[Critique] Le Pont des Espions réalisé par Steven Spielberg

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Synopsis : “James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.”

Cela fait maintenant des années que Steven Spielberg a prouvé sa polyvalence. Capable de passer bon an, mal an, des grosses productions hollywoodiennes aux fresques historiques intimistes, l’ancien golden boy de 68 ans assume pleinement son éclectisme. Après la claque visuelle du très spectaculaire Tintin : Le Secret de la Licorne, le cinéaste américain s’est complu ces derniers temps dans des films plus académiques (Cheval de Guerre, Lincoln). Insipides machines à Oscars pour certains, ces œuvres constituent pourtant la signature de Steven Spielberg. Alliant avec brio virtuosité technique et fond, ces films saisissent par leurs pouvoirs de fascination. A cet égard, dire que Le Pont des Espions était attendu n’est qu’un doux euphémisme. Écrit par les maîtres de l’humour noir (Les Frères Coen) et porté par le brillant Tom Hanks, le dernier Spielberg s’impose en effet comme le thriller du mois de décembre, tournant le dos habilement au ciel balisé des productions hollywoodiennes.

Car oui, ce que propose le dernier film du plus jeune des vieux génies de Californie est de taille : une œuvre noble et élégante, oscillant entre simplicité et virtuosité. Sans en faire trop dans la grandiloquence, ni même dans la virtuosité technique, le dernier Spielberg mise sur un atout subtile pour séduire : ses capacités d’attraction et de fascination. Le Pont des Espions ne succombe pas à la mode des thrillers hollywoodiens hystériques déballant des scénarios complexes aux enjeux émotionnels et sémantiques inexistants, c’est un film lent au rythme soutenu dans sa linéarité (ce qui pourra d’ailleurs décevoir certains) se focalisant principalement sur ses enjeux. Steven Spielberg se propose ici de mettre son récit en sommeil en interpellant l’intelligence du spectateur autrement que par les mécanique du récit. Son but est de progressivement nous faire adhérer à l’immersion qu’il nous propose à travers la progressive mise au pas des thématiques de son histoire. Dans ce cadre, Steven Spielberg décide de se transformer en « filmeur d’histoire » brillant, déployant tout son talent pour emballer son récit et permettre à son savoir-faire technique de se mettre au service des enjeux suggérés par les idées du scénario. Le pouvoir de fascination spielbergien sur le spectateur commence alors à s’exercer dans toute sa splendeur.

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Dans ce cadre, Spielberg déploie tout son talent de technicien de l’image. Sa mise en scène oscille ici le fonctionnel et l’artistique. Les parti-pris de réalisation du réalisateur reposent dans cette perspective sur une intermittence. Le cinéaste américain décide dans un premier temps de déployer ses talents d’esthète de l’image pour chercher à atteindre un sens de la valorisation visuelle léchée, aiguë, rudement classe. N’hésitant pas à verser dans le symbolisme. Ce qui sied à merveille à la mise en valeur des enjeux du film. Chaque image du métrage est composée d’une main de maître, laissant des lumières d’atmosphère symboliques envelopper chaque séquence de dialogue. Sachant dans un second temps bouger sa caméra lorsqu’il le faut, Spielberg gère avec panache au moment des scènes sous tension des plan-séquence à la steady-cam. Offrant alors des choix de mise en valeur différentes servies par une caméra volatile aux mouvements assurés. Choisissant parfois la voie du découpage excessif (en témoigne la séquence d’ouverture, assurément l’une des meilleures du film) le cinéaste américain confirme ici à jamais son éternel savoir-faire quasi-instinctif.

Sans en faire trop dans la virtuosité technique, sachant s’effacer lorsqu’il le faut derrière les scènes de dialogue, mise en place verbeuse du récit oblige (les Coen au script, encore une fois), Steven Spielberg prouve ici son sens du dosage et du panache. Ses parti-pris de mise en scène révèlent un auteur sachant où il va, dosant avec nuance son travail sur la caméra, permettant pleinement aux enjeux de son film de s’exprimer clairement, en symbiose avec une esthétique classe mais dans le fond assez discrète. Renforcée par une somptueuse direction artistique reproduisant à merveille les cadres et lieux de l’époque, des effets numériques discrets prenant toute leur puissance en plan large et une bande originale légère mais sachant se manifester lorsqu’il le faut, la réalisation de Spielberg évite de tomber dans les pièges mécanistes de la mise en scène « à effet » cherchant l’efficacité ostentatoire au moment des pivots artificiels des récits mécaniques (façon Guy Ritchie, dans un tout autre registre).

Le but de Steven Spielberg est ici tout autre : déployer une esthétique somptueuse et subtile, habilement troussée, pour mettre en valeur des scènes de dialogues laissant s’exprimer un protagoniste débordant d’humanité, attachant dans tous ses traits. Chaque interprétation est ici assurée de façon juste, sans trop en faire. Les acteurs portent ici des personnages emberlificotés dans un vaste théâtre géopolitique aux grandes ficelles s’avérant tentaculaires et plus grandes que le bon-vouloir des protagonistes. Comme à son habitude, le réalisateur américain se concentre sur un fresque humaine, recherchant l’humanité dans chaque individu, rappelant ainsi la supposée philosophie centrale des

États-Unis d’Amérique, une philosophie chère à Steven Spielberg : l’Humanisme. Le Pont des Espions est un film mettant en abyme un avocat humain, découvrant l’humanité du personnage qu’il devra malgré lui défendre en procès. Un personnage embarqué malgré lui dans un vaste théâtre géopolitique. Un avocat qui croit en ce qui constitue le pilier de la société américaine : le Droit, basé à petite échelle sur la liberté individuelle, précieuse denrée du système politique américain, ici célébrée par Spielberg et à plus grande échelle sur la contractualisation constitutionnelle, seule garantie d’un ordre social « humain » dans une société en proie à l’autodestruction en temps de guerre (denrée explicitement évoquée par Tom Hanks dans un dialogue). Le Pont des Espions est une déclaration d’amour au Droit, à ses représentants et donc ses garants, seuls protecteurs de la pérennité de cette institution en proie aux pires dérives en temps de crises au nom des supposées « valeurs américaines ».


En Conclusion :

Le Pont des Espions est un excellent film d’espionnage, plongeant de façon immersive dans les enjeux politiques de la politique américaine durant la guerre froide. Un film assurant un certain classicisme dans son récit (en témoigne certaine séquences d’intimités assez balisées entre le protagoniste et sa famille). Un classicisme qui s’avère en réalité l’atout majeur du film, cherchant la mise en valeur subtile d’enjeux intéressants plutôt qu’un rythme scénaristique effréné. Certains diront film mineur. Mais, s’ils existent, les film mineurs révèlent souvent beaucoup plus le talent de leurs auteurs que leurs films monstres dits « majeurs ». Ici, celui d’un cinéaste qui flirte lorsqu’il le souhaite avec la virtuosité. Pour notre plus grand plaisir.


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