Après Coup réalisé par Noël Mitrani [Critique | FNC 2017]

Synopsis : “La vie de Marc bascule lorsqu’Aurélie, l’amie de sa fille, est tuée par une voiture en sortant de chez eux. Non seulement Marc se sent coupable d’avoir dit à Aurélie de rentrer chez elle, car si elle était restée plus longtemps à jouer avec sa fille elle serait encore en vie, mais en plus il est hanté par le regard que la petite fille a fixé sur lui avant de mourir. Cette image intrusive lui rend la vie insupportable au point qu’il développe un état de stress post-traumatique. Refusant d’abord de se soigner, il accepte finalement de suivre une psycho-thérapie qui va profondément le bouleverser.”


Du 05 au 15 octobre 2017, nous sommes au 46e Festival du Nouveau Cinéma de Montréal. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films vus durant ce festival pas comme les autres. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


On ne le connaît pas (ou par un nombre très restreint de cinéphiles) en France, mais Noël Mitrani est un cinéaste chevronné et bien connu au Canada. Avec quatre courts-métrages et tout autant de longs-métrages à son actif, le réalisateur canadien a rapidement su se faire connaître. Repéré dès la diffusion de son premier long-métrage titré Sur la trace d’Igor Rizzi, Noël Mitrani c’est depuis bâti une filmographie dont les films se succèdent sans illogisme ni discontinuité. Le traumatisme sous toutes ses formes, la psychologie humaine et la reconstruction après un évènement douloureux pour la conscience humaine sont les problématiques fondamentales de sa filmographie. Véritable pierre angulaire permettant de lier un à un chacune de ses œuvres, c’est ce même questionnement auxquels vont être confrontés les spectateurs de son nouveau long-métrage : Après Coup. Attaquer la psychologie humaine au cinéma c’est se heurter à devoir marcher sur un étroit filin scénaristique. Ne jamais sombrer dans le pathos, mais réussir néanmoins à créer une un lien fort, une empathie entre le(s) personnage(s) et les spectateurs.

Le cinéma français va souvent se servir d’un traumatisme pour par la suite créer un attachement et développer un ton “feel good”. C’est souvent plus ou moins réussi, mais c’est surtout majoritairement un simple accélérateur scénaristique qui ne sera pas plus développé que cela. Le but étant en tout et pour tout de faire passer un “bon” moment aux spectateurs en racontant une belle histoire. Si avec son film Après Coup, Noël Mitrani cherche également à faire passer un bon moment de cinéma aux spectateurs, il va avant tout être question d’émotion et d’attachement émotionnel pour aboutir à un sourire en coin qui ne sera pas forcé. Montrer un évènement tragique en optant pour le point de vue d’une personne qui en est “que” spectateur. Telle est la manière dont Noël Mitrani a choisi de créer un profond attachement émotionnel entre le protagoniste de son film et le spectateur. L’accident est ici annonciateur d’une destruction interne du personnage, il est utilisé comme point de bascule du récit. Un récit centralisé sur ce protagoniste dont le spectateur va assister à une descente aux enfers psychologique sans pouvoir y faire quelque chose.

Grâce à des choix de mise en scène et de cadres qui n’occultent à aucun moment les personnages d’ordre secondaire, le spectateur va avoir un point de vue global sur la situation de cette famille. Ne pas se contenter de filmer le personnage troublé et torturé, mais également montrer sa façon de se comporter avec les siens. Façon de renforcer l’attachement non pas à un personnage, mais bien à toute sa famille, à tous ceux qui l’entourent. Même si passif, émotionnellement le spectateur reste en activité et ne cesse de donner intérieurement son avis sur les actions du protagoniste afin qu’il aille au mieux, afin que lui et sa famille soient heureux. À partir de ce moment, à partir du moment où le spectateur souhaite que le bonheur refasse surface au sein de ce foyer, c’est que le pari du réalisateur Noël Mitrani est réussi. Réussir à mettre en scène un drame psychologique extrêmement sobre dans la forme, mais suffisamment bien écrit et mis en scène pour impacter et toucher le spectateur. En sus de ce beau travail réalisé sur l’affect, Après Coup est un film qui porte à réfléchir sur les nouvelles techniques de guérison. Excellemment bien écrits, les dialogues déclamés par le psychologue vont poser des questions rationnelles sur le comportement de la conscience humaine. Des questions rhétoriques, qui ne demandent pas à ce que soient apportées des réponses, mais simplement à ce qu’on y réfléchisse. À ce que le spectateur puisse réfléchir sur la conscience et le subconscient humain, cette machine incroyable dont aucun n’est réellement maître et dont aucun n’a conscience de ce dont elle est capable.

En réalisant un film basé sur l’affect, sur l’attachement émotionnel entre le spectateur et les personnages, Noël Mitrani se permet de développer l’aspect psychologique de son scénario. Faire en sorte que l’on se pose les bonnes questions, tout en aboutissant sur un propos humaniste et profondément bienveillant en corrélation avec les bonnes ondes et l’attachement émotionnel qui se dégage du film dans son entièreté. Également remarquablement interprété (superbe Laurence Dauphinais qui tient tête à un Laurent Lucas habité), Après Coup est une belle surprise, une œuvre touchante aux personnages attachants.

[usr 3.5]


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