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Quelques mots, sur ces œuvres que nous découvrons depuis le Québec ou la France, sur notre écran d'ordinateur ou dans notre salle de cinéma favorite.

Abuela

« Dans Votre Écran », votre rubrique qui revient en quelques mots, sur ces œuvres -majoritairement audiovisuelles- que nous découvrons depuis le Canada ou la France, sur notre écran de salon, d’ordinateur ou dans notre salle de cinéma favorite.

Parmi les dernières sensations du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2022, Abuela de l’espagnol Paco Plaza tient une place de choix dans le palmarès de cette 29ème édition. Récompensé du Prix du Jury, le nouveau film en solo du co-réalisateur de l’excellent [REC] s’est très vite targué d’une réputation de grand film d’horreur espagnol après sa présentation en compétition dans les Vosges. Ce qui nous a laissé plus qu’intrigué par la proposition que semblait représenter Abuela sur le papier, ce sont les parallèles qui semblaient s’offrir à nous avec le précédent film de l’auteur : la très bonne série B horrifique Veronica. En effet, au fur à mesure de sa filmographie, Paco Plaza semble construire une œuvre autour de l’horreur féminin, puisqu’après Veronica qui traitait des affres de l’adolescence à travers la possession démoniaque, Abuela se place dans la continuité de cette dernière à travers la notion de la vieillesse. Une obsession qui semble passionner les auteurs du cinéma d’horreur contemporain, après The Visit de M. Night Shyamalan ou, plus récemment Relic de Natalie Erika James. Abuela se place donc dans ce même sillon, à savoir une horreur tournant autour de la peur de vieillir, du temps qui passe et, par essence-même, de la mort.

Et la thématique du temps apparaît ici comme une évidence, le cinéaste ayant opté pour un tournage en 35 mm qui donne un à l’image une esthétique presque hors du temps avec un grain pelliculaire qui n’est pas sans rappeler un certain cinéma d’horreur des années 70 dont Suspiria de Dario Argento serait la référence clé d’Abuela (c’était déjà le cas dans Veronica, par ailleurs). Autant sur le plan formel que sur le plan thématique où il est question de sonder la psyché et l’intimité de son personnage féminin, qui se retrouve confronté à son propre avenir inéluctable face à la Abuela. Mention spéciale à l’interprète de cette dernière, Vera Valdez, qui parvient à être absolument terrifiante sans presque jamais dire un mot du long-métrage. Cette obsession autour de la peur de vieillir donne à voir des séquences purement cauchemardesques (littéralement), où Plaza parvient à en dire long à travers l’horreur, sans jamais tomber dans une exposition lourde et caricaturale autour de son personnage féminin.

Si [REC] était un pur roller coaster en Found Footage qui ne laissait jamais de répit à son spectateur, et que Veronica nous offrait des jump-scares terrorisants et sans pitié dans leur efficacité, Abuela dilue plutôt l’angoisse dans le quotidien de son héroïne. Cette dernière, se retrouve assignée au chevet de sa charmante grand-mère, mise en scène dans ce qui ressemble à une boucle cyclique qui se referme sur elle-même tel un piège, dont elle va très vite se rendre compte que la Abuela n’est pas tant mamie gâteaux que dans ses souvenirs. Avec un sens du cadre qui semble iné pour donner du corps à chacune des situations, Paco Plaza s’amuse comme un petit fou à brouiller nos repères dans cet appartement qui sert presque de décor à un huis-clos où un mouvement panoramique peut-être source d’une belle trouillasse, et ce, même lorsqu’on s’y attend. Un jeu de chat et la souris entre la caméra et le spectateur qui n’est pas sans rappeler les gimmicks d’un certain James Wan, dont Plaza serait l’équivalent espagnol, s’imposant comme un véritable artisan du genre dans son pays depuis [REC]. Le twist final d’Abuela (un peu prévisible tout de même) achève de rendre cohérent ce nouveau film avec les précédents de son auteur, qui semble construire son œuvre solo autour d’une horreur intime et féminine qui lui va à ravir.

Abuela n’est peut-être pas le grand film d’horreur espéré suite aux louanges de Gérardmer (on est loin de la maestria d’un Hérédité, avec lequel il partage beaucoup plus qu’il n’y paraît dans l’horreur), mais il n’en demeure pas moins une des plus belles trouillasses vus récemment sur un grand écran, confirmant Paco Plaza comme l’un des artisans les plus fascinants du cinéma d’horreur espagnol contemporain. Flippant.

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