Cherchez la Femme réalisé par Sou Abadi [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Armand et Leila, étudiants à Science Po, forment un jeune couple. Ils projettent de partir à New York faire leur stage de fin d’études aux Nations Unies. Mais quand Mahmoud, le grand frère de Leila, revient d’un long séjour au Yémen qui l’a radicalement transformé, il s’oppose à la relation amoureuse de sa sœur et décide de l’éloigner à tout prix d’Armand. Pour s’introduire chez Mahmoud et revoir Leila, Armand n’a pas le choix : il doit enfiler le voile intégral ! Le lendemain, une certaine Shéhérazade au visage voilé sonne à la porte de Leila, et elle ne va pas laisser Mahmoud indifférent…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Après avoir lu le résumé, vous vous posez la question du risque : un sujet “casse-gueule”, il n’y a pas d’autres mots. Un sujet dit “sensible”. Et si Sou Abadi choisit la comédie, on peut se demander si elle ne le traitera pas par-dessus la jambe. Rassurez-vous : la réalisatrice a réussi son pari ! Elle est même plus que douée, car tout en étant toujours sur le fil, elle est rarement dans l’exagération et parvient à rester dans le juste. Pour son premier film, Sou Abadi traite du radicalisme et de l’amour multiculturel. Soit le retour de Mahmoud du Yémen où il a été endoctriné dans le but de convertir d’autres frères à l’Islam radical. Face à lui, une sœur et un petit frère qui ne le comprennent plus et que lui ne comprend pas. Surtout quand il découvre que Leila file le parfait amour avec Armand. Il n’en faut pas plus pour que Mahmoud enferme sa sœur pour la proposer en mariage à un “frère”. Et aussi qu’il pousse son petit frère à partir au Yémen. Quelle solution pour Armand ? Se déguiser en femme voilée afin de retrouver et sauver sa bien-aimée.

Armand en Shéhérazade, la réponse pour vivre l’amour avec Leila ?!

Le choix de la comédie pour traiter du sujet de la radicalité est osé. Osé parce qu’il ne faut pas sombrer dans l’absurde, ni choisir le lourdingue ou le pathos. Sou Abadi parvient à un résultat en questionnant son scénario par le texte : finement documenté, savamment écrit, la réalisatrice propose une alternative. Le but n’est pas de dire que Mahmoud est le grand méchant (William Lebghil est d’une sobriété incroyable et par moment d’une justesse effrayante). Le but est de prouver qu’en lisant les textes sacrés et en les interprétant avec une âme ouverte, on peut enfin comprendre le Sacré.

Si le propos est clair, c’est que le casting est habité par une mission : celle d’expliquer simplement. Expliquer pour mieux déverrouiller l’enfermement dans lequel place la radicalité. Pour se faire, il faut des actrices et des acteurs de talent. Bien entendu, Félix Moati est impeccable et même hilarant en Shéhérazade (on ne peut que penser à Dustin Hoffman dans Tootsie), mais ce sont celles et ceux qui l’entourent qui réussissent à le porter haut. Tout d’abord William Lebghil et Camélia Jordana (qui décidément se bonifie de film en film). Ensuite, Carl Malapa, le petit frère et surtout Anne Alvaro en exilée iranienne, tour à tour mère poule trop couveuse, engagée avec conviction et surtout femme qui se souvient de tout et de son exil. Un exil clairement expliqué lors d’une scène qui vous fera monter les larmes aux yeux.

En résumé, voici tout ce que devrait être une comédie française : drôle, profonde, spirituelle, réfléchie portée par un casting quatre étoiles. En s’emparant d’un sujet de société actuel, fort et sensible, Sou Abadi propose une réponse aux dérives avec pédagogie, discussion, compréhension et surtout de l’amour.

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