Borg McEnroe réalisé par Janus Metz [Critique | FNC 2017]

Synopsis : “BORG/McENROE est un film sur une des plus grandes icônes du monde, Björn Borg, et son principal rival, le jeune et talentueux John McEnroe, ainsi que sur leur duel légendaire durant le tournoi de Wimbledon de 1980. C’est l’histoire de deux hommes qui ont changé la face du tennis et sont entrés dans la légende, mais aussi du prix qu’ils ont eu à payer.”


Du 05 au 15 octobre 2017, nous sommes au 46e Festival du Nouveau Cinéma de Montréal. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


Le sport a toujours eu droit à une place de choix au cinéma. Lorsqu’on pense à l’alliance sport et cinéma, l’on pense immédiatement à la boxe. Rocky, Raging Bull puis Ali pour ne citer qu’eux. Trois films de boxe, trois films qui racontent les histoires de fortes personnalités. Réciproquement Chuck Wepner, Jake LaMotta et Muhammad Ali. Cependant, avec la démocratisation du cinéma populaire (ce qui passe par un découpage plus didactique et un montage de plus en plus dynamique et nerveux) et le développement des moyens technologiques, nombreux sont les films qui traitent d’un sport, mais qui cherchent avant tout à s’inculquer cette frénésie particulière à la boxe même. Réussir à donner au film une tension palpable au travers d’une intensité qui sera aussi bien visuelle que sonore. Par exemple, l’on peut penser en ce sens au film Le Tournoi réalisé par Élodie Namer, à Rush réalisé par Ron Howard ou encore aujourd’hui à Borg McEnroe réalisé par Janus Metz Pedersen. Des films qui parlent d’un sport, mais dont le parti pris artistique et technique (montage visuel et/ou sonore) leur permet d’extérioriser une nervosité galvanisante. Si le long-métrage Borg McEnroe ne va pas aussi loin qu’un Rush dans sa nervosité, il en atteint la frénésie lors d’un climax de haute volée !

“Former Rivals, Best Ennemies”. A l’instar du film réalisé par Ron Howard, Borg McEnroe n’est pas un film sur le sport pratiqué par les personnages (le tennis en l’occurrence), mais bien un film dont le scénario repose sur des personnages. Plus que de simples personnalités de la vie réelle, ce sont de véritables personnages de cinéma. Ils ont, dans la vie de tous les jours, une image qui leur colle à la peau. Björn Borg et John McEnroe existent déjà dans l’esprit collectif, possèdent déjà un background riche et complet. Ronnie Sandhal, scénariste du film, n’avait qu’à s’appuyer sur ces images déjà bâties de toutes pièces pour construire de toutes pièces son histoire. Ce qu’il fit avec justesse, puisqu’à aucun moment ces personnages ne prennent la forme de caricatures. Là où un John McEnroe est aujourd’hui, une caricature de lui-même. Son exclamation : “You Cannot Be Serious !” est devenue culte et il en joue énormément, notamment lors des galas de tennis ou encore lorsqu’il commente de grands évènements.

Ronnie Sandhal évite donc cet écueil et réussi de surcroit à transformer au fur et à mesure, cette image imprégnée dans l’esprit collectif. Le scénario introduit ses personnages en les montrant tel qu’on pense les connaître (la quiétude de Björn Borg face à un montage télévisuel des frasques impulsives de John McEnroe) afin d’emmener ces personnages vers une facette que le spectateur ne connaissait pas. C’est à partir de ça, à partir de ce développement caractériel que le réalisateur, les monteurs et le superviseur sonore vont pouvoir construire le film. Les moyens mis à disposition par le cinéma vont servir à enjoliver et transcrire par l’image les personnalités de chacun : montage nerveux qui va s’estomper au fur et à mesure pour l’un et inversement pour l’autre; des impacts sonores de moins en moins prononcés ou inversement; des cadres très chargés et serrés pour l’un au début et inversement pour l’autre… Une œuvre cinématographique complète, aussi bien écrite que techniquement pertinente et maîtrisée.

Néanmoins, même s’il s’avère bien écrit et remarquablement interprété par un Shia LaBeouf (interprète de John McEnroe NDLR) en transe et un Sverrir Gudnason (interprète de Björn Borg NDLR) froid, sans être de marbre, Borg McEnroe reste et demeure un film académique sans surprises. Aussi bien dans le fond, que dans la forme. Le scénario est bon, les personnages secondaires joliment caractérisés sans n’être que de simples faire-valoir, mais on reprochera l’utilisation d’une structure narrative qui s’appuie sur les flashbacks pour relancer l’histoire et développer le background des protagonistes. Une fois que le spectateur a pris conscience de l’engrenage qui lui fait face, son attention va s’amenuir jusqu’à l’affrontement tant attendu. Affrontement palpitant, véritable représentation du bouleversement donc a besoin le film à ce moment. Tant dans sa forme (montage plus cut, plus nerveux) que dans le fond (rapprochement identitaire et complémentarité accrue des rivaux). Cet affrontement est le culminant du film, l’intégrité de ce dernier ce joue à ce moment fatidique où se jouent le futur de deux des plus grands joueurs de tennis. Grâce à ce beau moment tennistique et cinématographique, le spectateur sort de la salle en conservant cette tension qui le marquera et marquera son souvenir du film, sans pour autant se dire que ce dernier le marquera à jamais.

[usr 3.5]


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *