[Critique Vidéo] Dealer réalisé par Jean-Luc Herbulot

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Synopsis : “Après une vie passée dans le trafic de cocaïne, Dan (Dan Bronchinson) s’est promis de ne pas retomber. Se voyant offrir un dernier deal qui lui permettrait de réaliser son rêve d’enfance : déménager en Australie avec sa fille. Il accepte la proposition. Commence alors une descente aux enfers qui le replonge pendant 24 heures dans ce milieu impitoyable, fait de mensonges, violence et trahisons, où il devra sauver sa fille et survivre par tous les moyens.”

Qui dit film indépendant ne dit pas forcément « film d’auteur chiant ». C’est ce qu’a envie de faire comprendre Jean Luc Herbulot, réalisateur de Dealer, film coup de poing sorti il y a maintenant un mois en VOD. Conçu comme une sorte de long clip jubilatoire assumant son cynisme et une certaine artificialité, il semblerait qu’atteindre « l’efficacité punchy » soit l’objectif affiché du réalisateur français. Même si Dealer risque d’être énormément comparé à Pusher son équivalent danois, il me semble plus pertinent de le comparer aux biopics “gangstérisés” de Martin Scorsese à savoir Les Affranchis et Casino. Reprenant une narration similaire et certains tics de montage, Dealer s’impose en effet comme une version asséchée et vulgaire du nouveau style de Martin Scorsese.

On le sait maintenant depuis Le Loup de Wall Street, et cela devrait se confirmer avec la série Vinyl qu’il vient d’achever de réaliser, Martin Scorsese se complaît ces derniers temps dans le renouvellement du prestigieux style qu’il a développé dans les années 90. Un style qui consiste à nous immerger de façon incroyablement virtuose dans le monde des gangsters. Un style doté d’une forme hybride qui fait son originalité : une description d’un milieu inconnu du grand public opéré entre stylisation et réalisme documentaire. Ce style consiste à ensevelir le spectateur sous un rythme torrentiel d’informations et de flashbacks pouvant être assimilés à une accumulation de vignettes réalistes et violentes laissées à l’appréciation morale du spectateur. Le lien entre toutes ces séquences ne suivant pas de succession événementielle claire étant opéré par la voix off d’un personnage principal.

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Dans cette perspective, Scorsese s’interdit toute distanciation morale et laisse ses films s’emporter au gré des actes de ses personnages, les laissant comme une preuve à charge contre la violence et la vulgarité du milieu qu’il dépeint. Dealer est monté suivant le même principe à ceci près qu’il ne rejette pas la narration classique comme le font les films de gangsters de Scorsese. Le film suit un personnage affiché comme le centre de l’histoire et de la narration. Un personnage perdu dans un torrent chaotique d’événements qui vont progressivement le dépasser. Dans ce cadre, le schéma narratif de Dealer reste clair et guide progressivement le spectateur en le maintenant dans un suspens, créant des enjeux et une ligne directrice dès le début. Guidé par la voix off donnant une explication aux événements chaotiques envahissant le film, le spectateur n’est jamais laissé seul.

Contrairement aux films de Scorsese, l’avalanche d’événements n’est pas une fin en soi, mais sert plus à créer une ambiance globale assaillant le personnage principal. Une ambiance accompagnée d’une mise en scène parkinsonienne. L’ensemble des séquences du long-métrage sont filmées la caméra à l’épaule, sans-soucis de composition de plan. Ce choix de réalisation accompagne le côté documentaire immersif. À cela s’ajoute le fait que Herbulot change très rarement de valeurs de plans. La plupart des échanges entre ses personnages sont filmés en gros plan, ce qui renforce l’aspect étouffant et oppressant du film.

Là est l’un défauts potentiels du film. Le flot d’images couplé à un ensemble de recadrages brutaux et chaotiques empêche Herbulot de se poser et de réellement travailler ses personnages. Développant cependant avec brio l’espace du langage (tous les dialogues, presque tarantinesques, sont excellents) le film se complaît assez vite dans une violence et une vulgarité démesurée. Enchaînant l’ultra-violence graphique très réaliste et des propos d’une rare vulgarité, Dealer ne parvient pas à se défaire de l’image d’un film s’enfermant dans une espèce de virtuosité superficielle et vide. Proposant des dilemmes aux enjeux émotionnels binaires, le film se heurte au problème de l’empathie. Contrairement aux films de Scorsese qui refusent la distanciation morale, mais se lancent dans l’empathie, Dealer rend ses personnages repoussants et déroutants. Paradoxe central pour un film structurant son récit sur les décisions d’un personnage principal présenté comme un repère dans un monde où le spectateur évolue sans en connaître les ressorts.


En Conclusion :

Pour compenser la déroute morale de DealerHerbulot se complaît dans l’artificialité de son film, le changeant en jeu vidéo revendiqué (allant même jusqu’à afficher un compteur d’argent à l’écran) quitte à entrer en contradiction avec le sérieux des sujets qu’il aborde. Une légèreté parfois brisée par les éruptions de violence réalistes très dérangeantes. Respirant cependant la jubilation et l’incroyable travail de post-production et doté de dialogues percutants, Dealer constitue un exercice formel pas déplaisant dans l’ensemble.


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