CoeXister réalisé par Fabrice Éboué [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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La comédie française souffre de deux syndromes. Soit elle est potache au possible et elle en devient ridicule et détestable. Soit le casting est épatant, mais le scénario qui n’est pas à la hauteur. CoeXister vient de créer une troisième voie : la mayonnaise qui ne prend pas ! Comment Fabrice Éboué, humoriste de talent qui manie l’humour noir et le second degré (voire le troisième) avec délice, n’arrive-t-il pas à faire vibrer ses mots avec son casting de comiques impayables ? Oui comment ? Le film n’est pas une mauvaise comédie en soi : se moquer de la religion en ces temps d’obscurantisme est loin d’être une gageure, mais les blagues tombent rapidement à plat. Les éclats de rire se font rares au détriment de sourires plus fréquents, mais qui ne sont pas suffisants face au casting et à l’histoire proposée sur le papier !

Une belle équipe de bras cassés !
Une belle équipe de bras cassés !

Qui doit-on blâmer ? L’histoire est originale pourtant : produire la pire m… musicale possible pour réussir le pari imposé par la directrice du grand groupe industriel (interprétée sans grande conviction par Mathilde Seigner que l’on a déjà vue plus inspirée). Quel peut-être le pire du pire ? Réunir trois représentants des religions monothéistes pour construire un trio musical capable de déplacer les foules en prônant un message de paix. Et surtout remplir le tiroir-caisse de la branche musicale de la société Demanche pour éviter que Nicolas ne soit viré. Si ce film reprend les bases de la comédie de groupe totalement dépareillé qui va savoir s’entendre, Fabrice Éboué ne parvient pas à nous faire croire toujours à cette union sacrée. Et pourtant, les trois portraits des religieux sont assez drôles. Il faut reconnaître encore une fois l’abattage de Jonathan Cohen et le plaisir non dissimulé de voir Ramzy Bedia totalement crédible en imam qu’il n’est pas. Crédible, car il garde ce côté sans filtre qui réussit à faire passer les pires ignominies avec un large sourire et beaucoup d’humour. Entre ces deux acteurs, il y a Guillaume de Tonquédec qui obtient un morceau de bravoure dans une boîte de nuit si particulière… mais après il nous ressert une prestation qu’il fait si bien comme dans le film Bonne Pomme ou encore la série « Fais pas-ci, Fais pas ça » : peu original donc !

Vous l’avez compris : Fabrice Éboué provoque le rire avec ces trois acteurs, mais le côté borderline de Ramzy Bédia ne se marie pas toujours avec le côté bon enfant de Guillaume de Tonquédec. Et au milieu, Jonathan Cohen tente d’imposer un personnage entre dépression totale et folie à l’extrême. À bien y regarder, on a plutôt l’impression d’avoir une succession de petits sketchs formant une histoire cohérente qui a cependant totalement perdu en saveur. Même le personnage d’Audrey Lamy, délirant au départ, semble en sous-régime dès que l’amour s’invite dans son cœur. Pourtant, CoeXister n’est pas une mauvaise histoire. CoeXister n’est pas non plus une énième comédie française décevante et horripilante en mode « pourquoi avoir encore dépensé autant d’argent dans ce film ». Non, Fabrice Éboué remplit son office (sans jeu de mots), mais ne parvient que trop rarement à provoquer les gros éclats de rire ou les situations de dérapages incontrôlées qui auraient emmené le film très loin.

En résumé, une comédie française trop policée pour être religieusement incorrecte. Malgré un trio comique, Fabrice Éboué n’arrive pas à retirer le meilleur de chacun d’entre eux, car il s’est lui-même bridé dans ses délires. Sans doute a-t-il trop voulu cadrer son histoire pour éviter les débordements ? Des débordements qui auraient été nécessaires pour réussir à se moquer pleinement des religions. La comédie n’est pas ratée, mais elle n’est pas une franche réussite… on reste donc sur sa faim !

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