Blood Machines, la valse des machines par Seth Ickerman

Synopsis : « Deux chasseurs de l’espace traquent une machine qui tente de s’émanciper. Après l’avoir abattue, ils assistent à un phénomène mystique : le spectre d’une jeune femme s’arrache de la carcasse mécanique comme si cette dernière avait une âme. Démarre une course poursuite à travers l’espace pour comprendre la nature de ce phénomène. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Création originale à nulles autres pareilles, quatre ans après, Turbo Killer suscite toujours en nous ce même phénomène. Objet de fascination, une quête au fond insaisissable et à l’aspect formelle inattaquable. Qui est cette femme, cet esprit pris au piège de ce qui semble être une prison de cristal ? Qui sont ces deux êtres extraterrestres qui décident de quitter leur vaisseau afin la libérer ? Aucune parole, aucun dialogue, mais une composition musicale qui va venir donner du corps et enrichir l’image d’une intensité palpable. Est-ce l’image qui se révèle finalement adaptative à la musique ou bien l’inverse ? Si, dans le cas de Turbo Killer, l’on aurait tendance à dire que c’est la mise en scène et le découpage de Seth Ickerman qui se superposent à la composition de Carpenter Brut, sa suite fait tout autre. Turbo Killer II, aujourd’hui davantage connu sous le titre Blood Machines, une oeuvre entre expérimentation et confirmation.

Difficile à conseiller, impossible à juger. Si leurs œuvres n’ont fondamentalement rien à commun (tant sur la forme que sur le fond), résident en des cinéastes comme Yann Gonzales, Bertrand Mandico, Carlos Conceicao ou le duo Seth Ickerman, l’envie d’expérimenter et de ce ne pas se contenter de créer une oeuvre conventionnelle et/ou consensuelle. Ils ont des univers bien-définis. Des univers souvent insaisissables, qui vont définir une patte artistique qui va leur être propre. Dépeindre des atmosphères (lourde et oppressante ou bien au contraire libératrice), mettre en scènes des personnages colorés dans des environnements texturés. Garantir l’immersion du spectateur grâce à une cohérence globale vis-à-vis de la direction artistique choisie (ce qui va passer par le découpage, l’intensité du montage, mais également l’incrémentation du sound-design et des compositions au sein d’un tout), et donner de la consistance à ce qui est finalement faux. En l’occurrence dans le cas de Blood Machine : des vaisseaux spatiaux, ainsi que des éléments de décors physiques comme numériques. Donner de la crédibilité et de la consistance.

Blood Machines, le space-opéra où les vaisseaux suintent, où le métal prend vie et devient une matière vivante. Si bien moins kitsch dans ses décors, l’on pense (autre époque, autres envies) aux couleurs, aux décors brumeux et à la manière dont Mario Bava jouait avec la viscosité afin de donner du relief à des décors en carton, pour son film La Planète des Vampires. Le carton et le plastique, des matières physiques en grandes parties remplacées par le numérique. C’est cette eau qui ruisselle sur la carlingue du vaisseau, cette multitudes de tâches et de matière à la viscosité apparente, qui donnent une impression de vécu aux vitres du poste de pilotage, cette porte principale qui s’ouvre et se ferme telle une gueule montreuse à la langue pendante, ces câbles apparents liés tels des terminaisons nerveuses, ce cockpit dont la peinture s’écaille… la machine saigne, la machine devient vivante. C’est par ce travail -d’une méticulosité rare- sur la direction artistique et les effets numériques, que Seth Ickerman va enrichir une oeuvre dont l’une des problématiques principales n’est autre que la possession.

Qu’est-ce qui est conscient ? Une intelligence artificielle peut-elle être consciente et par déduction, peut-elle se libérer des chaînes de son créateur ? Une intelligence artificielle (ou toute autre carcasse de métal pouvant être dotée d’une âme) n’est-elle là que pour satisfaire les besoins narcissiques de son créateur ? Créateur étant étroitement lié au terme maître. Quand un chasseur de prime narcissique et mégalomaniaque et égocentrique va devoir faire face au réveil d’une entité féminine propulsée à la vie par un groupe de rebelle. Une entité dénudée, une entité jamais exploitée et sexualisée. Seth Ickerman et leur équipe, signent space-opéra ouvertement féministe, mais jamais donneur de leçon grâce à une mise en scène qui va d’un côté, chercher à décrédibiliser le chasseur de prime (sans pour autant le mépriser), et de l’autre, inculquer une prestance, une force de caractère à Corey (celle qui fait face au chasseur de prime). Personnage féminin principal incarné par l’actrice Elisa Lasowski. C’est son histoire, c’est l’histoire de cette femme dont on ne sait rien, mais qui va se dévoiler au spectateur au fil des minutes. L’instigatrice, celle qui va permettre l’émancipation d’une autre et la découverte pour le spectateur de Tracy (qui signe le retour de l’actrice Noémie Stevens). Cette jeune femme, cette entité prise au piège d’une prison de cristal dans Turbo Killer.

Seth Ickerman apportent des réponses, développent leur univers tout en conservant cette identité créée avec Turbo Killer. Conserver une narration visuelle, l’envie de raconter d’avantage par l’image et la musique, que par des dialogues. User cette fois d’une structure narrative traditionnelle permet d’apporter de la clarté au récit. Contextualiser l’histoire, caractériser les personnages, développer des problématiques, puis enfin surprendre le spectateur avec une révélation qui va aboutir sur un climax des plus jubilatoire. La mise en scènes est significative et communicative. La musique ne fait que souligner l’image (la grandiloquence et le souffle du space-opéra au bout des notes du synthétiseur de Carpenter Brut), décupler le plaisir d’un spectateur dans l’attente de chaque nouvelle création graphique. D’une richesse, d’une cohérence, d’une maîtrise ahurissante. Si un Kickstarter à hauteur de 185.133€ (3307 contributeurs) a permis la création de ce Blood Machine, l’on ose à peine penser ce dont ils seraient capable si une maison de production avait l’audace de produire ces talents qui ne méritent que la liberté de créer.


Turbo Killer, le duo Seth Ickerman dynamite le cinéma de genre français


Exclusivement dans le réseau CGR en France du 1er au 4 Septembre et disponible en vidéo à la demande sur Shudder au Canada.

« Le duo Seth Ickerman fait preuve de grâce avec cette odyssée spatiale organique et féminine, où valsent des êtres en quête de liberté. Un spectacle euphorisant. »

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