Bajirao Mastani réalisé par Sanjay Leela Bhansali [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Inde, au début du 18ème siècle. La cour du roi hindou marathe Chhatrapati Shahu a besoin d’un nouveau Peshwa, équivalent du 1er ministre. Le jeune Bajirao, guerrier émérite doté d’une grande sagesse spirituelle, est choisi. Quelques années plus tard, durant un de ses voyages, Bajirao rencontre Mastani, fille du roi rajpoute hindou Chhatrasal et de sa conjointe musulmane perse Ruhani Bai. Elle lui demande son aide pour combattre l’envahisseur musulman qui menace leur fort. Bajirao, impressionné par ses qualités de guerrière, accepte de l’aider et ils réussissent à vaincre les ennemis. Chhatrasal, reconnaissant, insiste pour que Bajirao passe Holi (la fête des couleurs) avec eux à Bundelkhand. Mastani et Bajirao tombent amoureux. Il lui offre sa dague, inconscient du symbole de mariage que cela représente pour les rajpoutes de Bundelkhand. Bajirao repart pour Pune, où Kashi Bai, son épouse dévouée qui l’attendait impatiemment, l’accueille. Mastani, déterminée à suivre son cœur, arrive à Pune. En pleine reconquête de l’Inde, Bajirao affrontera les Moghols, alors en pleine désintégration… mais le Peshwa, bientôt tiraillé par deux amours, résistera-t-il aux assauts du cœur et contre la raison d’État ?”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Sorti il y a déjà 3 ans en Inde, Bajirao Mastani trouve enfin le chemin des salles françaises ce mercredi. Fresque historique entre film de guerre, comédie musicale et histoire d’amour, adaptation d’un roman narrant la vie du peshwa Bajirao, multi-récompensé partout où il est passé, Bajirao Mastani s’affirme comme le film d’aventure lyrique qui manquait à cet été.

Adaptation historique d’un pan complètement inconnu pour les non-initiés de l’histoire indienne, on pourrait penser que Bajirao Mastani serait réservé justement aux connaisseurs de cette culture. Loin de là, le film propose à la fois un spectacle généreux, une plongée dans une époque et des traditions éloignées, et un récit captivant, riche en rebondissements grâce à une intrigue qui ne s’arrête jamais. Si le début du film est déroutant, les rapports sociaux et titres de noblesse de l’époque ne nous étant pas familiers, l’enchaînement des scènes permet de ne jamais décrocher du film. L’effort nécessaire de concentration à chaque introduction de personnage dans la première demie-heure est facilement compensé par une écriture qui mets toujours ces personnages face à leur rang et à leurs responsabilité sociales. Ainsi, on comprend rapidement qui est qui pas seulement au sein du métrage mais aussi au sein de la société de l’époque, et les us et coutumes montrés sont alors facilement intégrés, grâce justement à la présentation fonctionnelle des personnages.

Mais loin de s’arrêter à un aspect fonctionnel, l’écriture développe sans cesse des personnages et des péripéties, à tel point que le film, qui dure déjà 2h30, paraît trop court face au flot perpétuel d’évènements, qui ne cessent d’alimenter une intrigue romantique elle aussi faite de rebondissements, trahisons et obligations sociales. Avec une trame s’étendant sur des années, le principal défaut est la gestion des ellipses qui perd parfois le spectateur. Avec ses nombreuses guerres, ses sauts dans le temps, et la naissance puis le développement d’enfants, le film couvre un laps de temps très important, et les ellipses de plusieurs mois ou années font que les évènements ont tendance à se confondre.

Le film racontant en parallèle des exploits militaires du peshwa Bajirao (chef des armées et décisionnaire en cas de conflit avec l’ennemi) sa liaison non-dissimulée pendant son mariage, lui attirant nombre d’ennemis et de prédiction de malheur. Proche des tragédies occidentales (on pense à Shakespeare, forcément), tout cet aspect du film est mis en valeur par l’exploration des coutumes indiennes, plusieurs scènes de comédie musicale rythment le film, et font également évoluer l’intrigue via les paroles des chansons se rapportant au mariage ou au concubinage. Jamais gratuite, ses scènes participent pourtant grandement au divertissement proposé, notamment grâce à une direction artistique sublime.

Et cette direction artistique ne se limite pas aux scènes de danse, mais imprègne tout le film, des décors et costumes dans de simples scènes de dialogue, aux scènes de guerre grandioses, opposant plusieurs armées. Si les effets spéciaux ont déjà vieilli, le film ayant été finalisé il y a 3 ans, les incrustation étant visibles justement dans ces scènes de guerre, l’ampleur de la mise en scène de Sanjay Leela Bhansali permet de passer outre et de se réjouir du spectacle proposé. Chef des armées, le peshwa ne cesse de faire étalage de sa force et de ses capacités durant des combats tous plus exagérés les uns que les autres, et le réalisateur s’en donne à cœur joie, lui faisant manier toutes les armes, pratiquer tous les styles de combat, secondé par des masses de soldats permettant des plans aériens où les combats s’étendent à perte de vue, et des plans au sol où la perspective ne laisse voir que des champs de bataille. La liberté de mise en scène est totale, pour le plus grand bonheur des spectateurs.

Si Bajirao Mastani demande de rester concentré à chaque instant pour ne pas perdre le fil d’un scénario plein à craquer, il en vaut la peine tant il est généreux visuellement, dans son action et sa dramaturgie. Le film ne s’arrête jamais et devient alors épique et lyrique, s’impose comme une valeur sûre, réussissant sa mission de divertissement bien mieux que la plupart des productions récentes.


« Le film ne s’arrête jamais et devient alors épique et lyrique, s’impose comme une valeur sûre. » 

Bajirao Mastani réalisé par Sanjay Leela Bhansali avec Ranveer Singh, Deepika Padukone, Priyanka Chopra… Au Cinéma dans quelques salles en France le 25 Juillet 2018.


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