Ant Man and The Wasp réalisé par Peyton Reed [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Après les événements survenus dans Captain America : Civil War, Scott Lang a bien du mal à concilier sa vie de super-héros et ses responsabilités de père. Mais ses réflexions sur les conséquences de ses choix tournent court lorsque Hope van Dyne et le Dr Hank Pym lui confient une nouvelle mission urgente… Scott va devoir renfiler son costume et apprendre à se battre aux côtés de La Guêpe afin de faire la lumière sur des secrets enfouis de longue date… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Tout juste trois ans après un premier opus qui aura fait parler de lui, non pas à cause de ses qualités cinématographiques mais bel et bien à cause des problèmes survenus lors de son développement, le super héros Ant-Man fait son retour sur les écrans de cinéma du monde entier. Et ce, alors que l’acclamé et déjà vu par la moitié de la population qui a accès à un cinéma (et on exagère à peine), Avengers : Infinity War est toujours proposé en salles. Si on se pose rapidement la question : « Pourquoi sortir ce nouveau film estampillé Disney Marvel aussi vite ? », le visionnement du film nous apporte des éléments de réponse indiscutables. Depuis quelques films maintenant, le Marvel Cinematic Univers par le prisme du producteur Kevin Feige, avait pris une tournure intéressante. Aller chercher des auteurs qui ont une patte artistique visible au premier coup d’œil, des envies et des idées de mise en scène pour des personnages et histoires bien particulières. On pense à Black Panther, à Thor : Ragnarok ou encore au travail opéré par les frères Russo qui ont su capter l’attention du public cible avec une mise en scène dynamique et aérienne. De son côté, Ant-Man n’était jusqu’ici que l’ombre du potentiel que représente le personnage. Une ombre qui malheureusement restera quelque chose d’immatériel et que l’on ne verra pas se matérialiser avant encore quelques années.

« Aucune tension, aucun enjeu majeur, aucune recherche ou créativité dans la direction artistique et la réalisation… Ant-Man and The Wasp, beau naufrage made in Disney Marvel »

Si le potentiel du personnage ici interprété par Paul Rudd -pour ne pas dire des personnages interprétés par Michael Douglas et Paul Rudd– est incroyable, le rendu cinématographique ne leur rend en rien hommage. Après un premier opus flingué par des discordes sur le plan artistique et un changement de réalisateur à la dernière minute dans le simple but de développer un film plus consensuel, et surtout, de permettre au film de s’intégrer plus aisément au Marvel Cinematic Univers, voici la suite : Ant-Man and The Wasp. Comme son titre l’indique avec une subtilité incroyable, Ant-Man and The Wasp c’est avant tout la promesse de l’arrivée du personnage de The Wasp/La Guêpe au sein du MCU, ainsi que de la formation d’un duo avec Ant-Man. Deux personnages pour le prix d’un dans un film qui fondamentalement, ne sert à rien de plus que d’introduire ce nouveau personnage. Si ce n’est pas une surprise que cet énième film labellisé Disney Marvel ne soit pas une prouesse scénaristique aussi palpitante que créative, il est remarquable de distinguer à quel point le scénario du film Ant-Man and The Wasp est aussi vide que le fameux « Quantum Realm ». Élément déjà intégré à l’histoire du premier film. Après qu’Ant-Man ait exploré et survécu à son passage au sein de ce Microverse (autre dénomination du « Quantum Realm »), Hank Pim (interprété par Michael Douglas NDLR) et sa fille Hope Van Dyne (interprétée par Evangeline Lilly ndlr) songent à y retourner afin de sauver Janet Van Dyne (interprétée par Michelle Pfeiffer ndlr), femme de cette dernière et possiblement toujours vivante, coincée dans le Microverse.

Telle est l’histoire du film Ant-Man & The Wasp, tel est l’objectif que les personnages doivent atteindre. Rien de plus. Aucune intrigue digne de ce nom (« sauver maman » n’est pas une intrigue qui permet de faire tenir un long-métrage sur presque deux heures), aucun enjeu, aucune tension, aucun climax, aucun rebondissement… rien ne permettant au spectateur de s’impliquer aux côtés des personnages à cause d’une histoire qui n’a tout simplement rien à raconter. Le simple but de cette histoire est une nouvelle fois de créer le duo formé par Ant-Man et The Wasp, ainsi que d’introduire plus concrètement un élément qui sera fondamental au déroulé du film Avengers : Infinity War Part 2. Introduire des personnages le plus rapidement et le plus succinctement possible afin qu’ils puissent être exploités dans les prochains films du Marvel Cinematic Univers et qu’ils puissent ici démontrer leurs aptitudes au combat. À aucun moment, les scénaristes (non pas un ou deux, mais trois à cinq scénaristes ont œuvré sur le film) ne se penchent sur la psychologie des personnages. Principaux, comme secondaire. Ils sont dénués d’émotion et n’ont aucune personnalité apparente, mis à part qu’ils peuvent tous et toutes être caractérisés comme cool et gentils, mis à part le méchant quant à lui risible pour ne pas dire invisible. Ne pas perdre de temps et tout mettre au service de l’action afin que le spectateur ne s’ennuie pas une seule seconde. Oui, tout va extrêmement vite, le montage bat même quelques records de vitesse, mais le film n’en est pas pour autant captivant ou intéressant à regarder. Le manque d’enjeux scénaristique et la prévisibilité de chaque action – ainsi que des blagues et moments plus « fun » – amputent le film de toute once de tension. Le film en devient rapidement lassant et ennuyant, malgré quelques bonnes répliques comiques et moments divertissants. On retiendra entre autres une bonne utilisation du comique de répétition à certains moments en ce qui concerne les personnages interprétés par Paul Rudd et Michael Pena.

S’il est scénaristiquement d’une pauvreté rare même pour un film estampillé Disney Marvel, Ant Man and The Wasp n’est aucunement sauvé par ses fulgurances de mise en scène et de réalisation. Ces dernières n’étant pas à l’ordre du jour. Conventionnel, didactique et prévisible au possible, aucune des scènes d’action du film ne retient l’attention d’un spectateur qui aimerait voir de belles idées de mise en scène et de réalisation avec des jeux de proportions. Oui, subsistent quelques idées qui permettent d’avoir des actions intéressantes, mais ces dernières sont minimes et pour la totalité, déjà montrées dans la bande-annonce officielle du film. Rien de nouveau, rien de surprenant. Peyton Reed se contente de filmer l’action et ne cherche pas à faire en sorte que la caméra prenne part à l’action. Il reste en dehors des chorégraphies souvent illisibles à cause d’un montage trop intense et d’un sur-découpage incompréhensible. Contrairement à certains, Peyton Reed n’a pas de style particulier sans être mauvais pour autant. Sa réalisation est simpliste, mais fonctionnelle et fonctionne très bien pour des projets de comédies américaines telles que Yes Man, La Rupture ou encore des shows télévisés comme New Girl sur lequel il a travaillé. Néanmoins ça ne suffit pas pour un projet de l’ampleur de Ant-Man and The Wasp. Un projet qui a une certaine ambition et une possibilité de création visuelle absolument magistrale ne serait-ce que sur les différences de proportions, les perspectives et par déduction les jeux de focales pour donner une impression d’immensité ou l’inverse. S’il y a quelques idées de mise en scène marrantes et spectaculaires, elles ne restent donc qu’au stade d’idées et n’impressionnent pas à cause de ce manque d’implication au cœur de l’action. Le spectateur ne reste que spectateur et ne ressent absolument rien.

Si Thor premier du nom avait au moins l’audace d’une direction artistique shakespearienne pas inintéressante, Iron Man 2 une fougue certaine lors de quelques scènes et Ant-Man premier du nom quelques fulgurances de mise en scène (le climax), Ant-Man and The Wasp réussi l’exploit d’être très certainement le plus mauvais long-métrage du Marvel Cinematic Univers. Malgré une véritable sympathie et bonne humeur communicative de la part des très bons Paul Rudd et Evangeline Lilly, Ant-Man and The Wasp n’a rien d’un divertissement de bonne facture. D’une pauvreté abyssal tant sur le plan scénaristique qu’artistique, Peyton Reed et les scénaristes qui ont officiés sur le projet, délivrent un long-métrage qui n’a rien à raconter et ne cherche pas à être créatif sur le plan formel. Servi par une colorimétrie aussi fade que plate (aucune couleur, aucune émotion, aucune direction artistique tout simplement…), ainsi qu’une bande sonore dénuée de punch, de moments d’émotion et de thèmes marquants, difficile de sauver quoique ce soit de ce film tant on en reste extérieur, aucunement marqué, ému ou ne serait-ce que divertis.



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