[Critique] La Planète des Singes : L'Affrontement réalisé par Matt Reeves

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“Une nation de plus en plus nombreuse de singes évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui a survécu au virus dévastateur qui s’est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui décidera de l’espèce dominante sur Terre.”

“Bluffant sur le plan visuel, mais décevant sur le plan scénaristique.”

Réalisateur peut présent sur le terrain, Matt Reeves a déjà fait parlé de lui il y a quelques années grâce aux excellents Let Me In (remake américain du film Morse) et Cloverfield (film de monstre produit par J.J.Abrams), mais ici, il s’attaque à un projet de plus grande envergure. Trois ans après avoir fait renaître la saga La Planète des Singes avec succès, la Fox et les producteurs derrière ce prequel n’allaient pas laissé s’enfuir une telle poule aux œufs d’or et ont donc décidé d’offrir ce cadeau empoisonné au jeune, mais expérimenté Matt Reeves. Tout d’abord, pourquoi Matt Reeves fut choisi par la Fox tout en sachant que son nom est inconnu du grand public, et qu’il ne va donc pas pouvoir être exploité lors du marketing promotionnel du film ? Pour la simple et bonne raison que La Planète des Singes est une licence qui repose avant tout sur son nom et rien de plus. Avoir un réalisateur de renom aux commandes ou non, ne changera rien au fait que le film sera probablement l’un des plus gros succès de son année de sortie et faire participer un metteur en scène de talent, même inconnu du grand public, à un tel projet prouve que ce dernier aurait de la suite dans les idées et qu’il ne comptait pas réaliser un film commercial dans lequel il n’aurait pas son mot à dire.

Après être passé par le spécifique et inimitable Cloverfield, film de monstre tourné en utilisant la technique du found-footage, Matt Reeves revient à une réalisation plus classique, telle qu’il l’avait connue avec Let Me In, mais conserve l’envie de choquer et bluffer sur le plan visuel. Absolument magnifique d’un point de vue visuel, la réalisation sobre et élégante de Matt Reeves arrive à embellir les décors et notamment les chimpanzés qui grâce au studio Imaginarium (studio en charge des effets visuels et de la motion capture) sont criants de vérité. Le poil soyeux, les pupilles dilatées, ces chimpanzés arrivent à nous émouvoir davantage qu’un simple humain, et ce, malgré les belles performances de Jason Clarke et Keri Russel qui s’en sortent convenablement, même si leurs personnages respectifs sont caricaturaux et rétrogradés au second plan. Quand la technologie est utilisée de cette manière, on ne peut qu’adhérée et dire merci à un certain Andy Serkis (co-créateur de The Imaginarium Studios et excellent interprète de César). Soucieux de chaque détail, le réalisateur utilise de fort belle manière son environnement et la motion capture pour créer une émotion, mais surtout une ambiance, qui va différée d’un plan à l’autre, de par le choix de la lumière ou tout simplement son cadrage. Lorsqu’il revient une nouvelle fois au même endroit, il cherche à lui donner une autre atmosphère et à le transformer au point d’en faire un nouvel environnement.

C’est cette minutie présente dans chaque cadre, qui va rendre ce film aussi atypique que frustrant, car oui, là où La Planète des Singes : Les Origines lorgnait plus vers le remake catastrophique signé Tim Burton à cause d’un cadre qui était focalisé sur l’action, le petit détail qu’il ne fallait à tout prix pas louper, au détriment du hors champs ou de l’arrière-plan tel tout bon “blockbuster” qui se respecte, La Planète des Singes : L’Affrontement reprends ce système d’automatisation du cadre, mais le fait avec une certaine retenue et nonchalance. Contrairement aux blockbusters qui cherchent avant tout à rendre chaque moment dynamique aux dépens de la moindre émotion, L’Affrontement est un blockbuster (le terme est correct, car un blockbuster est au départ un film au budget mirobolant et non pas un adjectif péjoratif ou mélioratif) qui prend son temps, qui prend le temps de mettre en place ses personnages, dans le but de dévoiler aux spectateurs une histoire qui n’est pas dénuée d’émotions. Les quarante cinq premières minutes du film sont dédiées à l’émotion et à la famille, qu’elle soit humaine ou non. Les plans sont beaux, César est filmé magistralement et mis en scène de façon à ce qu’il touche le spectateur et lui fasse comprendre qu’il est un leader, mais avant tout un leader qui connaît les humains sous tous leurs aspects. César sait qu’un homme peut-être bon, qu’un homme n’est pas que maladresse et méchanceté et c’est cette connaissance qui pourrait lui faire défaut.

À quel point le chimpanzé et l’homme sont égaux ? Plus dynamique, moins précise, mais surtout plus stéréotypée, la seconde et dernière partie du long-métrage retombe dans les travers du cinéma hollywoodien qui aime avoir de l’action pour de l’action. Manichéen, alors que l’intérêt n’est pas présent, le scénario s’envenime petit à petit dans un classicisme qui déstabilise le spectateur attendri par une première partie audacieuse, touchante et émouvante. De l’action au détriment de l’émotion, c’est malheureusement le sort que Matt Reeves et son équipe ont réservé à ce film qui, sans cette histoire qui ce termine sur une note insipide, aurait pu être le film le plus abouti de la saga, tout en souhaitant revenir à ce qui faisait le charme des premiers films et notamment La Planète des Singes (version de 1968) et Les Évadés de La Planète de Singes. Une caméra plus lente, une mise en scène qui cherchent l’émotion et le visage des protagonistes, une ambiance visuelle changeante en fonction de l’émotion qui prédomine et surtout beaucoup de références dans le scénario par le biais de morales sur le comportement humain, comme sur le rapport homme/singe. Il y a tout un tas de petites choses plaisantes et surprenantes dans ce film, et c’est sans parler des magnifiques compositions signées Michael Giachinno qui insufflent un surplus d’émotion et de rythme lorsque le film en a besoin, sans forcément chercher le dynamisme et la brutalité à chaque instant. Compositions qui font honneur et rendent un bel hommage à celles de Jerry Goldsmith, qui sont maintenant cultes grâce à leurs pics dans les aigües et graves, utilisés pour faire monter la tension chez le spectateur. Néanmoins ces petits détails qui plairont avant tout aux amateurs de la première saga Planète des Singes, ne font pas oublier cette seconde partie qui accumule les fautes scénaristiques et privilégient une action brouillonne et sans intérêt au détriment des personnages et émotions. Un film surprenant, plaisant, mais terriblement frustrant et décevant sur la fin.

3/5

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