Call Me by Your Name réalisé par Luca Guadagnino [Critique | FNC 2017]

Synopsis : “Une romance entre un jeune homme de 17 ans et un ami de ses parents lors de vacances d’été sur la riviera italienne.”


Du 05 au 15 octobre 2017, nous sommes au 46e Festival du Nouveau Cinéma de Montréal. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


Huit ans après Amore, mais surtout deux ans après la sortie de sa première production américaine, A Bigger Splash, qui lui aura permis de se faire un nom auprès du grand public et des cinéphiles, Luca Guadagnino enchaîne et se déchaîne. Le cinéaste italien adapte pour le grand écran une nouvelle signée Andre Aciman. Publiée en 2007, Call Me By Your Name compte l’histoire d’amour entre un jeune intellectuel précoce de 17 ans et un ami de ses parents, qui a quant à lui, 24 ans. Une adaptation qui tombe à point nommée. L’homosexualité est une thématique qui, ces dernières années, a pris une certaine ampleur au cinéma. Cependant, traiter de l’homosexualité à proprement parler n’est pas chose aisée. On avait notamment pu le constater avec un film comme La Vie d’Adèle, qui ne prenait aucune pincette avec le sujet, devenant au final une oeuvre dénuée de toute émotion et de sincérité.

Si Call Me By Your Name réussit à conquérir les spectateurs et critiques professionnel(le)s lors de présentations en festivals c’est grâce à son non-traitement frontal de l’homosexualité. S’il a pu être, à tors, vendu comme tel, Call Me By Your Name est un film qui traite du sentiment dans sa forme la plus générale possible. Qu’est-ce qu’un sentiment et comment un jeune homme, ou une jeune femme, agit lorsqu’il ou elle ressent quelque chose qui pouvait lui être inconnu jusqu’à présent ? Cette question va traverser le film d’un bout à l’autre, sans chercher à apporter de réponses concrètes. Ce qui n’est en aucun cas péjoratif pour l’oeuvre dans sa globalité. Les réponses sont aussi subjectives que les émotions platoniques. Andre AcimanJames Ivory et Lucas Guadagnino concentrent leurs plumes et leurs caméras sur quelques exemples qui vont faire vivre et nourrir une belle histoire. Call Me By Your Name n’est pas un film à la morale putassière et à la représentation grossière des sentiments et des actions réalisées par les personnages atteints par ses sentiments. Bien au contraire, c’est avant tout un film qui cherche à raconter une belle histoire qui puisse toucher n’importe quel spectateur. Chacun peut se plonger corps et âme dans cette histoire.

Chacun y est représenté par la biais d’une palette de personnages aux caractères tous plus divers. Les personnages sont nombreux, mais caractérisés, puis développés avec une minutie épatante afin qu’aucun ne prenne le pendant sur l’autre. Même si les personnages masculins incarnés par Armie Hammer et Timothée Chalamet sont piliers de l’histoire, cette dernière ne fait pas des personnages secondaires de simples faire-valoir. Ils sont nécessaires au bon déroulement de l’histoire, nécessaires au développement psychologique d’Elio (interprété par Timothée Chalamet NDLR) et nécessaires afin d’amplifier la portée émotionnelle de l’oeuvre. Sans la présence des personnages féminins (remarquables Victoire du Bois et Esther Garrel), Call Me By Your Name n’aurait été qu’film peignant un homosexuel en bon uniforme et à la linéarité sans surprise. Rencontre, attirance, jeux de séductions puis la conclusion de cet édile. Les personnages féminins apportent une problématique supplémentaire, qu’est celle de l’attirance non manichéenne et d’en revenir au questionnement des sentiments.

Un scénario remarquablement écrit ne fait pas un film, et ce, même s’il est d’une qualité épatante. Cependant, Call Me By Your Name n’est pas qu’un scénario. C’est également une direction d’acteur, une justesse d’interprétation et une mise en scène à la sobriété impeccable. Une sobriété poussant, lors de scènes plus juteuses dira-t-on, le spectateur à se dire : « pourquoi fait-il ça ? ». Des scènes qui ne sont finalement pas vulgaire grâce à la justesse du scénario qui retombe sur ses pattes avec un naturel déconcertant et usant humour et complicité entre les personnages afin de faire sourire et lier toujours plus les spectateurs aux personnages. On regrettera cependant une durée excessive. Justifiée par la création et le développement, afin de rendre le film le plus riche possible, de chaque personnage présent au sein de la diégèse, ainsi que de chaque relation, mais néanmoins présente dans la tête du spectateur qui sort de la projection épanouie, avec le sourire aux lèvres, mais lessivé. Lucas Guadagnino s’améliore cependant, il y a du mieux par rapport à son précédent film, A Bigger Splash, remake du film culte : La Piscine. Film tout aussi intéressant et soigné visuellement que ce Call Me By Your Name, mais à la durée excessive, ainsi qu’aux plans et séquences inutilement à rallonge. Espérant que son prochain film, soit son « masterpiece ». La nouvelle interprétation, et non remake, du film réalisé par Dario Argento : Suspiria. En attendant, ce Call Me By your Name est une surprise de taille, romance d’une justesse tant d’écriture que d’interprétation remarquable même si pas exempte de défauts.

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