Barrage réalisé par Laura Schroeder [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Catherine, jeune femme de trente ans, revient s’installer au Luxembourg pour renouer avec sa fille Alba qu’elle avait confiée à sa mère Élisabeth dix ans plus tôt. Alba, est froide et distante avec cette étrangère qui réapparaît dans sa vie et résiste farouchement à ses tentatives de rapprochement. Un jour, alors qu’Élisabeth a enfin permis à Catherine de passer quelques heures avec sa fille, Alba se blesse au bras. Catherine, craignant la réaction d’Élisabeth, décide de prendre son destin en main. Elle enlève Alba et l’emmène au chalet familial au bord du lac de la Haute-Sûre, dans l’idée de l’arracher à l’influence d’Élisabeth et de s’offrir un peu de temps avec elle seule. Commence alors un voyage insolite, une plongée dans un monde déroutant à laquelle aucune des deux n’était préparée. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position « je m’installe comme à la maison » ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Film projeté dans le cadre du Festival Cinémania ce mercredi 8 novembre à 20h15 puis le jeudi 9 novembre à 9h30 en présence de la réalisatrice Laura Schroeder

Couvrir un festival, ou ne serait-ce que participer à un festival de cinéma afin de voir une ou plusieurs œuvres cinématographiques est souvent l’occasion de faire des découvertes. Parfois elles nous bouleversent, nous émeuvent, nous font rire et sourire, voire nous mettent en colère. Enfin bref, le cinéma est un art qui peut nous mettre dans tous nos états et les festivals, aussi possiblement nommé « Cinéphilieland » comme a pu le faire dernièrement Michel Hazanavicius, sont là pour combler les attentes des spectateurs plus ou moins cinéphiles. C’est là qu’on peut découvrir des films qui ne sortiront peut-être jamais dans nos salles obscures habituelles. Un véritable parc d’attractions pour cinéphiles en manque de sensations. Découvrir des films, mais également des acteurs, actrices et jeunes cinéastes qui pourraient nous offrir par le biais de leur talent respectif ces émotions que l’on recherche. Il représente le Luxembourg dans la course à l’Oscar du Meilleur Film étranger, mais n’est pas pour autant un film dont la visibilité à sa sortie en France aura été exceptionnelle. Loin de là… Barrage, un long-métrage qui ne laisse pas de marbre, qui saura vous hanter lorsque s’allumeront les lumières de la salle de projection.

Pour le second long-métrage de sa jeune carrière, la cinéaste luxembourgeoise Laura Schroeder s’attaque à un sujet délicat qu’est celui de la parentalité, et ce, sous ses aspects les plus tortueux. Comédie, drame et comédie dramatique sont les trois genres favoris de la comédie française moderne, les trois genres que le cinéma français affectionne particulièrement, mais qui ne font plus frémir les spectateurs à force de répétition. Effet produit à cause d’une base scénaristique produite, reproduite et utilisée « advitam nauséam » par les films que l’on qualifiera de populaires, car faciles d’accès pour le spectateur et faciles à produire, puis à distribuer, par les professionnels. Cependant, et alors qu’on pensait que tout avait été dit et fait au cinéma, subsiste encore des manières de faire, des manières de transmettre des émotions aux spectateurs tout en leur contant une belle histoire. Si l’histoire du film Barrage n’a en surface rien de belle et s’avère être tout au contraire, dramatique et difficile sur le plan psychologique, elle se révèle finalement belle grâce à l’attachement émotionnel créé sur la continuité. Barrage conte l’histoire très simple d’une mère qui souhaite se rapprocher de sa jeune fille dont elle a dû laisser la garde à sa naissance pour le bien de cette dernière.

Un pitch d’une simplicité folle, mais amplement suffisant à Laura Schroeder et à sa co-scénariste Marie Nimier afin de contextualiser l’action, puis créer et développer trois personnages qui vont enrichir et faire vivre cette histoire. Un trio féminin retors, assez difficile à cerner et à aimer dans un premier temps, car toutes trois fermées psychologiquement à cause d’une reproduction de la manière d’éducation. En se concentrant uniquement sur ces trois personnages, et en jouant avec le hors champ et la non-présence presque systématique de la représentante de la génération la plus ancienne (incarnée par Isabelle Huppert NDLR), Laura Schroeder et Marie Nimier peuvent aller au bout de leur argumentaire. Il est question d’affiliation, de famille et de représentation, mais avant tout du dialogue, ou plutôt du non-dialogue entre une mère et son enfant. Un non-dialogue qui va entraîner une dureté, un enfermement psychologique pouvant conduire à un comportement difficile, puis à une reproduction de ce dernier sur les générations suivantes. Comme un engrenage infernal dont il serait difficile, mais pas impossible de se sortir.

Barrage fait ressentir ce mal-être aux spectateurs grâce à ses longs moments de silence, mais également, ses dialogues et actions souvent maladroites de la mère envers sa fille (Isabelle Huppert envers Lolita Chammah, ou, Lolita Chammah envers Thémis Pauwels, ou, Isabelle Huppert envers Thémis Pauwels). Psychologiquement fermés, enfermés même, sur le plan émotionnel, les personnages ne touchent pas et ne provoquent aucune empathie de la part du spectateur. Ce n’est qu’une fois le « cut au noir » arrivé et le générique lancé qu’on se met à réfléchir, à comprendre le comportement de ces personnages en manque d’amour et à les aimer en retour. Et ce, presque naturellement, sans que Laura Schroeder ait eu besoin de filmer des moments de joie et d’allégresse comme il aurait été le cas dans diverses productions françaises ou américaines. C’est bien plus fin, plus sensible que ça. On repense à un sourire en coin qui en disait long, à un regard complice lors d’une certaine scène ou même à une réplique maladroite, mais dont la volonté n’était aucunement de blesser ou choquer.

Barrage est un film comme on a pas souvent l’habitude d’en voir. Une oeuvre aux personnages froids, difficile à aimer, mais que l’on aime une fois leur histoire cernée. Laura Schroeder nous apparaît comme une cinéaste audacieuse qui s’intéresse et se focalise sur ses personnages qu’elle aime. C’est pour cette même raison que la cinéaste ne va pas chercher à sombrer dans le larmoyant ou user de facilités qui apparaîtraient comme des clichés en incohérence avec les personnalités, jusqu’ici établis, des personnages. Une histoire logique, fondamentalement belle et touchante interprétée avec justesse par le trio Lolita Chammah, Thémis Pauwels et Isabelle Huppert. On remarquera également l’utilisation du format 1,33:1 (format carré NDLR) afin de se rapprocher des personnages, sans pour autant omettre les décors et paysages ici importants.

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