[Critique] Jupiter Ascending réalisé par les Wachowski

Jupiter-Ascending

“Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…”

“Accrochez vos ceintures, le frère et la sœur à l’origine de la saga Matrix viennent remettre ça.”

Andy et Lana Wachowski. S’il y a bien deux cinéastes, qui aujourd’hui ne font presque qu’un, du moins derrière la caméra et qui font rêver à chacun de leurs projets, c’est bien eux. Un film tourné de manière à ce qu’il sorte des conventions du cinéma sur un pilote de formule 1 du futur ? Bingo. Six films en un sur l’amour, la destinée, le karma ? Boum, meilleur film de 2012 et 2013 (selon quand vous l’avez vu). L’histoire d’une reine de l’univers, femme de ménage, née sou les étoiles, avec un peu beaucoup de science-fiction et d’action en son milieu ? Et voilà le premier grand film de 2015, avant certainement de nous offrir une grande série en mai avec Sense 8. Vous pensiez les scènes d’actions de Cloud Atlas impressionnantes? Accrochez vos ceintures, le frère et la sœur à l’origine de la saga Matrix viennent remettre ça.

Il y a du Star Wars dans Jupiter Ascending pour certains. Et, il est vrai, ce Jupiter là, a des airs de prélogie Star Wars réussie, avec une vraie direction artistique qui déborde d’idées à chaque scène. Une intrigue certes récurrente (mais peut-on les blâmer de sortir des récits d’émancipation aussi puissants ?) et, comme toujours avec les Wachowski, riche et inventive. Mais surtout, Jupiter Ascending a des airs de Dune, qui est un descendant évident des Matrix et de Cloud Atlas, et porte parfois les stigmates d’un Inception qui empêche une appréciation complète au premier visionnage.

Expliquons-nous. Pas que Jupiter soit mauvais, et loin de là. Il y en a simplement beaucoup, scénaristiquement comme visuellement. Un peu comme si on arrivait devant Matrix Reloaded sans avoir vu le premier, et que les explications allaient aussi vite que dans la première partie du récit d’Inception. Oui, il faut s’accrocher, pour ne pas perdre le fil, au milieu de tous ces personnages et de ce monde qui ne nous a pas attendus pour se développer. Mais au fond, ce n’est qu’une preuve de plus de la générosité quasi sans limites des Wachowski, qui perdront certains pour en avoir trop mis, mais conquerront les autres, justement pour avoir mis une quantité dantesque d’informations scénaristique et visuelle, qui ouvrent la voie à de nombreux visionnages toujours pleins de surprises.

Au-delà des nombreux personnages, on peut regretter principalement deux choses. La première est la romance entre Mila Kunis, pas mauvaise actrice, mais certainement pas le meilleur choix pour le rôle, et Channing Tatum, débordant de charisme dans le rôle de Caine Wise. Pas que la romance compromette le propos du film ou que les romances soient un mal en règle général, mais elle va beaucoup, beaucoup trop vite. À peine les deux personnages ont-ils eu le temps de s’échanger quatre mots qu’ils semblent déjà amoureux pour la vie, et la justification, bien qu’entraînant des blagues assez drôles, est carrément hasardeuse.

Le deuxième gros défaut vient du casting d’Eddie Redmayne en Don Corleone de ce nouvel univers. Pas pour l’ampleur de son personnage, non, mais pour sa gestuelle et son phrasé, justifiés dans un film comme Le Parrain, ridicule ici. Un mot toutes les dix secondes, une voix de toxico en manque, Redmayne est clairement le “miscast” du film, d’autant plus que son rôle, variant sur le mythe du vampire, aurait mérité une autre interprétation pour que l’on prenne la mesure de son importance.

Mais, passés ces deux défauts un peu gênants, le reste du film est du pain béni. Les Wachowski semblent avoir décidé de sortir leur Pacific Rim à eux. Film d’auteurs déjà brillants dans le genre, qui reviennent en remettre une couche avec un film intelligent, écrit, plein d’amour pour le genre et ses modèles, un “One-Shot” qui ne sort de nulle autre part que l’imagination débordante de ses auteurs, qui ont digérés de manière géniale et pleine de respect leurs influences. Jupiter Ascending est un film renversant, brillant, une œuvre d’art oui, “mainstream” oui, et qui prouve encore une fois que ceux qui pensent que les deux ne vont pas ensemble ne voient pas les bons films.

Plus haut je parlais de la filiation avec Star Wars et Dune. Mais Jupiter est avant tout un film des Wachowski, ça paraît évident, mais il semble utile de le préciser. Si, dans son propos anti-capitaliste, anti-soumission, d’émancipation qui relativise la place de l’Humain dans l’univers, le film est un héritier des Matrix, il découle directement de Cloud Atlas, comme si le chef-d’œuvre des Wachowki allait finalement se décliner en plusieurs films. Ici, on semble dans une version longue du segment de Néo-Séoul, pour sa direction artistique et sa réalisation (Doona Bae réapparaît d’ailleurs, dans un petit rôle) qui aurait rencontré celui de Jim Broadbent, pour son humour, et ses personnages décalés (marrant sachant que le “hint” du segment de Néo-Séoul découlait du segment de Jim Broadbent).

Mais c’est surtout pour son aspect technique que Jupiter brillera. Si le scénario est globalement très solide, la réalisation, elle, est quasiment sans failles. Les Wachowski, à travers plusieurs séquences d’actions incroyables qui mettent la tête à l’envers prouvent, encore une fois, qu’ils sont maîtres dans leur domaine. Si ces scènes pourront en perdre certains de par leur richesse visuelle qui demande un réel effort pour appréhender et suivre l’action, elles sont un ravissement des yeux et un véritable roller-coaster, qui rappelle les meilleurs moments de Cloud Atlas, mélangés aux scènes d’actions avant-gardistes et vertigineuses de Speed Racer.

La présence de John Toll à la photo et de Alexander Berner à la photo et au montage ne sont pas innocents à cette réussite. Le premier était l’un des deux directeurs de la photo de Cloud Atlas, tandis que le deuxième a monté l’odyssée démentielle des Wachowski. Et les qualités techniques qu’on y retrouvait, image à se damner, plans composés au millimètre, montage chirurgical, sont là. Elles sont là, et encore une fois au service de la folie créative de deux réalisateurs qui en ont manifestement encore sous le pied. Rajoutez à cela le score d’un Michael Gicchino encore une fois en pleine possession de ses moyens (à peine plus de 6 mois après le score monstrueux du dernier volet de La Planète des Singes) et le cocktail frôle la perfection.

Pas la perfection d’un Cloud Atlas, et ce n’est pas ce qu’il faut attendre du dernier né des Wachowski, ou vous serez déçus. Mais ces cinéastes, d’une générosité sans bornes, veulent offrir un spectacle suffisamment écrit, et surtout visuellement époustouflant, pour nous rappeler qui sont les patrons. Mission Accomplie.

4/5

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