[Critique] Comment c’est loin réalisé par Orelsan

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Synopsis : “Après une dizaine d’années de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson. À l’issue d’une séance houleuse avec leurs producteurs, ils sont au pied du mur : ils ont 24h pour sortir une chanson digne de ce nom. Leurs vieux démons, la peur de l’échec, la procrastination, les potes envahissants, les problèmes de couple, etc. viendront se mettre en travers de leur chemin.”

On ne cessera de le dire et plus particulièrement moi, je ne cesserais de le dire envers et contre tous, 2015 aura été une année riche en premières réalisations. Premières réalisations fructueuses ou non. On aura pu avoir des films de qualités médiocres, mais qui n’en demeurent pas moins intéressants. On en retire toujours des points positifs et négatifs d’un premier film pour une carrière à venir. Mais on aura surtout pu admirer des œuvres cinématographiques abouties, surtout pour des premiers longs-métrages, français ou non. Cette fois, on parle bel et bien du premier film réalisé par le rappeur Orelsan. Il se met lui-même en scène accompagnée de son acolyte des Casseurs Flowters : Gringe.

Lorsque le film nous avait été présenté par Orelsan lui-même, il y a de ça presque un an maintenant lors d’un des Showeb du Cinéma, la principale émotion que l’on pouvait ressentir dans la tête des blogueurs et journalistes web n’était pas de la tristesse. Quoique. Mais plus de la peur. En effet, savoir qu’un rappeur passe devant, mais surtout derrière la caméra n’est pas la meilleure des nouvelles. Me direz-vous, dans un pays où un film où Kev Adams et toute sa famille revisitent le mythe d’Aladin et en font un carton cinématographique à plusieurs millions d’entrées, pourquoi avoir peur d’un film réalisé par Orelsan. Vu comme ça, il est clair que la question ne se pose plus. Néanmoins, Orelsan n’est pas pour autant un fléau pour le cinéma français. Il n’a jamais participé à une production cinématographique, mais les divers clips musicaux dans lesquels il figurait et contribuait à la réalisation et mise en scène étaient de véritables courts-métrages. Des films de qualité avec un véritable travail dans la mise en scène. Il en va de même pour ses textes. Même si certains sont fleurissants et loin de prôner le féminisme, ce n’est pas le cas de tous. Ils sont imagés et peuvent nous renvoyer à des visions sombres et cinématographiques de la société dans laquelle on évolue. Comment c’est loin, n’est pas un film qui va révolutionner le cinéma, mais ce n’est pas ce qu’il cherche. Bien au contraire.

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Comment c’est loin est un film à la structure narrative fortement conventionnelle. Trois actes bien distincts, avec dans la position du pivot l’extériorisation des émotions que ressentent les personnages et notamment un. Orel & Gringe vont devoir passer par une phase de remise en question, pour évoluer. Sauf que dans son scénario, le film a intégré quelques nuances dans cette même phase. Comment c’est loin est un film de son temps, un film qui en a vu passer d’autres auparavant et qui va chercher à nuancer ses personnages. Des personnages aux réactions plus naturelles et qui sont en cohérence avec le propos que souhaite faire passer le film. À savoir, toujours croire en ses rêves et tout faire, travailler pour y arriver. Des personnages certes naturels, mais qui ne vont pas avoir une évolution majeure pour autant. Des actes et conséquences d’actes vont avoir des effets sur leurs mentalités respectives, mais ne changeront pas de manières drastiques. Ils resteront fidèles à eux-mêmes, comme bloqués par eux-mêmes. C’est en ça que le film est intéressant, car Orel & Gringe sont de véritables personnages comiques. Deux personnages aux caractères bien distincts, qui se complètent et au ressort comique indéniable. L’un va être dans l’action, faisant contre point avec la nonchalance de l’autre. Ils se complètent sur le plan comique et vont faire la paire. Donnant lieu à des situations hilarantes, provoquées par deux comédiens talentueux, même si certainement enfermés dans des personnages très proches de ce qu’ils s’avèrent être en réalité, mais surtout des dialogues savoureux.

On ressent une musicalité dans les dialogues. Un sens du rythme qui était attendu, puisque les dialogues proviennent tout droit de la plume d’Orelsan qui a co-écrit le film. Comment c’est loin réussi à être drôle, grâce à des acteurs qui ont un jeu naturel et aux réparties dont le sens du timing porte à croire à la naturalité des séquences. Faire croire qu’un dialogue entre deux personnages est naturel recèle du miracle. Il faut effacer tout effet de style négligeable et réussir à créer une rythmique, une musicalité dans les dialogues. Ce que possède le film et qui est réussi pour cette raison tout particulièrement. Au-delà de ses personnages souvent hauts en couleur qui nous offrent quelques beaux moments de rire, ainsi que des dialogues savoureux, Comment c’est loin possède les défauts d’un premier film. C’est un film qui réussit quelques’un de ses paris, mais ne va pas plus loin. Il manque au film, et notamment dans sa dernière partie, une folie présente dans la première partie, lors de la contextualisation. C’est un premier film extrêmement timide dans sa réalisation convenue et dans sa mise en scène. Peu d’effets de styles, ce qui est un mal pour un bien. On y gagne un aspect naturaliste pas négligeable, renforçant notre attachement envers ce duo décalé et en décalage avec le monde dans lequel ils vivent. Le très petit budget de 1.8 millions d’euros peut également avoir été un frein à toute excentricité dont auraient pu faire preuve Orelsan et Christophe Offenstein, co-réalisateur du film.  Un film qui avec certitude rentrera rapidement dans ses frais et peut laisser à espérer un nouveau long-métrage toujours aussi bon, mais encore plus décalé et pourquoi pas en totale dérision avec la société.


En Conclusion :

Comment c’est loin est une bonne première réalisation. C’est une bonne comédie française, même si vous n’êtes pas amateur du groupe Casseurs Flowters ou même de Orelsan en tant que rappeur. J’en suis la preuve vivante. Un film qui possède une musicalité dans ses dialogues, qui lui permet de gagner en réalisme et en sincérité. Un film convenu dans sa structure narrative et dans les thématiques abordées, mais qui réussit le pari initial, à savoir être un divertissement drôle. Une comédie portée par un duo comique aux personnages attachants et non un film sur les Casseurs Flowters.


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