[Critique] Les Nouveaux Sauvages réalisé par Damián Szifron

Relatos-Salvajes

“L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Les Nouveaux sauvages est un film sur eux.
Vulnérables face à une réalité qui soudain change et devient imprévisible, les héros des Nouveaux sauvages franchissent l’étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison amour, le retour d’un passé refoulé, la violence enfermée dans un détail quotidien, sont autant de prétextes qui les entraînent dans un vertige où ils perdent les pédales et éprouve l’indéniable plaisir du pétage de plombs…”

Depuis ce début d’année, la moisson de bons films se fait rare. Si Invincible n’aura pas fortement convaincu grand-monde, L’affaire SK1 ayant récolté de très bonnes critiques que je trouve tout bonnement incompréhensibles, et Atom Egoyan ayant également lourdement trébuché avec ses personnages en captivité, il fallait qu’un long-métrage se démarque pour de bon début janvier. Et avec Les Nouveaux Sauvages, ce film est -enfin!- arrivé. Film à sketchs désopilant, il réussit à convaincre de bout en bout par ses tranches de vie dopées à un humour noir incontrôlable et imprévisible. Gracias Argentina, devrions-nous crier!

Les Nouveaux Sauvages, ou Relatos Salvajes si l’on reprend le titre original, avait fait sensation à Cannes, et après visionnage, on comprend pourquoi. Le film raconte différentes histoires: celle d’une course-poursuite de voitures en plein milieu du désert argentin; d’un crash d’un avion pas comme les autres; d’un vieux riche qui est prêt à tout pour protéger son fils; d’un homme à qui il n’arrive que des malheurs avec l’État; d’un règlement de compte avec un mafieux; mais également d’un mariage qui dégénère. Ces histoires n’ont autre lien logique entre elles que le radical, mais efficace pétage de plombs absolument dantesque et hyperbolique. Il présente donc une série de sketchs comiques aux trames différentes, tout comme le ton pris et le fond. Tour à tour burlesque dans une scène cartoonesque hilarante, décalé, puis riche en dialogues et en situations dont la surprise est toujours de mise, il permet au spectateur de ne jamais croire au schéma systémique dont il croit s’être embourbé. Chaque segment réserve son lot de scènes cultes absolument jubilatoires, proches de la culpabilité d’assister à autant de délires parfois glauques et sanglants, mais assez stupéfiantes pour qu’on se sente choqué dans le sens péjoratif du terme. Mais surtout, il parvient à inclure le spectateur dans son délire en lui donnant envie de procéder à une violence sauvage de cette sorte puisqu’il le fait réagir indirectement sur des faits de société tels que le divorce, la décadence d’une administration machinale, le blâme… le tout en diminuant le recul pour lui permettre de se délecter sans problèmes de ces vengeances très crues, avec une très légère once d’espoir vers de jours meilleurs dans son final ahurissant de retournements de situation. Seul bémol apparent, l’intérêt du film à être un long-métrage diminuant au fil des minutes lorsqu’il est possible de deviner que les personnages du film, pourtant interprétés avec fougue et passion et créant une masse homogène de dégénérés, malgré leurs milieux cinématographiques originels bien différents, ne se croiseront jamais dans le film. Et il faut avouer que leur rencontre aurait été fort drôle!

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Pedro Almodóvar, qui est producteur, a su financer un réal qui sait de quoi il parle et de comment il doit en parler. Mélangeant les aspects télévisuels de la focale longue au diaphragme variant pour créer des raccords regards en un seul plan, avec une approche en 2.35 travaillée pour se permettre d’aérer son cadre et mieux travailler les situations comiques à l’intérieur de celui-ci. Il parvient à travailler chacun des codes des films qu’il reprend (drame, action vengeresse, scènes émouvantes de mariage”, survival “dans un avion…) afin de tous les retourner contre eux pour en sortir une comédie pure de détournement de genre. Chaque dialogue est très bien écrit et fidèle au “dit genre” qu’il côtoie, jusqu’aux scènes finales de séquences qui explosent l’élastique. Seuls petits soucis finalement dans ce film: les effets de style redondants qui pullulent le cadre, avec notamment tous ces effets avec les GoPro qui n’ont pas tous un grand sens dans le récit ou la (dé)construction des scènes, permettant de rallonger parfois péniblement le film, ou de casser un temps le rythme installé. La musique de Gustavo Santaolalla, autrefois compositeur du long-métrage 21 Grammes d’Alejandro Gonzalez Inarritu, exagère parfois trop les scènes qui gagneraient à être quelques fois plus légères afin de ne pas provoquer chez le spectateur un sentiment de lourdeur et de déjà-vu scénaristique, souvent fidèle au genre de films à sketchs.

Néanmoins, Les Nouveaux Sauvages est un film qu’il faut aller voir dans vos salles si de nombreuses situations quotidiennes vous agacent, si vous avez envie d’en finir avec la routine qui ne vous cause que des problèmes, si vous voulez simplement vivre, profiter et maîtriser votre vie la plus possible. Vous n’allez pas être déçu par cette débauche d’humour noir qui met très vite de bonne humeur!

3-5

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1 commentaire sur “[Critique] Les Nouveaux Sauvages réalisé par Damián Szifron

  1. Le format court métrage est un peu pénible pour moi, mais chacun de ces petits films est désopilants. La dispute des 2 automobilistes à tout pour devenir culte. J’espère que le réalisateur va nous faire une suite.

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