Au Revoir Là-Haut: Albert Dupontel au sommet

Synopsis : “Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.. “


Lire « Au Revoir Là-Haut », une œuvre d’art éblouissante signée Albert Dupontel (par Kevin Halgand)

Alors que le réalisateur, humoriste et acteur français soufflera sa 54e bougie en Janvier prochain, il semblerait qu’il ait signé l’un des -voir le- meilleur film français de cette année -voir ces dix dernières années-. Tout juste sorti, le film fait déjà beaucoup parler de lui et pour cause? Le succès du roman de Pierre Lemaître -Prix Goncourt 2013- sur lequel est basé le sixième long-métrage d’Albert Dupontel et les nombreuses avant-premières publiques et presses ont séparément générées un nombre incalculable de critiques dithyrambiques. Mais ces avis sont-ils justifiés? Lumière sur un des films phares de cette fin d’année.

Il est difficile de mettre Albert Dupontel dans une case ou dans un genre en particulier tant le réalisateur a su prouver à travers sa riche filmographie l’étendu de son art si particulier qui tend aussi bien vers le génie que vers le grotesque. Si certains admirent, d’autres détestent. Que ce soit au détour de Bernie (1996), son premier long-métrage, ou à celui de 9 mois ferme (2013), l’homme qui était promis à une carrière de médecin a su faire parler de lui grâce à son parti pris audacieux, généreux et complètement dingue. Aujourd’hui, comme une parenthèse dans sa carrière, le cinéaste de 53 ans revient avec une nouvelle oeuvre. Cette fois-ci le film d’auteur se transforme en film grand public, accessible dans sa globalité mais tout aussi soigné, maîtrisé et riche que ces aînés.

Alors qu’on a plutôt l’habitude de retrouver le réalisateur dans des comédies dramatiques burlesques, cette fois, en s’attaquant à l’adaptation du roman de Pierre Lemaître, il offre, en plus d’être le film qui attendait de sublimer sa filmographie, un film français important se basant à la fois sur des valeurs universelles et aux fissures de la société actuelle. Ainsi pendant tout le récit, Albert Dupontel dépeint l’entre-deux-guerres avec un regard contemporain allant des abus de pouvoirs en tous genres aux dysfonctionnements d’une société narcissique, ego-centrée et déséquilibrée. Là où le cinéaste fait un coup de maître c’est en nuançant ses propos. Au lieu de tomber dans la caricature pathétique, il arrive à extraire du pire, le meilleur. Les personnes présentaient comme étant mauvaises peuvent s’avérer être drôles et presque touchantes tandis qu’une fatalité du front de guerre tire d’un artiste le meilleur de lui-même. Au final, comme le fond de l’histoire, Dupontel, détourne les situations pour en faire quelque chose de totalement inédit. Si l’histoire est tout aussi touchante -et les acteurs.rices y sont pour quelque chose- qu’amusante elle aurait pu s’arrêter aux délices d’un scénario correctement exécuté alors qu’ici le cinéaste a su la sublimer avec une mise en scène exceptionnelle.

Le film s’ouvre sur un plan séquence qui nous plonge dans les malheurs des tranchées. Maîtrisé, soigné et remarquable, ce premier plan annonce la suite: le film est une partition virtuose de couleurs -technique de la rotoscopie-, de lumières -utilisation des bougies et de lumières chaudes- et de plans saisissants. Il est si rare d’éprouver cet amour presque sensoriel pour une pellicule qu’il est important de le souligner. Si l’amour est exprimer ici, ce n’est pas tout à fait un hasard car le cinéaste lui-même fait des références à un cinéma qu’il aime, qu’il chéri et qu’il affectionne particulièrement: le cinéma muet. Pour les plus attentifs vous reconnaîtrez certainement un ou deux costumes empruntaient dans l’armoire de Buster Keaton -Albert Dupontel lui-même qui incarne le bon type Albert Maillard adopte même les habitudes corporelles et faciales du géant du cinéma muet- ou à Charlie Chaplin -ce n’est pas un hasard si la petite Louise semble tout droit sorti du film de 1921 Le Kid-La première bande-annonce annonçait d’ailleurs ce bel hommage en étant uniquement muette et accompagnée d’une bande-son magnifique. Il n’est donc pas du tout étrange qu’avec une telle passion dans son essence, qu’Au Revoir Là-Haut transporte et fascine.

La forte mise en scène n’efface pourtant pas ces personnages attachants, émouvants voir même détestables comme c’est le cas du Lieutenant Pradelle incarné par Laurent Lafitte ou Marcel Péricourt joué par Niels Arestrup. Il y en a un qui se démarque particulièrement. Déjà parce qu’il est incarné par celui qui a crevé l’écran dans 120 battements par minute, Nahuel Pérez Biscayart* -dont le talent semble se multiplier dans ce récit- mais aussi parce que son traitement est particulier. Victime des plus affreuses créations de la guerre, Edouard Péricourt se retrouve mutilé au visage. De cet handicap, qu’on ne verra jamais frontalement -comme pour ne pas effacer l’image que l’on a de lui-, grâce à jeu de masques, il va en tirer le meilleur. Alors que tout les opposes, Albert Maillard et Edouard Péricourt forme un duo remarquable fait de nuance, de désaccords mais toujours profondément humain. L’humain c’est d’ailleurs ce qu’Albert Dupontel défend à travers son film.

Au Revoir Là-Haut est ce genre de film dont les détails, les messages transmis, s’intensifies à mesure qu’il mûri dans notre esprit. C’est du grand cinéma avec un grand C. Un cinéma humain, émouvant et remarquablement exécuté grâce à un cinéaste passionné et passionnant.


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