[#9 Retour Sur] Le Garçon et le Monde réalisé par Alê Abreu

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“À la recherche de son père, un garçon quitte son village et découvre un monde fantastique dominé par des animaux-machines et des êtres étranges. Un voyage lyrique et onirique illustrant avec brio les problèmes du monde moderne.”

“Oubliez les perroquets mignons et les joyeuses intervalles musicales de Rio, vous êtes désormais dans le réel.”

Actuellement, le cinéma d’animation, si l’on en croit les médias, ne se résumerait qu’aux productions américaines. En effet, l’époque dans laquelle nous vivons est gouvernée par les prouesses techniques tridimensionnelles de grandes industries que sont Pixar, Sony, Blue Sky ou encore Dreamworks, pour ne citer que les plus prolifiques. Pourtant, le film Le Garçon et le Monde, venu tout droit du Brésil, échappe à toutes ces règles. Plus qu’un film d’animation entièrement dessiné à la main – ce qui est déjà particulièrement impressionnant au vu du résultat final, il s’agit là d’une critique ambitieuse et surtout violente de notre monde vu par les yeux d’un enfant. Enfant que Alê Abreu, le réalisateur, cherche probablement à assimiler à un spectateur occidental (si l’on fait partie d’un pays d’Occident tout du moins), naïf,  sagement installé au fond de sa caverne en prise aux clichés et aux stéréotypes. 

Il y a rarement des films qui marquent autant que celui-ci. Le Garçon et le Monde, ou en brésilien O Menino e o Mundo, narre l’histoire d’un enfant, anonyme, qui rejoint la ville après que son père ait quitté le domicile familial situé en pleine campagne. Une fois arrivé en territoire urbain, il y découvre l’envers d’un décor que semblaient ignorer les populations rurales… Sans dialogues intelligibles, et seulement avec un crayon, le réalisateur Alê Abreu se pose les bonnes questions, en appuyant parfois un peu trop sur la mine – notamment sur son final, étiré jusqu’à s’enfoncer dans l’évidence – pour faire comprendre la détresse qu’il ressent vis-à-vis du monde dans lequel il vit.  Le libéralisme économique, premier visé, n’échappe pas à la virulence du message véhiculé. Il est montré comme une force invisible, uniformisant les personnes vivant en ville et créant une sorte de matrice du bonheur par le biais de symboliques extrêmement judicieuses et troublantes.

Blindé de références à la pop-culture – on pense notamment à Disney ou Tetris -, qu’il détourne allègrement pour y créer un sentiment de mal-être comme évoqué ci-dessus, le film se présente également comme une vision onirique des paysages dans sa manière de créer une distorsion de la réalité visuelle, en laissant libre cours à l’imagination de l’enfant dont on perçoit le point de vue tout au long du film, en particulier par le biais de son innocence  et de sa prise de conscience progressive, indéniable. O Menino e o Mundo est extrêmement habile dans sa destruction d’idées fantasmées sur le pays du Pain de Sucre, où le football, la musique et les danses traditionnelles ne sont plus qu’un cache-misère pervers. Le réalisateur se détourne des clichés du genre au profit de l’alarmante pauvreté visible derrière ce rideau.

La caractérisation des personnages tient également de l’ordre de la fascination. Sans artifices, au teint blanc, vecteurs de dialogues incompréhensibles, car interprétables avec le cœur et non le cerveau, le réalisateur et son équipe de dessinateurs parviennent à insuffler un souffle émotionnel au film en marquant les traits, qui conservent tous une intention qui les différencient les uns les autres. Chaque couleur possède un sens, le rouge et le bleu laissent place à un gris et un noir sombres et presque annonciateurs d’une apocalypse urbaine. Chaque dessin possède sa métaphore, son allégorie, qui défie notre perception de la réalité et écrase les marques temporelles pré-définies tant les personnages qui rencontrent l’enfant lui semblent être sa représentation plus âgée. Les notes musicales, tout comme les aplats de couleur énoncés ci-dessus, permettent de ressentir et de valoriser les envolées lyriques lors des premières séquences, où l’onirisme est maître. Le thème lancinant et presque unique de la bande originale, qui fait office de tentative de retour à la pureté et à l’innocence dont le film pose un point de départ, invoque un goût de festivité puis d’amertume et de nostalgie selon l’avancée du périple de l’enfant.

Le Garçon et le Monde donc, est une belle réussite, qui a le mérite d’oser se poser les bonnes questions, sans pour autant s’enfermer dans une trame programmatique afin d’étonner, image par image, le spectateur transporté parfois malgré lui, depuis son fauteuil, qui devient tout de suite moins confortable.

4.5/5

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