Vox Lux & A Star is Born, l’art et la manière de démonter le star-système

Synopsis : « Sur une période de quinze ans, l’ascension de Celeste, une star de la pop. »


Il y a des films qui nous marquent ou nous attisent avant même de les voir. Une bande-annonce aguichante, une affiche aux couleurs éclatantes (pour le meilleur comme pour le pire), une image tirée du film qui attire notre attention ou encore un casting qui nous fait frétiller d’impatience. Pour certains, ces films sont dans un premier temps diffusés en festivals. Le temps que quelques chanceux puissent le voir en avant-première et que la presse, spécialisée ou non, puisse émettre des premiers avis qui nous titillent une fois de plus que l’on soit simplement curieux ou masochiste. Puis si quelque’un auront la chance de sortir dans les salles de cinéma du monde entier, d’autres auront simplement le droit à une sortie limitée au continent américain. La faute à des critiques peu enivrées, mitigées ou dévastatrices. Vox Lux fait partie intégrante de cette catégorie et pourrait même, en être nommé roi. Un film aguicheur ne serait-ce que par son affiche éclatante de couleur dévoilant maquillage à l’appui une Natalie Portman en star de la pop, mais dont la sortie se cantonne malheureusement au territoire américain et canadien. À qui la faute ?

Encore plus aujourd’hui, le phénomène de starification a toujours fait fantasmer les spectateurs et le cinéma en règle générale. À l’image du fameux Héros aux 1000 Visages, le phénomène de starification au cinéma consiste à utiliser un personnage qui ne part de rien afin de montrer comment il va devenir célèbre. Et au-delà de la simple question du comment, subsiste le questionnement du futur et du développement continuel de la psychologie du personnage dont-il est question. Comment vit-il ce changement et a-t-il lui-même changé ? Un questionnement qui va engendrer d’autres questionnement pour aboutir, ou non, sur une réflexion psychologique sur l’évolution due à cette même starification. À l’image d’une œuvre telle que A Star is Born, certains faiseurs d’images décident de le traiter par la voie la plus consensuelle. Une réalisation à l’épaule, donc très immersive, avec un format cinématographique (2.35 : 1), de beaux éclairages, une direction artistique très soignée et un montage très découpé (mais pas trop) afin d’obtenir à l’arrivée un film rythmé, dynamique et divertissant.

C’est une façon de faire et grâce, notamment, au savoir-faire de Matthew Libatique (a qui l’on devait déjà la photographie exemplaire du film Mother!), A Star is Born a su se faire voir et conquérir son public. Néanmoins, certains ne s’y sont pas retrouvés, trouvant peut-être le film trop consensuel et grand public dans cette manière de montrer, sans le démonter, le star-système. Parce que oui, s’il y a avait un propos dans le film A Star is Born, celui-ci était très édulcoré pour faire de la place aux personnages et à l’aspect romanesque de l’histoire. Et si Vox Lux leur était destiné ? Impossible de répondre, tant il existe de spectateurs que d’avis. Seulement, il nous est possible de dire que Vox Lux est une oeuvre qui ne laisse pas de marbre. Elle est une oeuvre dont il est difficile de parler sans en divulguer un rebondissement scénaristique. Mais il est possible d’en parler et plus particulièrement de parler de la vision dépeinte par le cinéaste Brady Corbet, sur le monde de la production et par déduction sur le star-système. Les stars étant les enfants des producteur.rice.s, leurs créations.

À l’inverse de Bradley Cooper, Brady Corbet décide de jouer les maniéristes et de créer une oeuvre arrogante afin de déconstruire le monde de la production et du star-système. Une oeuvre arrogante dans ses artifices et dans la construction même de son récit, poussant à percevoir le tout comme de la pure prétention. Le ratio utilisé est le 1.66 : 1 (avec des bandes verticales donc il n’embrasse pas le format cinéma et sa dimension impressionnante), les plans sont fixes, assez longs et chaque séquence est doté d’un angle de caméra ou de deux tout au plus. La mise en place est extrêmement minimaliste et de par l’usage de quelques artifices, tant visuels que narratifs (faire débuter le film sur le générique de fin par exemple), Brady Corbet inculque une patte artistique à son film. Une patte caractérisable comme auteuriste, mais également comme arrogante, car donnant l’impression d’un sentiment d’auto-satisfaction. Le fameux : “regardez ce que je fais je suis un auteur !”.

Une simple impression, plus ou moins effacée grâce à de belles fulgurances de mise en scène (ainsi que d’autres qualités cinématographiques), mais malheureusement accentuée par une volonté de choquer purement et simplement qui va venir imputer les qualités véritables que possède le film. Démonter le star-système et le capitalisme en faisant un rapprochement avec quelque chose de traumatisant. Utiliser l’extrême afin de dénoncer quelque chose. Si l’histoire se tient grâce à des actions et réactions logiques et qui se répondent avec limpidité, cette volonté de ne pas faire dans la subtilité, mais bien au contraire de faire dans le trash pour choquer et par déduction de dénoncer, dérange. Dérange non pas nous en tant que spectateur, puisque ça choque et permet par déduction de rester captivé de la première à la dernière frame, prêt à être surpris à tout moment, mais dérange fondamentalement dans le ressenti face à l’oeuvre dans sa globalité. Était-ce réellement nécessaire ? Cette brutalité, froide et directe était-elle nécessaire ? Non et le cinéaste le prouve tout au long de son acte 2. Une non-subtilité qui est purement et simplement gratuite, qui n’ajoute absolument rien au film mis à part d’inculquer à l’auteur une certaine prétention auteuriste. Auteur qui a plus d’un tour dans son sac, fort heureusement pour lui.

Avec sa mise en scène minimaliste, Brady Corbet resserre l’essence de son film autour des dialogues, ainsi que de sa direction d’acteur.rice.s et des prestations de ces dernier.ère.s. Il déconstruit pièce par pièce le star-système et le capitalisme des producteur.rice.s avec une facilité déconcertante par le prisme de la satire. Des personnages hauts en couleurs et des interprétations littéralement et volontairement “Over The Top” permettent au film de faire rire tout en faisant réfléchir avec férocité sur l’avarice et la folie destructrice de notre société capitaliste par le prisme du simple personnage du producteur interprété par Jude Law. En ce sens, l’acte 2 est un modèle de direction d’acteur.rice et de mise en scène. De la pure mise en scène où le propos gagne en densité grâce à une accentuation de la satire par des personnages principaux qui vont se donner en spectacle. Déconstruire le star-système en en montrant toute la vacuité de la manière la plus frontale. Tout un acte absolument parfait, mais qui perd en force à cause d’un troisième acte complètement vain, car mal dosé. Bien trop long pour ce qu’il raconte, et finalement cédant aux chants de ce qu’il a précédemment démonté à cause de cette même longueur. Il détruit une partie de son propre édifice pour rien.

Tantôt génial, tantôt arrogant, tantôt complètement gratuit. Vox Lux est une œuvre malade à l’image finalement de ce qu’il essaye de portraitiser. Ce début d’acte 1 grossier s’avère tellement fort, froid et frontal que ça prend le pas sur tout le reste du film. Un peu de subtilité n’aurait pas fait de mal. N’en demeure néanmoins une satire par moment jubilatoire portée par NataliePortman qui tient une de ses plus grandes performances. Un acte 2 formidable de bout en bout, une force satirique incroyable dans certains dialogues, une direction d’acteur.rice de belle qualité, des prestations exceptionnelles et quelques idées de mise en scène vraiment bonnes. Une autre façon de montrer et démonter le star-système. Pas parfaite elle aussi, mais elle a le mérite d’exister et d’essayer.


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