[Critique] Imitation Game réalisé par Morten Tyldum

Imitation-Game

“1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.”

“The true enigma was the man who cracked the code.”

Après avoir signé quelques longs-métrages dans son pays natif qu’est la Norvège, Morten Tyldum débarque dans cette grande contrée qu’est Hollywood avec comme bagage, quelques courts-métrages et longs-métrages faits en amont comme Headhunters ou Anges Déchus. Même s’il ne paye pas de mine, le cinéaste norvégien ne se dégonfle pas et contrairement à beaucoup qui tentent leur chance, il ne ressort pas bredouille du pays de l’oncle Sam, mais avec un projet ambitieux, rien de moins qu’un film à Oscars. Pour son premier film réalisé intégralement dans la langue de Shakespeare, Morten Tyldum met en image la vie d’un homme à qui l’on doit tous et toutes quelque chose, mais dont on ignorait le nom jusqu’à présent pour la majeure partie d’entre nous.

Mathématicien se sachant surdoué et supérieur à ceux qui l’ont entouré dans sa jeunesse sur le plan intellectuel, Alan Turing a tout eu sauf une vie facile. De sa naissance à sa mort, il dut faire face à des atrocités à cause de ce qu’il est et de ce que sont les autres. C’est un homme torturé et à  l’esprit tortueux que l’on découvre en première ligne du film Imitation Game. Inspiré de la biographie d’Alan Turing écrite par Andrew Hodges, ce film retrace la vie du mathématicien malheureusement trop méconnu encore aujourd’hui. Pouvant être caractérisé comme un film à récompenses typique, Imitation Game possède sur certains points l’audace et le talent que beaucoup de films pouvant être caractérisé de la même manière n’ont pas. Construit autour de la période 1940/1945, le récit mis en place par le scénario écrit par Graham Moore, plonge le spectateur en pleine Seconde Guerre Mondiale au cœur de l’Angleterre. Travaillant déjà depuis plusieurs mois comme cryptologue à la Government Code and Cypher School basée à Bletchley ParkAlan Turing va être amené à décrypter une machine de cryptage allemande réputée comme étant inviolable : la machine Enigma. Assez brouillon dans son amorce, le récit prend de l’ampleur et gagne en profondeur dès le moment où le protagoniste se retrouve au siège de la GC & CS et fait face à ses responsables et aux mathématiciens, cryptologues présents pour former une élite dans le but de percer le secret de cette machine de cryptage allemande.

Apparaissant comme réservé et égocentrique, Alan Turing va se révéler comme un personnage énigmatique et attachant à cause de cette barrière qu’il s’efforce à conserver entre sa personne et ceux qui l’entourent. Au-delà de son contexte historique qui pourrait être prétexte à créer une dynamique et de l’action, Imitation Game est un film qui happe le spectateur grâce au traitement effectué sur le protagoniste qui n’apparaît pas immédiatement comme un héros ou anti héros. Au contraire, c’est un homme comme tant d’autres, mis à part qu’il n’a pas la vie d’un autre. Alan Turing est un génie, un humain au passé trouble, un humain attachant et dont on ne souhaiterait que le bonheur, car au fond de lui c’est tout ce qu’il demande, qu’on le laisse en paix, lui et ceux auxquels il tient. Au-delà de l’histoire du protagoniste, aussi importante et primordiale soit-elle au bon développement du scénario, Graham Moore prend soin de développer les personnalités de ceux qui entoure ce génie de mathématicien. Pas tous logé à la même enseigne, les personnages secondaires trouvent au cœur du récit leur arc narratif respectif qui leur permet de gagner une connexion à l’arc narratif principal dédié à Alan Turing, ainsi qu’au contexte historique. Tout cela permet au film de souder sa diégèse et de plonger le spectateur au cœur de l’époque. Intelligemment écrit, le scénario prend soin de simplement évoquer ou développer plus en profondeur chaque personnage afin que celui-ci prenne place au sein d’un échiquier qui va jongler entre divers questionnements toujours en lien avec Alan Turing. On regrettera malheureusement la mauvaise utilisation d’un entretient avec la police qui se déroule chronologiquement parlant à la fin du film, mais placé en son milieu dans le but de créer une nouvelle dynamique et qu’aucune longueur ne prenne le pas sur la qualité globale du film. D’un point de vue rythmique ce montage parallèle avec flashback et flashforward est une bonne chose, car il permet au film de ne pas s’étirer en longueur, mais force est de constater qu’ils n’apportent rien au récit.

Les outils que sont les flashbacks et flashfowards sont très utilisés dans le but de faire rencontrer le passé avec le présent et créer un parallèle narratif et émotionnel entre les deux temporalités. Avec Imitation Game il était indispensable au scénariste qu’il fasse abstraction du passé d’Alan Turing puisque l’on fait face avant tout à un film à récompenses, un film où l’étiquette Oscars 2015 est indiquée en grosses lettres sur chaque plan. Néanmoins, ces outils narratifs ne sont pas encombrants, au contraire même si inutiles, ils dynamisent le récit et apportent aux spectateurs quelques éléments supplémentaires sur le personnage principal. Malgré tout, Imitation Game reste un film labellisé Oscars 2015 par le biais de sa mise en scène très académique qui fait vivre le récit avec bienveillance, mais manque tout autant de folie que la réalisation qui oublie totalement le hors champ et film toujours l’action afin de plaquer des plans sur les lignes de chaque scénario. Chaque élément du film est fait pour faire vivre le scénario écrit par Graham Moore qui est exceptionnel, mais ne permet pas au film d’apporter quelque chose de neuf au cinéma. Il en reste une oeuvre aboutie, permettant à Bennedict Cumberbatch de s’imposer une fois de plus comme l’un des meilleurs acteurs de sa génération par le biais d’une prestation élégante, sobre, car dans la retenue, mais très impressionnante.

« The true enigma was the man who cracked the code ». Comme le déclame si bien la « tagline » exposée aussi clairement que le titre du film sur diverses affiches internationales, l’essence même du film ne se situe pas au sein du contexte historique dans lequel se place l’histoire du film, mais bien au cœur de la personnalité de son personnage principal. Interprété avec élégance et sobriété par un impressionnant Bennedict CumberbatchAlan Turing s’avère être un protagoniste énigmatique, mystérieux, mais terriblement attachant. Intelligemment écrit, le film fait la part belle aux biopics concurrents, en proposant un scénario limpide et prévisible, mais qui happe le spectateur et amorce avec simplicité divers questionnements et arcs narratifs secondaires. Riche et intéressant, Imitation Game nous en apprend plus sur cette histoire rocambolesque malheureusement méconnue par beaucoup. Néanmoins, on retrouve le label film à récompenses au travers de la réalisation et de la mise en scène qui assez plats, n’apportent rien au récit et se contentent de mettre en lumière un scénario impeccable et un casting d’exception. À noter la très belle composition signée Alexandre Desplat qui offre au film un thème à l’image de son personnage principal, à savoir énigmatique, mais intense.

4/5

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