War Dogs (Critique | 2016) réalisé par Todd Phillips

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Synopsis : “Deux copains âgés d’une vingtaine d’années vivant à Miami Beach à l’époque de la guerre en Irak, profitent d’un dispositif méconnu du gouvernement fédéral, permettant à de petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. Si leurs débuts sont modestes, ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes d’argent et à mener la grande vie. Mais les deux amis sont totalement dépassés par les événements lorsqu’ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans. Car, pour honorer leurs obligations, ils doivent entrer en contact avec des individus très peu recommandables… dont certains font partie du gouvernement américain…”

Eh oui, déjà le dixième film mis en scène par Todd Phillips. On ne dirait pas comme ça, non ? Le réalisateur américain a autant de réalisations à son actif, alors que pour la majorité d’entre nous il ne semble avoir qu’une liste comptabilisant quatre à cinq films à sa filmographie. La carrière du réalisateur américain Todd Phillips a débutée au début des années 2000 avec des films tels que Road Trip puis Retour à la Fac avec Will Ferrell. Mais ce n’est qu’en 2004 qu’il signa son premier film de studio. Le bien nommé Starsky et Hutch. C’est bel et bien à ce réalisateur américain que l’on doit ce joli navet, remake de la série culte éponyme des années 70. Finalement, Todd Phillips aura réussi à se relever de ce four critique et commercial, et à véritablement lancer sa carrière en 2009 avec un certain Very Bad Trip. Trente-cinq millions de dollars de budget et une recette mondiale s’élevant à plus de 469 millions de dollars dont plus de deux millions de spectateurs pour la France. Chiffre absolument dantesque pour une comédie, aujourd’hui devenue culte. Des critiques dithyrambiques, et ce, à juste titre et aujourd’hui, toute une génération de spectateurs connaît cette trilogie ou ne serait-ce que son premier opus. Bien plus qu’un simple film, Very Bad Trip c’était avant tout un concept absolument génial, celui d’une bande de potes qui se réveillent après une nuit de débauche. Un road movie où l’impossible deviendrait presque possible. Todd Phillips a réussi à porter ce concept avec réussite, à le faire vivre, mais qu’en est-il lorsqu’il doit mettre en scène un film qui ne repose pas sur un concept aussi fort ?

Inspiré du livre Arms and The Dudes écrit par Guy Lawson et publié en juin 2015 (ils n’ont pas chômé pour l’adapter), War Dogs raconte l’histoire vraie de deux amis d’enfance qui vont se retrouver et se lancer dans le business prolifique de la vente d’armes. À en croire les différents Teasers et Trailers proposés par le distributeur (Warner Bros ndlr), War Dogs avait tout d’une comédie déjantée centrée sur un duo d’acteur sous cocaïne. Road Movie ? Buddy-Movie ? Avec ces mêmes vidéos, l’on n’arrivait pas facilement à disséminer ce que pouvait bien receler ce long-métrage, mais il était difficile de croire qu’il s’agissait ni plus ni moins que d’un thriller des plus sérieux dont l’aspect comique et incontrôlable était uniquement apporté par un des deux personnages principaux du duo sur lequel repose le film. Le fameux duo que l’on retrouve dans maintes de films du même type, formé par deux personnages aux traits de caractère complètement opposés, ici incarnés par Miles Teller – le jeune père de famille responsable – et Jonah Hill – le psychopathe irréfléchi -. Un duo qui, même s’il offre un sentiment de déjà vu aux spectateurs, leur offrira également quelques beaux moments de comédie et d’amitié. Un duo qui fonctionne bien grâce à une bonne mise en avant de chacun des deux personnages, ainsi qu’au point de vue adopté par le film. En adoptant et en conservant le point de vue du personnage incarné par Miles Teller, le spectateur va être plus aisément immergé dans cette histoire grâce à une concordance qui va se faire entre ce personnage et le spectateur. Ils vont tous deux découvrir des personnages qu’ils ne connaissaient pas, ainsi qu’un monde qu’il ne connaissait pas. Immersion garantie, mais la réussite ne l’est pas pour autant.

WAR DOGSARMS AND THE DUDES


Au-delà de ses personnages stéréotypés, à la limite de la caricature concernant ceux que l’on pourrait décrire comme étant des barons de la drogue, War Dogs est un long-métrage qui se cherche. Todd Phillips cherche à surfer sur la vague Very Bad Trip en offrant aux spectateurs des moments de déconne, des moments rythmés et déjantés, mais également beaucoup de temps de pause. Dernier élément que contenait Very Bad Trip, mais à des fins narratives et de ne pas laisser le film devenir un simple enchaînement de séquences de débauches. War Dogs quant à lui possède son lot de temps de pause, de séquences où le personnage sur lequel est centré le récit va être tourmenté et en proie à des doutes et des questionnements. Un film sur le rêve américain en méritait, mais n’est pas Martin Scorsese qui veut. Doutes qui vont être familiaux ou professionnels, mais toujours formatés et sans originalités dans la façon d’être abordés. Contrairement à un Very Bad Trip, War Dogs repose sur une histoire assez riche… beaucoup trop riche. Le duo principal va vivre son lot d’aventures, les personnages secondaires sont nombreux et il faut réussir à crédibiliser le background, ce qui comprend à la fois l’époque à laquelle se déroule le film, le contexte, ainsi que le marché légal et illégal de la vente d’armes, sans oublier les différents personnages qu’ils soient au premier ou au second plan. Tout ça dans un film de deux heures à la structure linéaire, partant d’un point A pour arriver à son point B. Les arcs narratifs sont donc extrêmement nombreux et le scénario s’en sort très bien. Rien de bien surprenant, mais il fonctionne et intrigue le spectateur grâce à des acteurs de talents qui savent donner de l’intensité et de la crédibilité à leurs personnages respectifs. Néanmoins, Todd Phillips ne réussit pas à donner à son long-métrage le rythme de croisière qu’il mériterait. Hésitant entre la comédie “punchy”, le drame humain et le thriller, Todd Philips dévoile un film qui va osciller entre les différents genres, n’en embrassant réellement aucun et laissant littéralement pour compte le spectateur.

Un film qui n’a pas l’intensité et le prodige d’un The Wolf of Wall Street, n’a pas la fraîcheur et la folie d’un Pain & Gain, et qui n’a également pas la force dramatique d’un Lord of War. War Dogs n’est aucun de ces films, il en reprend simplement les éléments, devenant un film qui ne peut éviter les comparaisons, ce qui ne va en aucun cas être pour son bien. Il n’y a aucun souci à ne pas être original. Il est aujourd’hui assez rare de voir des projets américains originaux à 100%. Tout a déjà été fait au cinéma ou presque. Que ce soit en terme de narration, d’histoire, de personnages, de montage… Même sans originalité, tant que c’est bien fait, ça ne pose absolument aucun problème pour le spectateur qui va pouvoir de ce fait, apprécier un produit bien finalisé. War Dogs ne fait pas partie de cette catégorie. C’est un long-métrage qui se cherche, qui ne semble pas savoir ce qu’il est véritablement. Oscillant entre séquences déjantées et rythmées au son d’une bande sonore rock aux morceaux parfaits et séquences dramatiques plus lentes, le film ne trouve pas son rythme. Outre le montage et la mise en scène qui y sont pour beaucoup dans la création de ce rythme inégal, la bande sonore y est également pour quelque chose. Aussi bonne soit-elle, les nombreuses musiques rock faisant parties de la Score vont venir donner un entrain et dynamisme encore plus fort aux séquences auxquelles elles sont rattachées. Des musiques, généralement utilisées pour le climax, afin d’être en adéquation avec une action et une tension qui monte en gradation au fur et à mesure de l’avancée du film. Score qui par ailleurs vient prendre le pas sur une bande originale de qualité, mais relégué au second plan même si disposant de compositions qui auraient pu suffirent à donner le souffle nécessaire au film sur son intégralité. Un souffle qui aurait pu lui permettre d’être un véritable thriller et non une “dramédie” avec un soupçon de thriller.


En Conclusion :

Avec War Dogs, Todd Philips aurait pu signer son plus beau film. Aurait pu. War Dogs est un film au scénario des plus intéressants, malgré des personnages des plus caricaturaux et une mise en exergue de ce que comporte le rêve américain des plus convenues. Mais qui dit bon scénario ne dit pas forcément bon film. À trop vouloir faire un divertissement dont les choix moraux des personnages mèneraient le récit à tendre vers une noirceur des plus obscures, tout en conservant cette tonalité grand public et grand spectacle, notamment dans la mise en scène, Todd Phillips ne réussit ni à faire une bonne comédie, ni un bon thriller, ni un bon drame. Il n’arrive pas à rendre son scénario intéressant et à insuffler le souffle épique et dramatique qu’il mériterait. Visuellement assez réussi, tant dans sa réalisation que dans son esthétique, avec une direction artistique qui va chercher à refléter la psychologie des personnages. Tout y est assez simple et réussi, et ce, sur tous les plans, mais à cause de cette inégalité de rythme et de ton, le film en devient malgré tout, ennuyant, et ne marquera pas à l’image de ses concurrents directs.

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