Wild Rose, une interprète extraordinaire pour un film bien trop ordinaire

Synopsis : « A peine sortie de prison et de retour auprès de ses deux enfants, Rose-Lynn n’a qu’une obsession : quitter Glasgow pour devenir chanteuse de country à Nashville. Tiraillée entre sa passion et ses obligations de mère, la jeune femme va devoir faire des choix… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

S’il y a bien un cinéma que l’on aime découvrir puis défendre, c’est le cinéma d’auteur. Et lorsque l’on dit cinéma d’auteur, c’est fondamentalement tout ce qui coûte moins de 20 millions de dollars américains à produire et dont chaque frame n’a pas été retouché pour y incruster des effets de particules. C’est notre vision du cinéma d’auteur dans une ère où les grosses majors mangent chaque part d’un gâteau paradoxalement de plus en plus petit. Tout ça pour dire que l’on aime voir et découvrir ce cinéma. De cette année on retient notamment le profil britannique qui met en avant ces jeunes femmes provenant de la classe moyenne et qui doivent se battre contre la société ou elle-même afin de s’épanouir dans leur vie respective. L’année passée on avait eu Une Femme Heureuse. Cette année nous avons pu découvrir les très beaux Rosie Davis et Dirty God. Deux films fondamentalement opposés dans ce qu’ils racontent, mais finalement extrêmement proches dans leur manière de raconter leurs histoires respectives. Une manière que l’on nommera comme « très british », pour ne pas dire empreinte de la marque d’un certain Ken Loach, instigateur de ce mouvement social et humaniste. L’extravagance de Rose-Lynn Harlan va-t-elle ajouter son grain de sel à cette liste de films dont on se délecte à chaque découverte ?

Wild Rose conte l’histoire de Rose-Lynn Harlan, jeune mère dont le rêve absolu est de se rendre à Nashville dans le Kentucky afin de faire de sa passion pour le chant et la country, son métier. Vivre le rêve américain pour cette jeune femme originaire de Glasgow, mais malheureusement tout n’est pas aussi simple. Rien d’extraordinaire dans l’histoire, ni même dans la manière de la raconter. Une structure narrative éculée pour un scénario qui ne va pas s’étaler sur une critique de la société, mais davantage sur les tourments de son personnage principal avec comme centre névralgique la question : doit-on vivre son rêve au détriment des siens et de ses obligations ? Question dont la réponse peut paraître simple et logique lorsqu’on y songe depuis son canapé, mais fondamentalement bien plus compliquée lorsque l’on fait face à la situation. Croyez-moi. Le questionnement est aussi pertinent qu’intéressant, néanmoins Wild Rose repose sur un scénario écorché par des illogismes qui sortent du récit. C’est l’histoire d’une mère protectrice et de sa fille rêveuse. C’est l’histoire d’un film dont le scénario repose sur les répercussions des choix de l’une sur l’autre.

Répercussions et prises de conscience qui n’arrivent pas au bon moment, provoquant un illogisme dans les agissements de l’une comme de l’autre. Des prises de conscience placées de cette manière afin de donner plus d’importance au personnage de la mère, ici réellement original et très intéressant, mais mal intégré vis-à-vis de l’arc narratif principal (celui de Rose-Lynn). Ce qui amène un illogisme déconcertant, tout en mettant sous les yeux du spectateur des ficelles qu’il n’aurait pas dû voir. Un problème en amène un autre et d’un beau film humain à fleur de peau, on en vient à découvrir l’ossature d’un squelette humain bien façonné, mais qui ressemble à tous les autres. Néanmoins, Wild Rose n’est pas que ça. Il est, tels les Rosie Davis et Dirty God précédemment cités, un film humain et humaniste porté par de beaux personnages. Des personnages bien écrits, mais surtout incarnés merveilleusement par des actrices qui ont du chien. Elles inculquent à leurs personnages respectifs du caractère, une manière de se tenir, de réelles émotions. De très belles incarnations qui permettent au film de maintenir le spectateur en émois alors que le scénario aurait de son côté tendance à enfoncer ce dernier dans son fauteuil.

Wild Rose c’est l’histoire d’un film qui réalisé il y a quelques années, aurait paru vraiment excellent à nos yeux. Une structure narrative conventionnelle, quelques illogismes qui gâchent l’expérience et la crédibilité des actions des personnages, mais surtout une direction de la photographie agaçante. Si elle n’est pas moche, bien au contraire, elle est d’une facilité didactique tellement grande que l’on imagine la discussion entre le réalisateur et le directeur de la photo face à chaque plan. « Bouge un peu la caméra, va chercher le flare puis fais contre-jour avec son visage pour montrer qu’elle est épanouie lorsqu’elle chante ! » Ce n’est pas moche, mais n’est pas Matthew Libatique qui veut et si ce dernier réussissait à rendre quelque chose de conventionnel beau et agréable c’était grâce à une certaine cohérence dans la manière de filmer ses acteurs de la première à la dernière frame. Ici, George Still propose une manière de faire, mais il ne s’y tient pas allant piocher, volontairement comme involontairement, dans des références que l’on a toutes et tous. Là où un Rosie Davis ou Dirty God s’efforçaient de conserver une certaine cohérence afin que l’expérience puisse être avant tout émotionnelle, tout en proposant de belles images. Ici la volonté de faire de belles images est par moment trop présente, trop forte, gâchant l’expérience et les moments en question.

Wild Rose aurait pu être une belle expérience, un drame humaniste bouleversant. Il n’en est rien à cause de défauts qui entachent à tous niveaux l’expérience. Défauts qui n’auraient pas dérangé s’il s’agissait d’une première collaboration entre le réalisateur et le directeur de la photographie. Malheureusement, on en est loin, rendant ces défauts (défauts inhérents à une première réalisation que l’on veut belle et clinquantes pour espérer attirer l’œil et par déduction l’attention) plus difficiles à accepter. Néanmoins subsiste Jessy Buckley. Remarquable chanteuse et excellente interprète. Elle porte littéralement le film sur ses épaules et lui permet de laisser au spectateur le souvenir de sa voix, de son visage transformé par l’émotion de moments. Elle sauve littéralement et physiquement un film que l’on ne recommande tout de même pas chaudement.


« Entre illogismes et photographie conventionnelle, Wild Rose est ce film qui emprunte sans le savoir aux récents Rosie Davis, qu’à Dirty God et A Star is Born, sans avoir sa propre identité. Subsiste Jessy Buckley, impériale, magistrale, envoûtante. »


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