Colossal réalisé par Nacho Vigalondo [Sortie de Séance e-Cinéma]

Synopsis : “Gloria est une jeune new-yorkaise sans histoire. Mais lorsqu’elle perd son travail et que son fiancé la quitte, elle est forcée de retourner dans sa ville natale où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. Au même moment, à Séoul, une créature gigantesque détruit la ville, Gloria découvre que ses actes sont étrangement connectés à cette créature. Tout devient hors de contrôle, et Gloria va devoir comprendre comment sa petite existence peut avoir un effet si colossal à l’autre bout du monde…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…
cineticksortie e-cinema le 27 juillet 2017

Depuis l’avènement des effets numériques et leur utilisation massive notamment dans le cinéma américain, les films de monstres sont devenus à la mode. À l’instar des films catastrophes ou de super-héros par exemple. Ils n’ont jamais réellement disparu, mais se font de plus en plus nombreux depuis le début des années 2000. Godzilla (1998, 2014 puis 2016 avec Shin Godzilla inédit en France), King Kong (2005 puis 2017), Quelques Minutes après Minuit, The Host, Monsters… les exemples sont nombreux. Mais ce qui est intéressant avec ce genre, c’est la façon dont le monstre va être utilisé par le metteur en scène. Vient-il détruire le monde ou le sauver ? Va-t-il être exploité afin de traiter d’un sujet difficile et ne pas être qu’un prétexte à un défilement de scènes toutes plus impressionnantes les unes que les autres ? Sur le papier et sans avoir vu aucune image du film, difficile de savoir où va se situer le film réalisé par le cinéaste espagnol Nacho Vigalondo : Colossal.

Une poupée posée dans l’herbe filmée en plongée. La caméra réalise un panoramique vers le haut et s’arrête sur deux jeunes japonaises qui cherchent quelque chose dans le parc : la poupée. L’une d’elles la trouve, se baisse, la ramasse, se relève, se retourne et se rend compte, attirée par la lumière et le bruit, qu’une immense créature déambule entre les buildings de la ville. La jeune fille hurle, la créature la regarde. Noir. Neuf plans et à peine 6 angles de caméra différents. Il aura fallût simplement 9 plans au réalisateur Nacho Vigalondo pour contextualiser son film (introduire deux personnages et pousser le spectateur à se poser des questions) et faire croire que son Colossal va être un film de monstre comme les autres.

L’analogie entre humain et monstre n’aura rarement été aussi belle

De la créature effrayante à la petite fille qui hurle, en passant par la musique d’ambiance qui se fait de plus en plus assourdissante. Tous les éléments caractéristiques du film de monstres sont réunis. Le cinéaste progresse dans cette direction jusqu’à ce qu’apparaisse à l’image Gloria (interprétée par Anne Hathaway). Le ton va diamétralement changer. La musique d’ambiance se coupe brutalement à l’entrée de l’actrice dans son appartement, dans le champ de la caméra. Nacho Vigalondo annonce en quelques plans et trois minutes à peine, vouloir mélanger les genres. À l’instar de son casting, porté par Anne Hathaway et Jason Sudeikis, davantage représentatif du cinéma comique et romantique américain que du cinéma de genre. Faire croire à une comédie romantique, user des codes de ce genre, puis sombrer petit à petit dans le film de monstres jubilatoire permettant d’extérioriser les frustrations et pulsions des personnages et des spectateurs. Astucieuse et savoureuse rencontre entre la comédie, la romance et le film de monstres, Colossal est une œuvre à la croisée des genres. Un vent de fraîcheur souriant et touchant qui emprunte à la comédie romantique la caractérisation de ses personnages (une caractérisation qui cherche l’empathie et la compassion afin de créer un attachement immédiat) et au film de genre l’utilisation de monstres. Non pas en tant que tel, en tant qu’immensités faites pour détruire et créer du spectaculaire au détriment du reste, mais bien pour développer le propos amorcé par la confrontation des êtres humains entre eux. L’humain reste prédominant, quitte à frustrer le spectateur dans un premier temps. De la comédie romantique au film de monstres, de kaiju tel que l’on pourrait plus précisément le qualifier. Le film de kaiju représentant le climax, l’alliance parfaite entre le spectaculaire et la finalité de la dualité amorcée entre les personnages au préalable.

La créature, projection physique et non simplement métaphorique d’un être humain en proie au doute et au chagrin. Ou comment utiliser la créature comme métaphore de la dépression chez l’être humain. Dépressif, l’être humain est prêt à tout, à tout détruire, tout lâcher pour un rien tel un monstre géant débarquant perdu et craintif en plein milieu d’une ville qui cherche son rejet. L’analogie est belle, et paraît logique grâce à un scénario écrit avec justesse, sombrant à aucun moment dans un pathos qui lui tendait les bras, même si flirtant avec la limite à plusieurs moments. Le scénario reprend les différents clichés de la comédie romantique (sa structure narrative et les relations conflictuelles entre les personnages), mais ne s’en cache pas. La naïveté, la conventionnalité de ces mêmes clichés va au contraire servir et non desservir un film où les clichés ne vont pas aboutir sur des “je t’aime… moi non plus”, mais bien sûr un genre nouveau. De la comédie romantique au film de genre, de l’humain au monstre, du sentimentalisme à l’affrontement.

Nacho Vigalondo ne réinvente aucun genre cinématographique avec Colossal, mais efface la frustration ressentie par le spectateur face à une énième comédie romantique (ou dramatique) grâce à l’utilisation d’éléments du film de monstres. Permettant de ce fait au spectateur de rester attentif face à des situations devenant de plus en plus jouissives et spectaculaires. Le monstre est vecteur de spectaculaire et d’action, mais il est également une métaphore, projection de l’être humain en proie au doute et au questionnement. Un mélange des genres savoureux tant dans le fond que dans la forme. Le duo Anne Hathaway/Jason Sudeikis excelle. Les deux acteurs jonglent avec justesse entre les émotions, transformant petit à petit leur jeu respectif (de moins en moins dans la retenue) afin de littéralement devenir des monstres dénués d’humanité… ou non.

[usr 3.5]


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