À La Dérive (Adrift) réalisé par Baltasar Kormákur [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Tami Oldham et Richard Sharp décident de convoyer un bateau à travers le Pacifique et se retrouvent pris au piège dans un terrible ouragan. Après le passage dévastateur de la tempête, Tami se réveille et découvre leur bateau complètement détruit et Richard gravement blessé. À la dérive, sans espoir d’être secouru, Tami ne pourra compter que sur elle-même pour survivre et sauver celui qu’elle aime. ”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Cinéaste islandais, Baltasar Kormákur doit avoir une certaine passion pour les histoires dramatiques et les aventures tirées d’histoires vraies. Après avoir mis en image l’ascension aussi périlleuse que désastreuse de la plus haute montagne du monde par un groupe de grimpeurs dans le sobrement titré Everest, le voici en pleine mer afin de raconter l’histoire vraie de la battante et courageuse Tami Oldham. Adrift, ou également titré À La Dérive en France ou encore En Pleine Tempête au Québec (titre déjà pris en France par l’excellent film réalisé par Wolfgang Petersen avec George Clooney et Mark Wahlberg, est inspiré d’une histoire vraie qui nous semble aujourd’hui pas si hors du commun que cela. De moins en moins inspirés, les scénaristes (pour certains souvent des films de commande) adaptent les histoires vraies, car comme on le dit très souvent : rien ne ressemble plus à la fiction que la réalité. Ce qui n’est fondamentalement pas faux lorsque l’on met bout à bout tous les synopsis des films inspirés d’histoires vraies. Des destins ou pans de vies hors normes et pour lesquels on aurait souvent du mal à croire, tant on frôle, voire on dépasse le stade de l’ordinaire. Si cette femme dont Baltasar Kormákur a décidé de mettre en image un pan de vie est aussi courageuse qu’extraordinaire, le film qu’il en a tiré l’est-il obligatoirement aussi ?

« À vouloir trop en faire et en montrer, À La Dérive noie ses ambitions émotionnelles et agace de plus en plus malgré un affect envers les personnages bel et bien présent. » 

Aussi nette que précise, la réponse est claire : non. Produit en partie par l’actrice Shailene Woodley elle-même, À La Dérive repose sur un scénario écrit par le trio composé des frères Kandell (Aaron Kandell et Jordan Kandell NDLR) qui ont participé à l’écriture d’un certain Vaiana, la légende du bout du monde, ainsi que David Branson Smith. Ces derniers n’ont eu d’autre choix que respecter la réalité des faits. Chercher la véracité afin d’offrir à Tami Oldham le plus bel hommage le plus beau qui soit. Telle était la volonté de l’actrice Shailene Woodley qui a accepté le rôle à la simple condition qu’elle puisse être également productrice et donc avoir son mot à dire sur le script. Challenge Accepted & Objectif Accomplished. S’il ne marquera pas d’une pierre blanche le panthéon des drames humains sur fond de catastrophes, À La Dérive dispose d’un scénario qui fait la part belle à l’affect et à l’humanité des deux personnages principaux. On va les suivre du début à la fin, de leur rencontre jusqu’à la fin de l’histoire. Une histoire d’amour joliment écrite dont le spectateur va prendre part grâce à l’attachement créé envers Tami Oldham. En optant pour son point de vue, les scénaristes et le cinéaste développent rapidement un attachement de la part du spectateur envers la jeune femme et par conséquent celui qui la rend heureuse. Peu de dialogues, que ce soit sur le continent ou en pleine mer, mais ils sont bien sentis et permettent de cerner la personnalité des personnages. Elle est brave, décontractée et aventurière, là où lui aime également l’aventure, mais n’a pas pour habitude de tout partager.

Grâce à une actrice et un acteur investis, les situations et les dialogues gagnent en naturels, ne faisant qu’accroitre l’immersion et l’investissement émotionnel. Investissement néanmoins amputé par une structure narrative qui tente des choses et cherche à ne pas faire dans la plus stricte des linéarités, mais qui va peut à peut noyer l’immersion du spectateur. Là où la convention du cinéma populaire voudrait que l’histoire soit racontée suivant une ligne temporelle logique (donc de la rencontre à la catastrophe), les scénaristes et/ou le monteur ont décidé de casser cette logique avec un montage parallèle. Alterner le présent de la catastrophe avec des retours en arrière qui vont permettre de mettre en lumière leur rencontre. Une facilité qui permet de contextualiser l’action et d’introduire les différents personnages, mais également d’amplifier petit à petit l’attachement envers les personnages. Alterner les moments de joies avec les moments difficiles permet sur le papier d’accentuer drastiquement l’impact des situations dramatiques. Ça, c’est sur le papier. Si l’effet fonctionne les deux premières fois, son intérêt diminue puis disparaît les fois suivantes. À peine le temps de se plonger dans l’intensité de l’action des scènes de survie, qu’un flashback ne surgit à nouveau pour nous ramener sur le continent. À vouloir trop en faire et en montrer, À La Dérive noie ses ambitions émotionnelles et agace de plus en plus malgré un affect envers les personnages bel et bien présent.

Entaché par un scénario qui cherche à trop en faire et à trop en montrer (le problème aujourd’hui du cinéma populaire qui ne laisse plus place au hors champ et à l’imaginaire) , À La Dérive n’en demeure pas moins un beau film. Un drame relevé par la sincérité et l’humanité que dégage son scénario, ainsi que le jeu de l’actrice Shailene Woodley. Elle y met du sien, tant physiquement qu’émotionnellement, et ça transparaît à l’écran. Elle est investie, sincère dans ses mots et actions donnant au personnage du corps et du charisme. L’affect envers cette dernière est indéniable même si entaché par une structure narrative qui tente quelque chose, mais en vain. Joliment réalisé (complètement dans la veine du travail de Baltasar Kormákur sur Everest), c’est avant tout la direction artistique absolument somptueuse qui donne aux spectateurs un regain d’attirance envers le film à chaque lâché prise. Les jeux de couleurs et les différents panoramas sont superbes, tout comme les cadres choisis qui ne se répètent à aucun moment malgré un décor principal des plus étroits. Immersion garantie grâce à une caméra portée qui reste au plus près des personnages, et ce, même dans l’eau. Donnant lieu à de forts et beaux moments qui permettent de garder un souvenir positif du film et éclipser certains des problèmes.


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