Arctic, une proposition de cinéma sensoriel avec Mads Mikkelsen

Synopsis :« En Arctique, la température peut descendre jusqu’à moins –70°C. Dans ce désert hostile, glacial et loin de tout, un homme lutte pour sa survie. Autour de lui, l’immensité blanche, et une carcasse d’avion dans laquelle il s’est réfugié, signe d’un accident déjà lointain. Avec le temps, l’homme a appris à combattre le froid et les tempêtes, à se méfier des ours polaires, à chasser pour se nourrir… Un événement inattendu va l’obliger à partir pour une longue et périlleuse expédition pour sa survie. Mais sur ces terres gelées, aucune erreur n’est permise… »


Critique écrite par Pauline Mallet lors du Festival de Cannes 2018

« Arctic n’est pas un mauvais film, mais son manque d’ambitions, de prise de risques et de développement scénaristique, laisse un contenu amer à l’ensemble et fait de lui un long-métrage très oubliable. Malgré un personnage principal incarné par un acteur charismatique, Joe Penna peine à nous embarquer dans l’aventure et dans les épreuves du personnage soit un des aspects les plus importants du genre qu’il a choisi de mettre en scène. » Derrière ces propos tenus par Pauline Mallet, rédactrice s’étant rendue au Festival de Cannes en 2018 et qui y a découvert le film, réside une part de vérité. Arctic n’est pas un mauvais film et plus précisément, il est un film enfermé derrière les barrières de plus en plus visibles du genre auquel il appartient complètement. Il est un film de survie et un film de survie se doit de faire avec les défauts inhérents à un genre dont on connaît les engrenages, ainsi que très souvent, les tenants et aboutissants. C’est un pur film de genre caché derrière plusieurs obstacles qu’il va devoir franchir, mais qui seront dans tous les cas sur son chemin, ainsi que sur le chemin d’un spectateur qui sait très bien à quoi s’attendre avant même de voir le film. C’est au réalisateur, Joe Penna en l’occurrence, de réussir à faire en sorte que le spectateur oublie les autres films du genre, oublie sa culture cinématographique le temps du visionnement afin de se laisser emporter aux côtés du protagoniste.

Chaque spectateur est différent. Chaque spectateur va avoir une perception et un ressenti différent face à une oeuvre à cause d’un background et d’un bagage culturel différent. Pour son premier long-métrage, le jeune cinéaste Joe Penna décida d’aller à la recherche des conditions extrêmes et de se heurter au film de survie. Aucun flashback, ni flashforward, mais la volonté de montrer l’instant présent. S’il est montré à l’image consécutivement 3 jours puis 3 nuits, même s’il y a eu une accélération dans le montage (accélération simplement créée pour dynamiser le récit et ne pas s’endormir sur une routine déjà explicitée), il n’y a pas pour autant eu d’ellipse temporelle de plusieurs jours ou semaines. Vivre l’instant présent, tel que sur le tournage, l’équipe technique et les comédiens ont dû faire avec les conditions climatiques extrêmes. Ce n’est pas quelque chose qui va être expliqué à l’image, ce sera au spectateur de ce le dire et de le comprendre, à l’image qu’il sera à lui d’imaginer un background pour le protagoniste. Laisser place à son imagination afin d’incrémenter à ce moment présent des informations qui vont enrichir l’histoire et permettre pourquoi pas, la compréhension des choix qui vont par la suite être réalisés par le protagoniste de l’histoire. Un protagoniste à la caractérisation sommaire, mais enrichi grâce à la mise en scène de Joe Penna qui malgré une volonté de minimalisme, va réussir à l’humaniser et lui donner de la force, du courage, mais également des faiblesses.

Le concept du film de Joe Penna réside dans cette volonté de montrer l’instant présent et rien d’autre. Un storytelling intéressant, mais pas révolutionnaire. Après une brève contextualisation, il va être question de l’arrivée d’un élément perturbateur avant que ne s’enchaînent les péripéties, les unes après les autres. Une histoire extrêmement simple, mais portée par un concept qui va être finalement dotée d’une double lecture fondamentalement plus intéressante. Aucun nom, aucune identité pour caractériser le personnage. Le spectateur voit et regarde Mads Mikkelsen évoluer dans un climat extrême et glacial. Pas de studio, pas de fond vert, mais bel et bien les montagnes et vastes étendues glaciales de l’Islande. Par son scénario dépouillé à l’extrême, Joe Penna va simplement faire de la pure mise en scène. Il joue avec son acteur, le met en situation, le fait se déplacer puis, le mettre face à des obstacles afin de créer une dramaturgie et une gradation dans la dureté des événements. C’est avec ce minimalisme et ce jeu en conditions (sans parler des ajouts de vfx, du travail colorimétrique réalisé en post-production…), que Joe Penna va réussir à faire de Arctic une oeuvre sensorielle avant tout. L’acteur ou l’actrice aura beau doter du plus grand des talents, être en situation tel que Mads Mikkelsen ici même permet de lire sur son visage les sensations que serait à même de ressentir son personnage. Ce n’est qu’une réaction lors d’un coup de vent, que la fumée lors d’un souffle, qu’une expression réalisée lors de la révélation d’un visage au froid extérieur… Des petites choses qui vont insuffler de la crédibilité à l’ensemble et immerger pleinement un spectateur qui n’en sortira qu’à l’apparition de l’écran titre.

Arctic n’en demeure néanmoins pas moins qu’un film de fiction. Ne cherchez pas de la crédibilité dans l’aboutissement de certaines situations, vous risqueriez d’être déçus et rapidement désarçonnés. Néanmoins, Joe Penna va se servir de la plus belle des manières de certains outils offerts par le cinéma de fiction afin de donner du cachet et une véritable crédibilité à l’ensemble. Ces outils, s’ils peuvent être visuels avec notamment quelques apports colorimétriques intéressants, sont avant tout sonores. Emporter le spectateur grâce à de magnifiques paysages sublimés par le sound design. Le bruit des pas dans la neige, le vent de plus en plus fort, les froissements des vêtements, le bruit des outils utilisés par le personnage, les craquements de la glace… une accumulation de sonorités qui vont crédibiliser ce qui en réalité n’est que peu crédible parce que l’on se laisse prendre au jeu. Un sound design superbement réalisé avec une superposition de sons qui ne vont jamais prendre le pas l’un sur l’autre, mais au contraire, vont se compléter ou laisser la place à l’autre grâce à un bon mixage. Le son a une faculté hypnotique très intéressante et est un élément primordial au cinéma (bien plus que l’image). Il est ici superbement employé et ce qui est entrepris est justement exécuté afin de faire de Arctic une proposition sensorielle. Sans occulter la bande originale composée par Joseph Trapanese, très présente, mais belle et galvanisante sans être encombrante pour toute la partie sound design.

Alors oui, il manque de créativité dans sa réalisation, il lui manque cette once d’audace qui lui aurait permis de marquer les esprits, mais il en demeure pas moins une proposition de cinéma sensorielle superbement menée et exécutée, transcendée par un minimalisme qui poussera les personnes qui ont déjà travaillées sur un plateau de cinéma comme moi, à ressentir exactement ce que les acteur.rice.s et les technicien.ne.s ont ressenti sur ce plateau. On imagine très bien comment tel ou tel plan a été pensé ou tourné. On a froid avec eux et on remarque quelques défauts à l’image (quelques plans légèrement flous) qui amplifient l’aspect expérience humaine devant comme derrière la caméra.


« Derrière des défauts inhérents au genre, se cache une proposition de cinéma sensoriel superbement menée et exécutée, transcendée par le minimalisme de son concept : vivre le moment présent. »


Arctic, au cinéma dès le 15 février 2019 au Québec.

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