Ce qui nous lie réalisé par Cédric Klapisch [Sortie de séances Cinéma]

Synopsis : “Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Cédric Klapisch fait partie de ces réalisateurs français pour lesquels on dit désormais : “je vais voir le nouveau Klapisch” quand une de ses réalisations sort en salles. Il est devenu une sorte de marque et de gage de qualité (un peu comme un Scorsese ou un Nolan… comparaison qui n’est pas usurpée). Depuis son passage à la réalisation et la direction artistique de Dix pour cent (la série télévisée), on attendait ce retour au cinéma. Le petit écran lui a fait du bien tant son cinéma est désormais apaisé. Il prend son temps pour narrer cette histoire familiale d’un héritage vinicole quelque peu encombrant. En décidant d’ancrer son histoire dans la terre, les racines de la France, Cédric Klapisch n’en oublie ni l’humour, ni la mélancolie qui se dégageait par exemple de la trilogie des aventures de Xavier (L’Auberge Espagnole en tête), ou encore de sa fresque Paris. Les personnages sont bien définis : ils ont tous un passé qui les conditionne, un présent qui les fait interagir et un futur composé de doutes et d’envie.

Ce qui lie Juliette, Jean et Jérémie : est-ce seulement le vin ?

Ces portraits bien dessinés évitent de planter le décor d’un film initiatique permettant de comprendre pourquoi Jean revient. Retour auprès d’un père qu’il avait fui, mais l’occasion pour renouer avec sa sœur et son frère. Ces deux derniers se débattent avec un héritage lourd et pesant : produire du vin, le fabriquer, écouter la vigne, accepter le temps qui s’écoule. Des marques sourdes qui sont le fil continu de l’histoire, rythmé par les saisons ralentissant la narration. Elle se pose par moment au risque de faire décrocher le spectateur. Mais l’habilité du scénario coécrit avec Santiago Amigorena permet de s’attacher définitivement à ce vignoble. De plus, les acteurs portent également parfaitement leur rôle et leur fardeau comme le décrit Pio Marmaï. Le trio fraternel est au diapason : Pio en tête qui pourtant réussit à s’effacer pour mettre en lumière Ana Girardot (impressionnante de force qui se construit au fur et à mesure de l’histoire) et François Civil qui montre enfin l’étendue de son jeu, sorti de la comédie où Five semblait l’avoir cantonné. L’intérêt est que chacun révèle ses forces au cours de moment de bravoure qui sont nécessaires pour souder la famille. Les moments de doute la construisent également alors que tous semblaient paumés et perdus.

Car c’est bien ce sentiment de perte qui domine : celui d’un père qui a dédié sa vie à ses vignes tout en initiant ses enfants, mais en ne leur disant pas assez l’amour qui leur portait. Le fait de chercher sa place construit les parcours de toutes et tous : Jean se posant la question unique de savoir à quelle terre il appartient ? Vivant avec sa femme et son fils en Australie où il a ses attaches, il n’est pas clairement de ce pays… mais en revenant en France, sur ses terres, là où il retrouve ses origines, il comprend également qu’il n’en fait plus partie. Cédric Klapisch révèle ici le sentiment d’être étranger à tout ce qui nous entoure, d’être de nulle part pour finalement mieux reconstruire la base familiale, le socle même de la vie. Et ainsi, prendre les décisions qui s’imposent et replacer la fratrie dans une dynamique. L’aîné impose les choix pour la suite à donner à la succession, la benjamine impose ses choix pour la production du domaine qu’elle va reprendre totalement en mains et la cadette impose sa vie à sa belle-famille en lui donnant enfin l’indépendance dont sa femme et son fils ont besoin. Un dernier mot pour souligner la qualité portée à la bande-son portée par la voix rauque de Camélia Jordana.

En résumé, malgré quelques longueurs qui finalement suivent le rythme des saisons, le nouveau Cédric Klapisch est un bon cru (jeu de mots de circonstance). Il est clair que ce film a du corps et de l’onctuosité même si quelques touches d’acidité se font sentir. Les interprètes sont pour beaucoup dans cette élégante histoire qui laisse quelques notes fruitées au final.

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