Whitney réalisé par Kevin Macdonald [Sortie de Séance Cinéma]

 

Synopsis : « Elle a vendu 200 millions d’albums.
Elle détient le record du plus grand nombre de numéros 1 consécutifs. Sa chanson « I Will Always Love You » est le single le plus vendu par une chanteuse. Derrière les records, les rumeurs, les scandales, les secrets et la gloire, voici la vraie Whitney. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Elle était la voix de l’Amérique : Whitney Houston. Mais finalement le prénom suffit pour le documentaire que propose Kevin Macdonald. Le réalisateur du prenant Dernier roi d’Écosse n’en est pas à son coup d’essai dans ce genre cinématographique. Il s’est fait connaître notamment en adaptant la biographie de son grand-père, The making of an Englishman. Mais si ses documentaires ont surtout eu pour thématique l’histoire, Kevin Macdonald a déjà prouvé qu’il pouvait mettre en image la musique. Il avait proposé Marley, un documentaire de référence sur l’artiste jamaïcain mort en 1981. Après Amy d’Asif Kapadia, proposer un documentaire sur une artiste dont la mort tragique est liée à la drogue, relève de la gageure. Il ne faut pas se leurrer, Amy est désormais le documentaire étalon dans le milieu musical. Ce n’est pas l’Oscar obtenu par le réalisateur qui crée cette distinction. L’enquête minutieuse menée par Asif Kapadia avait réussi à dévoiler le gâchis autour d’une star du jazz à la voix exceptionnelle. Comment Kevin Macdonald pourrait réussir à proposer un documentaire sur la voix de la pop et du R&B américaine dont la destinée est également tragique ? Simplement en révélant la raison essentielle du mal-être de la vie de Whitney à la fin du documentaire. Une révélation qui emmène le documentaire loin de la tragique trajectoire d’une star qui n’a pas fait les bons choix et qui a sombré dans la drogue.

Kevin Macdonald a reconstitué le parcours de la chanteuse par des rencontres précises avec les membres de sa famille, les assistants de la star et même Bobby Brown, son ex-mari. Le réalisateur réussit à créer toutes les conditions nécessaires à la confidence. Les frères de Whitney se livre sans fard sur leurs rancoeurs et la consommation de drogue dans laquelle ils ont entraîné leur soeur. C’est la première révélation que nous apprend ce documentaire : Whitney Houston avait consommé de la marijuana dès ses 16 ans. Même si la famille avait réussi à s’élever et à sortir des quartiers malfamés de Newark pour les quartiers blancs où les enfants auront une vie meilleure et une éducation parfaite, la drogue était bien présente. Ce qui sous-tend le documentaire, c’est un portrait en filigrane de l’Amérique des années 1980 qui a porté aux nues des stars portées afro-américaines qu’elle a abandonné ensuite. Cette Amérique blanche de Reagan est celle où tout est possible : America is back lançait-il. Ces USA de conte de fées qui ont poussé Whitney, Michael Jackson ou encore Prince et Madonna sur le devant de la scène. Les reines et rois de la pop sont présents dans les années 1980. Ils sont au firmament puis tout s’effondre. Si Prince se fait plus discret, Michael et Whitney vont vivre une descente aux enfers que seront pour eux les années 2000. Pourtant ces deux stars pulvérisent tous les records. En 1992 avec I will always love you, bande originale de Bodyguard, Whitney Houston met le monde à ses pieds mais elle sombre dans un mariage toxique avec Bobby Brown. Alors que Jackson réalise des ventes records avec Dangerous mais trouble la Terre entière avec une vie privée surprenante entre Lisa Marie Presley et Debbie Rowe, la mère porteuse de ses enfants. Les années 2000 sonneront le glas des deux artistes. Kevin Macdonald le montre clairement en poussant chaque témoignage dans ses retranchements ou des souvenirs douloureux… où rien ne semblait possible pour sauver la chanteuse.

Derrière les fêlures de Whitney se dessine une Amérique qui a laissé de côté ses minorités. Et le réalisateur amène cette tension et montre que la chanteuse s’est perdue et a perdu le coeur des USA. Pourtant, tout semble d’une logique implacable. Le drame couve sans cesse. Une mère jalouse, un père arnaqueur, deux frères qui ne tirent pas forcément Whitney vers le haut. La vie de la chanteuse semble tracée pour la voie de garage. Puis soudain, au détour d’une question sur la façon dont le couple élevait leur fille, Bobbi Kristina, on découvre l’horrible vérité. L’enfance de Whitney n’est pas des plus heureuses mais la drogue ou l’absence de la mère, Cissy Houston, ne sont pas les seules raisons de ce mal-être. Pour ne pas spoiler, sachez juste que ce drame influence la vie de la superstar américaine. Alors un regret pointe chez le spectateur : une sensation de malaise également et quelques larmes dans le coin de yeux. De nouveau un gâchis incommensurable qui aurait pu être évité si Whitney avait su comment s’appuyer pleinement sur la confidente, l’amie, la nounou, l’assistante Robin Crawford. Le témoignage de cette dernière aurait éclairé différemment ce portrait mais son absence est encore plus marquante et glaçante.

Whitney est un documentaire qui présente bien plus que les failles d’une star, celles d’une famille dysfonctionnelle. Autour de la chanteuse, les vautours sont présents même si chacun ne pensait pas à mal. Sous le vernis, un portrait dissonant de l’Amérique apparaît. Ce pays a encensé des gloires mais leur a tout repris parce qu’elles sont de la mauvaise couleur. Aujourd’hui qui reste-t-il de ces glorieuses 1980 ? Juste Madonna. Elle a su imposer sa voix, choisir un chemin marqué par des prises de positions politiques et enfin elle était blanche dans une Amérique pro-Bush ! La vie de Whitney est cet immense gâchis, cette vie volée et ruinée. Pourtant ce portrait lui rend hommage de la plus belle des façons. Et même si Kevin Macdonald choisit le récit autobiographique, il arrive à distiller quelques retours en arrière qui éclaire celle dont la voix restera à tout jamais synonyme de frissons et de bonheur. Ce documentaire permet de reprendre le fameux I will always love you pour le déclamer à Whitney Houston sous cette forme : We will always love her.


« Whitney révèle en filigrane le portrait d’une Amérique qui n’a pas su prendre soin des minorités afro-américaines qu’elle a portées aux nues. »



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