[Critique] Les Rois du Monde réalisé par Laurent Laffargue

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Synopsis : “Casteljaloux, village du sud-ouest de la France. Entre amitié, ivresse et plaisir du verbe, les hommes y sont Les Rois du monde. Mais quand Jeannot sort de prison, il n’a qu’une seule idée en tête : reconquérir Chantal, l’amour de sa vie, qui s’est installée en son absence avec le boucher du village. La tragédie grecque prend alors des allures de western.”


Difficile de se motiver pour aller voir un film français au cinéma, même lorsque la séance est gratuite. Abandonnés par le public depuis maintenant longtemps, nos réalisateurs nationaux continuent pourtant à fréquenter les plateaux de tournage, subventions du CNC obligent… Dans cette pléthore de combattants déterminés émergent parfois de nouvelles recrues. C’est le cas de Laurent Laffargue, ancien homme de théâtre, qui signe avec Les Rois du Monde son premier long-métrage. Cruellement toisé par la presse, le film mérite pourtant d’être défendu, débordant de passion.

Car s’il y a bien un mot qui pourrait qualifier au mieux l’ambiance du film, se serait celui-ci. Les Rois du Monde déborde de passion. Des émotions des personnages à l’envie déchaînée du réalisateur, tout est envahi d’un élan enflammé. Laurant Laffargue vient du monde du théâtre et il a envie de le faire comprendre. Dans son film, une vie débordante est présente dans la cadre. Un cadre qui est rempli de chaleur humaine. Le défi du réalisateur est là, trouver un juste équilibre entre le pouvoir émotionnel que lui confère son récit et les séquences de traitement des personnages, séquences qui se suffisent à elles-mêmes. Du cabotinage amusant de Sergi Lopez (souvent laissé en roue libre) aux charmes de Céline Sallette (la femme du réalisateur, très bien mise en valeur ici), tous les acteurs du film sont chouchoutés.

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L’un des défauts du long-métrage viendra pour le coup paradoxalement peut être de là. A trop afficher les séquences d’improvisations de ses acteurs, Laffargue se disperse et ne donne pas de ligne directrice à son film, tiraillé entre le traitement de ses personnages (dont les actions sont répétitives) et son arc narratif. Les grosses ficelles narratives du métrage (inhérente aux genre qu’il traite : le western et la tragédie) sauveront par la suite son rythme scénaristique. Des ficelles qui révèlent par ailleurs la clé de voute du travail de Laffargue : l’improvisation. A l’instar de beaucoup de réalisateurs en herbes, le jeune cinéaste français aime l’expérimentation. En réalisant Les Rois du Monde, Laffargue a enchainé le tournage de plusieurs séquences sans réelle ligne directrice, laissant pleinement s’exprimer ses acteurs tout en travaillant l’image à sa guise. Fier de chacune d’elles, il les affiche toutes à l’écran quitte à ne pas toujours faire du cinéma de l’empathie ou à ne pas totalement homogénéiser son propos. Si telle est sa démarche et qu’elle révèle un amour de l’image et des acteurs, pourquoi la considérer comme un défaut ?

Car oui, ce qui est surprenant dans Les Rois du Monde, c’est sa beauté visuelle. Le film est coloré de bout en bout et l’image soignée, travaillée, multipliant les signifiants visuels. N’ayant pas peur de se lancer dans l’illustratif, Laffargue multiplie les cadrages des paysages du village de Casteljaloux à qui il fait une réelle déclaration d’amour dans ce film. Dans tous leurs aspects et sous tous les angles, les moindres recoins des paysages urbains et naturels de la communauté sont mis en valeurs. En symbiose avec les grandes idées évoquées par les gros pivots du récit, Laffargue se lance dans une poésie visuelle, faisant ressentir par ses plans des paysages ruraux les émotions de ses personnages. Des émotions qui semblent incorporées dans le village lui-même. A lui tout seul, le petit patelin de Casteljaloux devient un personnage à part entière.

A noter par ailleurs que cette esthétique n’est pas gratuite : elle sert l’idée directrice du film, celle d’une tragédie haute en couleurs. Une tragédie qui met en avant deux rivaux, épris par une jeune femme tiraillée entre le passé et son avenir. Une tragédie mise en abyme parallèlement dans une petite histoire d’amour entre une adolescente et deux jeunes adultes. Une  petite histoire qui se conclura  tendrement sur une scène d’un petit théâtre tandis que la tragédie principale s’achèvera dans un bain de sang, mis en scène dans un formalisme théâtral. Les Rois du Monde est une double mise en abyme, une déclaration d’amour au théâtre nous faisant comprendre que la vie est un bras de fer avec la passion humaine avec laquelle il faut composer. Pour se faire, il faut en maitriser les ressorts. Le meilleur outil pour la canaliser ou la laisser s’exprimer dans son aspect le plus noble est le théâtre.


En Conclusion :

Les Rois du Monde est un film sincère d’un jeune réalisateur en début de carrière affichant ici les semences d’un style futur profilant par avance des thématiques fétiches. Un film teinté d’une démarche auteuriste, qui mérite nettement mieux que l’accueil mitigé qu’il a reçu.


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