Wendy, une relecture originale et galvanisante signée Benh Zeitlin

Synopsis : « Perdue sur une île mystérieuse où l’âge et le temps ne font plus effet, Wendy doit se battre pour sauver sa famille, sa liberté et garder l’esprit jovial de sa jeunesse face au danger mortel de grandir. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Il y a des films qui vous marquent. Une histoire qui fait sens vis-à-vis de votre vécu et qui vient vous transporter le temps d’un visionnement et plus encore. Un parti pris artistique ou technique, si singulier qu’il imprègne votre esprit et vous pousse à croire que subsiste des auteurs de talent, originaux et créatifs emporté par une marrée de producteurs bien moins intéressés par la création originale que par le billet vert. Un personnage mémorable, dont l’incarnation du talent décuple la puissance des ressorts dramatiques venant le caractériser aux yeux du spectateur. Ou encore une musique. Une musique représentative de l’oeuvre dans son intégralité, en sus, de venir souligner l’action afin d’implémenter une ambiance et d’emporter le spectateur dans une aventure qu’il n’oubliera pas de ci-tôt. Réalisateur, scénariste et compositeur, Benh Zeitlin est de ceux dont on ne connaît rien. Il n’est pas une star de l’internet, il n’est pas une vedette hollywoodienne, mais il a réalisé un long-métrage. Et il n’en aura pas fallût davantage pour comprendre qu’il est un cinéaste amoureux, singulier et qui a envie de provoquer des émotions chez le spectateur.

Caméra d’or, Prix Regard jeune et prix Prix Fipresci au Festival de Cannes 2012 dans la sélection Un Certain Regard, le début d’une belle carrière (qui a mené Benh Zeitlin et sa jeune actrice Quvenzhané Wallis en compétition à la cérémonie des Oscars 2013) à travers le monde pour le bien aimé Les Bêtes du Sud Sauvage. Dire que Benh Zeitlin était attendu au tournant avec son second long-métrage est un doux euphémisme. Mais il a pris le temps. Beaucoup de temps. Tellement de temps que l’euphorie galvanisante, voire éreintante, provoquée par son premier film est retombé en chacun de ceux qui attendaient la confirmation par le second. L’attente n’est plus la même. L’envie de confirmer et de découvrir une oeuvre qui surpasse la précédente, est devenue avec le temps l’envie de redécouvrir les sensations provoquées à l’époque par le visionnement du film Les Bêtes du Sud Sauvage. Une oeuvre à l’énergie galvanisante et communicative inculquée par le choix du point de vue de l’enfant. Une enfant qui fait face au danger immédiat et grandissant, une enfant insouciante qui ne se rend fondamentalement pas compte de ce que pourrait provoquer ce même danger.

Avec Wendy, Benh Zeitlin occulte le drame au profit de l’insouciance de l’enfance. Elle est ici le cœur du récit. Regarder en arrière et se souvenir du film Les Bêtes du Sud Sauvage, c’est se rendre compte de l’évidence qui nous guettait. L’évidence pour Benh Zeitlin d’adapter l’oeuvre de J.M Barrie : Peter Pan, ou le garçon qui ne voulait pas grandir. Apprêtez vous à redécouvrir l’histoire de Peter Pan, sans que l’on vous demande d’oublier les souvenirs qui subsistent dans votre mémoire. Relecture moderne qui place Wendy au centre d’une histoire où Peter n’est finalement qu’un enfant qui refuse de grandir parmi tant d’autres (les enfants perdus ndlr), Benh Zeitlin extirpe personnages et éléments piliers fondateurs du classique de J.M. Barrie afin de les exploiter à sa manière. Raconter sa propre histoire sans pour autant renier celle que l’on connaît tous, afin de créer des éléments de surprise et jouer sur l’aspect expectatif de l’oeuvre (que va-t-il se passer, va t-il y avoir ce moment, va t-il y avoir ce personnage…). Finalement partir de zéro, prendre chaque élément un à un et se demander à quoi sert-il et que représente t-il ?

Benh et Eliza Zeitlin (sœur de) ancre leur histoire sur le concept même du pays imaginaire afin de développer ce qui résultera en une ode à l’épanouissement personnel. Fuir les responsabilités que représente le passage à l’âge adulte et (re)vivre cette période où l’on se laisse bercé par la naïveté et l’insouciance, prêt à vivre de grandes aventures sans avoir à vivre complètement les douleurs et répercussions provoquées par le drame. Oeuvre d’un optimiste rare, Wendy est une profonde bouffée d’air frais, un film positif qui a la faculté de nous parler à tous et dont l’énergie et la sincérité, aussi communicative que bouleversante, émanent une fois n’est pas coutume du travail sur la notion de point de vue. Se mettre à la hauteur des enfants, ne jamais les regarder de haut ou de loin afin d’occulter toute possibilité de distanciation entre le spectateur et les personnages. Se mettre à leur niveau parce que c’est leur histoire. Transcrire par les choix techniques et technologiques l’énergie communicative représentée par l’enfance. Caméra portée énergique, présence majeure de gros plans pour renforcer l’immersion et être au plus près de ces vecteurs d’émotions que sont ces jeunes acteurs, choisir des focales standards et ne jamais céder à l’envie d’esthétiser afin de prioriser l’émotion et le moment présent. Plus que jamais, et accompagné du directeur de la photographie Sturla Brandth Grøvlen, Benh Zeitlin dédie son film à la jeunesse et ce que cela représente, voire implique.

Just kidding, not kidding, kidding. Telle est la réplique déclamée par Peter devant le regard émerveillé de Wendy, juste avant que ne se lance la composition musicale à l’énergie communicative : Into the Night. Quelques secondes représentatives de ce qu’est le film Wendy, tant dans son propos, que dans le souffle d’énergie qu’il va chercher à insuffler au spectateur deux heures durant. Si quelques petits choix délibérés de mise en scène hurlent à la facilité, ces derniers demeurent néanmoins toujours logiques et cohérents, tout en ayant une portée symbolique et un réel intérêt narratif. Rien n’est esbroufe ou simple choix artistique afin de créer un moment artificiellement beau ou cool. Une émotion, une énergie galvanisée, voire dictée, par des compositions musicales enivrantes et exaltantes. À croire que les choix de mise en scène seraient dictés par l’impact de la musique. Sept ans après, Benh Zeitlin fait de nouveau équipe avec Dan Rormer et signent à eux deux une bande originale d’une beauté renversante. Les musiques sont omniprésentes. Elles soulignent l’action, soulignent l’exaltation de moments d’épanouissement et réussissent à ne jamais empiéter sur la narration, car n’accentuent jamais l’émotion. La musique est ici fer de lance d’une joie de vivre communicative et d’une énergie joviale et laisse place aux silences et à l’ambiance lorsque le moment est venu.

Avec Wendy, Benh Zeitlin signe un second long-métrage plus ramassé, avec une tension dramatique moins forte, mais pas moins ambitieux pour autant. Relecture moderne (on oublie le propos patriarcal de la mère au foyer au profit d’une nouvelle vision moderne et universelle de la représentation de la figure maternelle) d’une oeuvre intemporelle, qui remet tout à zéro sans pour autant renier le passé. D’une justesse incroyable, musicalement galvanisante et intégralement dévoué à son histoire, à ses personnages. Personnages incarnés avec force et charisme par un panel de jeunes acteurs et actrices d’un talent fou. Benh Zeitlin est un directeur d’acteur hors pair, il l’avait démontré avec Les Bêtes du Sud Sauvage et nous le confirme avec Wendy. Un grand, indéniablement.

« D’une beauté renversante, Benh Zeitlin s’approprie avec inventivité l’oeuvre de J. M. Barrie. Fable galvanisante parsemée de fantastique, Wendy est une ode à l’épanouissement, qui s’adresse aux enfants qui sommeillent en nous. »


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