« Dans Votre Écran », votre rubrique qui revient en quelques mots, sur ces œuvres -majoritairement audiovisuelles- que nous découvrons depuis le Canada ou la France, sur notre écran de salon, d’ordinateur ou dans notre salle de cinéma favorite.
Il semblerait que quitter la saga Transformers soit la meilleure chose qui puisse être arrivé au cinéaste Michael Bay, tant ce dernier semble s’offrir une véritable cure de jouvence avec ses deux derniers long-métrages en date. En effet, après 6 Underground sur Netflix, le réalisateur de Rock revient dans les salles de cinéma avec Ambulance, remake d’un film éponyme danois, beaucoup plus minimaliste dans l’approche de son high-concept qui est passé entre plusieurs mains à Hollywood avant d’atterrir dans celles de Michael Bay. Et Ambulance ne pouvait pas mieux tomber que dans la filmographie de ce dernier, tant il synthétise tout le sens de la démesure propre à ce sale gosse hollywoodien.
À travers le scénario de Chris Fedak, sous influences Die Hard totalement revendiquées avec une véritable envie de nous raconter une histoire avec des êtres humains de chair et de sang, Michael Bay trouve avec Ambulance l’occasion de revenir à la fougue de ses débuts. Un cinéma d’action décomplexée. Techniquement virtuose, avec une caméra en mouvement constant libérée de toutes contraintes physiques. Car ce qui intéresse avant tout Michael Bay c’est de filmer une ville aussi ciné génique que Los Angeles sous toutes ses coutures à travers une course-poursuite frénétique propre à un cinéma d’action très 90’s (on pense notamment à Speed de Jan de Bont), dans une imagerie de l’espace urbain qui est fait indéniablement écho au cinéma de Michael Mann (Heat, Collateral).
Et c’est très simple ; Michael Bay livre avec Ambulance l’une des plus belles visions de Los Angeles vues récemment dans le cinéma américain, filmant sa teinte orangée de faux rêve californien comme jamais auparavant, parvenant à saisir toute la densité et l’énergie électrisante de cette pure ville de cinéma, avec une technicité virtuose qui lui permet également de renouer avec les gimmicks les plus iconiques de son style. Michael Bay est un technicien hors-pair, on le sait depuis son deuxième long-métrage, Rock, et dans Ambulance, le réalisateur lâche les chevaux, ou plutôt les drones, avec lesquels il se fait plaisir comme jamais.
Entre des plans en plongé depuis le sommet d’un immeuble, d’autres à ras du sol qui passent à grande vitesse en dessous d’une voiture de police en plein saut, ou encore cette caméra qui traverse l’impact d’une balle dans une vitre (un motif visuel qui revient de manière récurrente dans le récit). On avait tout simplement pas vu Michael Bay aussi fou dans sa mise en scène depuis Bad Boys 2, qui reste encore aujourd’hui le manifeste le plus démesuré de sa filmographie. Ambulance est de cet ordre-là, avec un humour noir de sale gosse et une violence exacerbée comme rarement auparavant chez le cinéaste, à l’image d’une séquence d’opération chirurgicale viscérale à souhait, dont le spectateur risque de se souvenir pendant un bon bout de temps après sa séance.
Si le cinéaste délivre avec Ambulance un pur shot d’adrénaline dans sa mise en scène de l’action et du mouvement, il est également bien aidé par un trio d’acteurs géniaux. On n’a tout simplement jamais vu Jake Gyllenhaal aussi classe et déchainé que chez Michael Bay. Yahya Abdul-Mateen II incarne la facette humaine et poignante du duo fraternel à l’écran, dont le scénario de Chris Fedak permet également à Bay de renouer avec les élans politiques de No Pain No Gain (mais aussi avec le patriotisme pompeux de Pearl Harbor, c’est à double tranchant). Tandis que la vraie surprise réside dans le personnage de Cam, l’infirmière de l’ambulance prise en otage, incarnée par Eiza Gonzalez, que l’on a pu voir notamment dans Baby Driver d’Edgar Wright.
Si Bay ne peut pas s’empêcher de la sublimer sous toutes ses formes avec un style habituel à son cinéma, elle incarne ici le vrai cœur émotionnelle du métrage, à travers l’un des personnages féminins les plus intéressants vus dans sa filmographie. Il ne fait aucun doute que les détracteurs les plus difficiles à convertir au cinéma de Michael Bay ressortiront d’Ambulance avec une sacrée migraine, surtout avec la bande sonore de Lorne Balfe, qui n’est pas sans rappeler les compositions de Ludwig Göransson (un autre protégé d’Hans Zimmer) sur Tenet de Christopher Nolan, avec lequel Ambulance partage une vraie envie d’expérimenter l’action comme jamais.
Avec son Los Angeles aussi bien sublimé qu’explosé, son trio d’acteurs on fire et sa mise en scène de l’action virtuose, Ambulance s’impose aisément comme l’un des meilleurs films de Michael Bay, qui retrouve à travers cette course-poursuite frénétique la fougue de ses débuts. Ce qui donne à voir l’un des auteurs les plus fous du cinéma d’action contemporain en pleine possession de ses moyens. Une sorte de Michael Bay movie ultime dans son genre.
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