Captive State, ou comment redynamiser le film d’invasion extraterrestre



Synopsis : « Les extraterrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l’envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis dix ans. » 

Capable du bon comme du moins bon, le scénariste et réalisateur britannique Rupert Wyatt a tout de même la force de ne pas céder à la multiplicité des projets. Révélé au grand public en 2011 avec son Rise of the Planet of the Apes, reboot qui permettra à la saga de renaître de ses cendres avant de nous offrir un final aussi bouleversant qu’inattendu, le cinéaste a depuis mis en scène un Mark Wahlberg affaibli dans le thriller dramatique The Gambler. Un rôle pas inintéressant, mais tué dans l’œuf par cette volonté même de lui faire un « rôle à Oscar » avec tout ce que cela comporte. Il aura mis son temps, aura surement eu du mal à se relever de ce flop, mais c’est tout à son honneur que d’avoir pris ce temps afin de peaufiner un nouveau projet. Un projet très mystérieux, dont on ne savait fondamentalement rien avant de le voir. Les quelques clips, le synopsis et la seule affiche dévoilée nous laissaient supposés à un nouveau film d’invasion extraterrestre. Si depuis quelques années les invasions extraterrestres ont laissées place à une invasion super-héroïque (en un sens extraterrestre également), il est un genre qui a été adulé, décrypté, analysé, retourné et détourné jusqu’au moment où il s’est essoufflé. Ils nous veulent du mal et sont là pour nous anéantir. Qui se souvient du film World Invasion: Battle Los Angeles ? Ce blockbuster au marketing évasif, mais extrêmement bien mené afin d’attiser l’attention des internautes. Un marketing bien meilleur que ne pouvait être le film, insipide et très mal réalisé. La sortie d’un film d’invasion est aujourd’hui moins intéressante qu’elle ne pouvait l’être au début des années 2000. Captive State, un projet qui arrive après la bataille ?

Dans ce contexte, ce n’est avec aucune attente, mais simplement des craintes, que nous découvrons le nouveau film réalisé par Rupert Wyatt, que nous découvrons ce qui aurait pu être un blockbuster aussi bête qu’insipide, mais qui se révèle finalement être plus proche d’une production indépendante au budget bien géré, qu’à un blockbuster lambda et insipide. Aquaman, Mortal Engine ou encore Alita : Battle Angel pour ne citer que les plus récents, démontrent l’attirance des cinéastes pour développer de nouveaux univers. Qu’il soit futuriste, d’anticipation, terrestre ou sous-marin, c’est toujours à grand renfort d’effets spéciaux créés à partir de fonds verts et bleus. Si la mise en scène se sert de ce même univers et prend du temps afin de lui offrir une réelle consistance et un intérêt, il a beau être uniquement numérique, il permettra au spectateur de s’immerger en son sein le temps du visionnement. Avatar en est le parfait exemple, tout comme la saga Planet of the Apes. Si avec son budget estimé à 25 millions de dollars, Captive State peut être considéré comme un blockbuster (film à gros budget), il ne l’est en rien dans sa manière d’utiliser ce même budget. Il est un film extrêmement terre-à-terre qui démontre une envie de jouer avec ce qui est de l’ordre du concret. Peu de fonds verts ou bleus, mais uniquement des incrustations dans des décors réels lorsque le besoin s’en fait ressentir (le vaisseau, quelques extraterrestres…)

Réel film d’anticipation, Captive State joue la carte du réalisme au détriment du futurisme, esthétiquement parlant. C’est proche de nous, proche du spectateur. Entrepôts, appartements, rues et ruelles. Tous et toutes quelque peu délabrés, mais une multiplicité dans les décors qui va permettre au spectateur de ne jamais ressentir un sentiment de redondance. Comment faire croire à cet univers et non donner l’impression que l’on est dans une ruelle à Chicago, Vancouver ou Montréal ? Réussir à développer un univers d’anticipation à partir d’éléments existants grâce à une très belle, minutieuse et cohérente direction artistique. Tout est dans le choix des lieux lors des repérages, des vêtements, des objets et des tapisseries qui orneront les intérieurs par exemple. Un travail sur la texture et le matériel physique qui nous rappel fondamentalement davantage celui qui est fait sur du court et moyen métrage, ainsi que sur des productions indépendantes, bien plus que sur du film à gros budget (comparons avec le comparable, on parle de divertissement, d’un film d’invasion et non d’un drame). Un budget néanmoins limité, qui trouve cette limite dans l’utilisation minimale de lieux tels que Wicker Park, qu’il aurait été intéressant d’explorer davantage (peut-être dans une suite…).

Au-delà du travail sur la direction artistique, c’est la mise en scène, ainsi que la technique de manière générale qui va permettre le développement de ce même univers, ainsi qu’à l’immersion du spectateur. Une mise en scène mobile, très mobile et dont la vitesse est décuplée par un excellent travail sur le découpage. Il y a une cohérence entre l’exécution par la mise en scène et le découpage qui porte à croire à l’utilisation d’un story-board très précis ou à un scénario établi dans ce sens (avant tout visuel et dans le mouvement, plus que dans la construction par le dialogue). Un film extrêmement dynamique permettant au spectateur d’être tenu en haleine alors que le film ne comporte finalement très peu de scènes d’actions. Ces dernières se comptent sur les doigts d’une main, mais le souffle inculqué par la mise en scène de Rupert Wyatt, ainsi que par la direction de la photographie (caméra à l’épaule majoritairement très stable) et le découpage (au millimètre et intense sans pour autant sur-découper) font ressentir au spectateur l’impression de sortir du visionnement d’un film d’action. Haletant, percutant et transporté par un sound-design qui va embellir l’immersion d’un spectateur qui achève son visionnage avec les poils. Pas une réelle bande originale, mais une nappe sonore omniprésente qui sait se faire ressentir uniquement aux moments opportuns. Le souffle des personnages qui courent, les bruitages… tout ce qui va être de l’ordre du développement d’un univers afin que le spectateur y croit. Alors que les dialogues sont finalement peu nombreux et vont à l’essentiel. Un pur film de mise en scène, un storytelling avant tout visuel et sonore.

S’il est immersif et haletant grâce à sa direction artistique et à sa mise en scène dopée à la mdma, qu’est finalement que ce Captive State ? Sous ses airs de film d’invasion, Captive State est un film terre-à-terre dont le regard est porté sur la révolte d’un groupe de personnes. Le soulèvement d’une branche de révolutionnaires face à la dominance d’une race extraterrestre, mais également face à une société qui a capitulé face à la peur, notamment d’une guerre. Brûlot politique et social évident, Captive State ne fait pas dans la demi-mesure avec le développement de ce même brûlot avec subtilité. Il est direct et frontal, mais c’est finalement grâce à cette charge peu subtile qu’il va être fort, faisant transparaître un réel sentiment d’urgence. On n’a pas le temps, on est dans le mouvement, dans l’urgence d’agir. Il est fondamentalement qu’un divertissement, dynamique et haletant en surface, mais un divertissement qui se permet d’utiliser un questionnement politique et social. Un film sur l’état d’urgence, un film qui va de l’avant tant dans son écriture qui pousse les personnages à agir pour que ça change, que dans sa mise en scène, encore une fois, dynamique. Un parti pris qui inculque au film une réelle personnalité, mais lui ampute par exemple toute notion d’émotion. S’il est bien incarné, les personnages ne sont que de la chair à canon (ce qui va dans le sens du parti pris pour lequel opte le film). Peu attachants, peu touchants et émouvants. Il manque au film cette once d’émotion qui lui aurait permis d’être encore plus grand. Il n’en demeure pas moins une très belle surprise. Haletant et percutant, Captive State n’est pas ce que l’on aurait pu croire, n’est pas un film d’invasion sans personnalité ou parti-pris.


« Ce qui aurait pu être un blockbuster bête et insipide se révèle être plus proche d’une grosse production indépendante au budget bien exploité afin de créer un univers convaincant et très immersif. » 


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