What Keeps You Alive réalisé par Colin Minihan [Fantasia 2018 Film REVIEW]

Synopsis : « Un couple lesbien se déchire au cours de son premier anniversaire de mariage. »

Pour la première année nous sommes trois semaines durant (du 12 juillet au 02 août 2018) au Fantasia International Film Festival. Films du film de tous les genres, mais surtout du fantastique, de l’action et des films complètement décalés que vous ne verrez surement jamais en salles !
Toutes nos Critiques depuis le Festival Fantasia !

Le cinéma c’est une famille. On réalise ou on participe à la création d’un film. On le projet en festival. On rencontre d’autres créateurs et artisans avec lesquels on aimerait travailler. On se revoit. On enchaîne et on collabore sur un puis de nouveaux projets. Le cinéma est un monde dans lequel on enchaîne les rencontres, un média qui nous pousse à rencontre de nouvelles personnes afin de créer de nouvelles œuvres parce qu’on en a envie. Collaborer, créer… et ce, encore et toujours. Après avoir signé des films tels que Grave Encounters 1 & 2 ou encore Extraterrestrial et Bloody Sand, le scénariste et réalisateur canadien Colin Minihan passe une cinquième fois derrière la caméra. Enfermé dans le cinéma de genre, il semble y prendre néanmoins un malin plaisir dévoilant une filmographie qui lorgne de plus en plus vers la comédie d’horreur aussi décomplexée que jubilatoire. Créer des œuvres qui ne mentent pas aux spectateurs. Offrir à ces derniers ce qu’ils sont venus voir et plus encore, tant que ça reste cohérent vis-à-vis du ton et du scénario. En ce sens et par déduction logique, What Keeps You Alive s’avère être le film le plus réussi de la filmographie de Colin Minihan qui semble avoir trouvé le concept permettant à lui et son équipe, de s’épanouir.

« Un film de genre LGBT aussi romantique, que brutal et jubilatoire avec une direction artistique à tomber. Vous y croyez ? Nous oui. »

Vous croyez tout savoir si votre bien aimée ? Détrompez-vous. Elle vous cache peut-être qui elle est réellement et des intentions bien plus sadiques que vous ne pouviez l’imaginer ! Le postulat du film What Keeps You Alive est extrêmement simple. Deux femmes en couple, un chalet de vacances au milieu d’une forêt et rien aux alentours. Tout pour mettre en place et créer une course poursuite mortelle entre les deux protagonistes… et plus encore. Si sur le papier son histoire est extrêmement simple, le scénario écrit par Colin Minihan s’avère foncièrement bien écrit et surtout suffisant. Grâce à l’expérience emmagasiné avec ses précédentes réalisations, il sait dorénavant comment aller à l’essentiel sans pour autant se contenter du minimum. Les personnages sont rapidement mis en place, la caractérisation ne perd pas de temps et le spectateur s’attache rapidement aux jeunes femmes. Ce qui va être intéressant c’est le traitement par la mise en scène de celle qui va devenir bourreau (mais laquelle est-ce réellement ?). A l’image du ranger du film The Ranger également présenté au Fantasia International Film Festival 2018, c’est ici l’antagoniste qui va être intéressant. Colin Minihan nous la présente comme une personne capable de tout. Physiquement présente, mais psychologiquement aussi instable qu’imperturbable. Impossible de savoir qu’elles vont être ses réactions face aux situations. Une antagoniste complètement consciente de ses actes et qui aime cela. C’est cette folie assumée et recherchée dans la caractérisation du personnage qui va donner au film cette tonalité si savoureuse, et rendre cette course poursuite jubilatoire. Chaque apparition est signe d’un moment de folie, d’un moment où elle serait capable de tout (d’être charmante ou terrifiante). Elle donne le ton du film, là où malheureusement sa conjointe quant-à elle nous rappelle la fragilité scénaristique de l’œuvre.

Une histoire malheureusement prévisible dans les grandes lignes et où les rebondissements et prises de consciences apparaissent aujourd’hui comme des éléments indispensables pour permettre à une histoire d’avancer avec fluidité et cohérence. Ce qui n’est évidemment pas vrai. On notera également quelques choix illogiques qui servent à relancer le récit encore et toujours, mais desservent la crédibilité des actes des personnages et plus particulièrement de celle caractérisée comme “la proie”. Un scénario qui a ses faiblesses, mais qui n’amputent que partiellement un film qui mise avant tout sur sa mise en scène et son ambiance. Une ambiance maîtrisée, tantôt douce, légère et romantique avant de basculer dans la folie la plus totale. Superbement réalisé, c’est avant tout sa direction artistique qui inculque au film cette tonalité si particulière. Notamment lors des scènes en intérieur. Extrêmement contrasté, sombre par moment, mais toujours subtilement renforcé par des lumières diégétiques (lumière du jour, un feu de cheminée, une lampe ou une lampe de poche ultraviolette). Chaque source de lumière va avoir son intensité chromatique (plus ou moins chaude en passant par cet ultra violet qui renforce la folie du personnage au moment en question) particulière, offrant aux scènes en question une identité et une atmosphère. C’est visuellement superbe et jamais trop clinquant ou simplement beau pour être beau. Le cadrage est magnifique et les mouvements ont également leurs propres significations (un plan-séquence va servir à faire visiter le chalet pour que le spectateur puisse par la suite avoir un plan en tête là où un travelling latéral va dynamiser une course par exemple).

Première collaboration entre l’actrice Hannah Emily Anderson et Colin Minihan, mais troisième collaboration entre l’actrice Brittany Allen et le cinéaste après Extraterrestrial et Bloody Sand. Par ailleurs, c’est la seconde fois que les deux actrices se rencontrent après avoir subit les sorts de John Kramer dans le film Jigsaw. Vous comprenez mieux ce que l’on disait en parlant de famille et d’une rencontre qui en amène une autre. Et encore, on ne parle de l’équipe technique. Un cinéaste qui confirme ici tout son talent de faiseur et de directeur d’actrice en l’occurrence. Deux actrices absolument parfaites avec d’un côté une Brittany Allen rageuse et une Hannah Emily Anderson envoûtante. L’alchimie est palpable et omniprésent entre les deux. Elles s’aiment et se détestent dans cette histoire de désamour aussi brutale que jubilatoire. S’il peine à cause d’une histoire assez simple, le film nous envoûte avec une direction artistique somptueuse, faisant sans conteste de What Keeps You Alive le plus beau film de genre LGBT.



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