce qu’il leur faut, car de mon point de vue, c’est une année riche en cinéma et plus particulièrement en cinéma français. A Love You, La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, Love, Réalité, Les Châteaux de Sable ou encore Le Tournoi. Il y en a pour tous les goûts et on est loin du cliché du cinéma français avec Dany Boon ou Kev Adams dans le rôle-titre. Pour trouver les films intéressants par leur humanité ou leurs audaces visuelles comme scénaristiques, il faut se tourner vers des films tels que ceux cités précédemment. Des films dont on parle peu, mais qui méritent le détour ou au moins le coup d’œil. Parmi ces derniers, certains sont des premiers films et on pourrait également ajouter la première réalisation de Emma Luchini, l’excellent film de genre Enragés ainsi que celui dont je vais vous parler plus en détail : Ni le Ciel ni la Terre. Premier film de Clément CogitoreNi le Ciel ni la Terre fût présenté au Festival de Cannes 2015 en Sélection à la Semaine de la Critique. Une belle consécration pour un jeune cinéaste qui a débuté sa carrière non pas à la télévision, mais dans des salles d’expositions.

Artiste complet, Clément Cogitore est un artiste contemporain avant d’être metteur en scène. Débutant sa carrière en exposant à de multiples reprises dans des galeries parisiennes comme en province. Artiste complet et metteur en scène avant l’heure, il a également à son actif quelques courts métrages de documentaire et de fiction, dont un qui avait déjà été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs. C’était en 2011 avec le documentaire nommé Bielutine. C’est donc sans grande surprise qu’il passa derrière la caméra pour mettre en scène son premier long-métrage, long-métrage qui fût également sélectionné au Festival de Cannes, mais dans une autre sélection comme il a déjà été dit précédemment. Ce qu’on aime dans les premiers films et plus particulièrement les premiers films de fiction, c’est l’audace de ces derniers. Dans un premier long-métrage, le cinéaste essaye des choses et a envie de se faire plaisir tout en se fixant des barrières. Ce qui va délimiter le plaisir du spectateur va être le positionnement des barrières que se fixera le metteur en scène. Va-t-il oser et va-t-il chambouler le spectateur en proposant un cinéma que l’on n’a pas l’habitude de voir ? Avec Ni le Ciel ni la Terre, le metteur en scène Clément Cogitore explique avoir voulu réaliser un vrai film de cinéma. Ce qu’il a fait et avec panache puisqu’il ne se contente pas de faire un simple film de cinéma.

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Vendu comme un film de guerre par une bande-annonce qui met l’accent sur le dynamisme et les combats, il n’en est finalement rien. Ni le Ciel ni la Terre est avant tout un drame psychologique usant et difficile. Apocalypse Now, Voyage au Bout de l’Enfer, Platoon… les plus grands films de guerre s’avéraient être plus que de simples films de guerre non pas grâce à la grandiloquence de leurs scènes de combats, mais grâce au regard porté sur leurs personnages respectifs. Ni le Ciel ni la Terre prend le même parti que ces derniers, dans une mesure plus relative et sans chercher à faire comme ces grands noms du cinéma. Peu de combats en 1h40 de films, mais des personnages qui vont évoluer et qui vont être torturé de l’intérieur par un ennemi qui leur est inconnu. L’escouade menée par le très convaincant Jérémie Renier est composée de soldats aux caractéristiques qui sortent des archétypes du cinéma traditionnels. Ils sont vaillants et combatifs, mais possèdent des peurs humaines. Ce sont ces peurs qui vont petit à petit prendre part sur le reste et les contraindre dans leurs efforts à combattre leur ennemi. Un ennemi on ne peut plus dans l’air du temps qui n’est autre que la croyance. Intelligemment, le film questionne le spectateur sur les croyances de tout à chacun. En quoi croyons-nous et surtout peut-on réellement avoir peur de ce que l’on ne voit pas ? Par le prisme de la croyance va se développer le thème de la peur et de la résistance de l’être humain face à ce qu’il n’arrive pas à cerner. Un scénario audacieux auquel on ne s’attendrait pas au premier abord en allant voir un film dit de guerre.

Rondement bien écrit, le scénario permet à Clément Cogitore de faire parler l’artiste qui est en lui en proposant des idées de mise en scène qui vont décupler la force du scénario. Un film à l’ambiance particulière, une ambiance pesante, presque oppressante qui va se développer en concordance avec la psychologie des personnages. Les décors vont se refermer autour d’eux à mesure que leur état d’esprit va s’assombrir. Avoir un scénario aussi bien écrit et aux thématiques physiques comme métaphysiques aussi fortes est un atout, mais également un problème. Tellement beau et prenant soin à rendre chaque personnage unique par sa psychologie, ce dernier cerne le film dans sa globalité et laisse le spectateur pantois face à un spectacle intéressant, mais finalement sans surprise dans son déroulement et son épilogue. Les thématiques métaphysiques prenant tant d’importance au cœur du récit que l’on peut qu’être déçu du final auquel on ne peut que s’attendre. Les réactions des personnages face aux évènements sont humaines et dans la lignée de ce que développe et démontre le film séquence après séquence, mais ne surprennent pas.


En Conclusion :

Ni le Ciel ni la Terre n’est pas un film de guerre conventionnel. C’est un drame psychologie et métaphysique dans ses grandes lignes. Un film qui par le prisme de la croyance va développer des personnages aux psychologies travaillées et humaines. Un drame qui ne fait pas dans le sensationnel, mais dans la recherche d’humanité au sein d’hommes qui ne doivent faire transparaître aucune crainte. Un scénario d’une force et d’une audace à couper le souffle, mais tellement fort qu’il cerne le film dans son intégralité, ne laissant pas la place à la surprise. Quelques fulgurances de mise en scène viennent donner plus d’ampleur à quelques tableaux, mais elles sont minimes à cause d’un scénario aux thématiques beaucoup trop lourdes.


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