Vivarium, quand la dystopie horrifique n’a jamais été aussi proche de la réalité [Fantasia 2019]

Synopsis : « A la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…
Film vu dans le cadre du Fantasia Festival International de Film 2019, élément à prendre en compte, car il est le festival avec l’ambiance la plus indescriptible.

Réalisateur de trois courts-métrages avant de passer au format long avec Without Name en 2016, ce n’est fondamentalement qu’au mois de mai 2019 que le nom de Lorcan Finnegan franchi de multiples frontières. En passant tout d’abord par Frontières, marché du film de genre tenu en parallèle du Fantasia Festival International de Film de Montréal afin d’être vendu puis produit, mais surtout avant de tenir sa première mondiale à l’occasion de la Semaine Internationale de la Critique lors de la 72e édition du Festival de Cannes. Une ouverture sur le monde pour un film, une ouverture sur le monde pour un cinéaste. Lorcan Finnegan, son nom ne vous dit encore rien, mais souvenez-vous-en. On va en parler, et si ce n’est pas par le prisme de ce second long-métrage, ce sera avec le prochain. À l’heure où la série The Twilight Zone fait son grand retour sur nos écrans à l’international, le jeune cinéaste se prend pour un grand, dévoilant au monde sa propre vision, aussi métaphorique qu’horrifique, de cette société qui nous emporte avec elle, tel un tsunami dévastant les côtes terrestres.

Si vous lisez ces quelques lignes, c’est par véritable curiosité. L’envie de savoir pourquoi ce dénommé Vivarium nous a tant marqué, pourquoi on le recommande autant. Si on répondre à cette question, on va le faire de manière ne rien vous dévoiler sur l’intrigue du film. Ne pas aller au-delà de ce qui est écrit dans le synopsis, ne pas vous révéler quoi qui pourrait entacher votre sentiment de découverte et vous faire relâcher votre sternum lors du visionnement. Évitez les quelques articles américains qui existent et surtout, ne regardez pas la bande-annonce. Vivarium c’est une introduction de cinq à dix minutes très classique, avant que ne débute une descente aux enfers aussi terrible pour les personnages que pour le spectateur qui fait face à une métaphore horrifique de sa propre existence. Véritable film de genre, Vivarium est ce que l’on peut clairement cataloguer comme un film à concept. Un de ces films, tel que Lights Out, dont chaque élément qui le forment se concorde autour d’une seule et même idée. Un concept qui va être ici représenté par l’image que l’on a et que l’on se fait d’un suburbs, ces banlieues américaines uniquement constituées de maisons pavillonnaires que chaque américain moyen se doit d’acheter à un moment de sa vie. Une simple et banale idée de départ, mais posée, développée puis transformée par l’amoncellement de petites nouvelles idées tant d’écriture que purement techniques.

S’il n’est sur le papier qu’un film à concept, il en est un qui exploite chaque recoin et possibilité de ce même concept sans pour autant tomber dans l’outrance et l’exagération. Si on se dit à certains moments qu’ils auraient pu aller plus loin, on en vient finalement à répondre nous même en se disant que ça peut-être été la goutte de trop. Lorcan Finnegan et son équipe réussisse à tenir captiver le spectateur “simplement” grâce à des idées et une créativité sans failles. Que ce soit sur le plan matériel ou humain, il n’y a pas grand-chose à l’image. Peu de personnages, des décors d’une sobriété déshumanisée terrifiante. Néanmoins, le spectateur demeure captif d’une oeuvre qui progresse, développe son idée de départ sans jamais décrédibiliser son propos initial. Métaphore horrifique de notre société consumériste bâtie sur des idées et lois aujourd’hui d’un autre temps, Vivarium porte à la réflexion autant qu’il s’amuse en extrapolant cette réalité qu’est la nôtre. Jouer avec la réalité. Nous faire comprendre qu’il est question en sous-texte de quelque chose que nous vivons, voire subissons, tout en dévoilant une réalité dystopique qui visuellement ne ressemble pas à la nôtre. Faire du rêve qu’est censé représenté le suburbs, un réel cauchemar par la direction artistique. Des décors aux couleurs, une volonté créative qui va dans le sens du propos, tout en inculquant au film une identité que seul un Michel Gondry oserait aller chercher pour raconter une histoire. 

Vivarium est un film à concept qui va au bout de ses idées et bien plus encore. Un pur film de genre qui se sert de l’image et du son afin de terrifier un spectateur qui n’a à aucun moment besoin d’un jump-scare pour avoir peur. Une ambiance stressante, oppressante, menée par un sound-design impeccable et un magnifique travail tant sur l’esthétique globale que sur la mise en scène, simple, mais fondamentalement radicale. Simplement trois musiques extra ou intradiégétique, c’est pour dire à quel point tout le travail réside dans le sound-design et rien de plus. Un sentiment de stress et une étrangeté renforcée par la direction d’acteur et d’actrice. Trois noms : Jesse Eisenberg, Imogen Poots et Eanna Hardwicke. On ne vous dira rien de plus, mais retenez bien le nom de ce dernier. Vivarium c’est à vivre; Vivarium c’est un pur film de genre jusqu’au-boutiste, la renaissance au cinéma de la série Black Mirror alors que cette dernière s’enfonce dans les limbes de la redondance et de l’auto-suffisance.


« Métaphore horrifique de notre société consumériste par le prisme d’une direction artistique dont la créativité et l’originalité décuplent de manière terrifiante la force du propos. Incroyables Imogen Poots et Jesse Eisenberg. Masterpiece. »


extrait qui intervient dans les premières minutes du film, aucun spoil

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