Victoria (Critique l 2016) réalisé par Justine Triet

victoria-film-justine-triet

Synopsis : “Victoria Spick, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu’elle a sorti d’affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime.
Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu’elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d’une série de cataclysmes pour Victoria.”

Ne vous fiez pas à l’affiche qui reprend une phrase de Télérama : “Super héroïne des temps modernes. Une comédie hilarante”. Car non, Victoria n’est pas une comédie hilarante ! On rit souvent, parfois aux éclats. On est également ému et en même temps on s’interroge et on doute… Ce n’est donc pas la franche rigolade. Maintenant, une fois posé ce postulat de départ, il est possible de vous parler de cette super héroïne des temps modernes qu’est Victoria.

Second film de Justine Triet après le très surprenant long-métrage La Bataille de Solférino, la réalisatrice nous propose un drame, qui s’avère être également une comédie noire, acerbe et hilarante. En ne choisissant pas le genre de son film, elle réussit à nous plonger au sein des états d’âme de Victoria, avocate complètement paumée. Nous la suivons le temps du procès ordinaire d’un ami complètement allumé et obsédé, durant lequel, un chien et un chimpanzé livreront les passages les plus burlesques du film. Pour varier les plaisirs, ces morceaux de bravoure se juxtaposent à un autre procès : celui que mène Victoria contre le père de ses enfants, qui s’est largement inspiré de la vie de l’avocate en révélant les secrets de l’instruction pour nourrir sa carrière d’écrivain de blog.

Victoria est à un moment charnière de sa vie : un moment où ni le psy, ni la voyante (hilarante au passage, car elle ose la remettre en place), ni son métier ne peuvent la satisfaire et redonner aussi un sens à sa vie. C’est par l’intermédiaire de Samuel (impeccable Vincent Lacoste, qui se bonifie de film en film) que Victoria va devoir déplacer le centre de son monde, à savoir son nombril, vers l’autre, celui qui pourrait la sauver et la protéger. Et si l’on accroche pleinement, c’est parce que Justine Triet révèle à la caméra : Virginie Efira. Elle est de tous les plans, de toutes les actions, de tous les moments. Certes, le nom de l’héroïne est le titre du film, mais la réalisatrice réussit à la rendre omniprésente même lorsqu’elle n’est pas face caméra.

vcitoria-film-critique-vincent-lacoste vcitoria-film-critique-virginie-efira


Habituée des rôles romantiques, Virginie Efira dévoile des failles insoupçonnées. Elle plonge de plus en plus profond et comme elle l’a déclarée très justement lors de la promotion du film : “J’ai constaté que dans le fond du fond, il n’y a pas de fond”. Victoria, c’est l’histoire d’une femme qui plonge dans une déprime, conséquence de toutes ses actions passées. Et c’est à la faveur ou défaveur du procès de son ami que tout déraille, que la mécanique se grippe, que Victoria perd les pédales au point de tout perdre. Et c’est en perdant ses repères qu’elle pourra envisager de remonter.

De cette vision hyper dépressive, Justine Triet brosse le portrait d’une femme d’aujourd’hui : une femme qui doit rester femme, sexy tout en étant mère et en gardant le contrôle. Un portrait d’une noirceur imparable où pointent des rayons de soleil apportés par Vincent Lacoste en boussole. Entourée également par Melvil Poupaud, dans le rôle totalement dingue de l’ami obsédé sexuel, et Laurent Poitrenaux en ex-obnubilé par son succès d’écrivain, Virginie Efira montre les blessures d’un personnage aux névroses tellement nombreuses qu’elle en perd le nord : sexualité débridée, travail chronophage, mère dépassée et finalement femme hors de contrôle. L’actrice est tout cela à la fois et même plus : elle est la synthèse de tous ses précédents rôles romantiques qu’elle aurait digérés pour ne garder que le meilleur et en ressortir également son négatif indispensable pour enfin en faire une actrice complète. Et en ce sens, s’il n’y a qu’une raison de découvrir Victoria, ce serait celle-ci : la naissance d’une actrice !


En Conclusion :

Ni le grand éclat de rire prévu, ni le drame larmoyant, Justine Triet propose une comédie “désespérée” et attachante sur une femme en perdition… une femme d’aujourd’hui qui jongle entre sa carrière, sa vie de mère, ses angoisses. Sublimé par l’interprétation de Virginie Efira, le second film de la réalisatrice tiendra une place particulière dans la mémoire du cinéphile : la naissance d’un talent incroyable qui n’attendait que le bon regard pour enfin être révélé au monde.

[usr 3,5]


Commentaires Facebook

2 commentaires sur “Victoria (Critique l 2016) réalisé par Justine Triet

    1. Bonsoir Mina,

      Merci de ce retour… l’équipe est heureuse de savoir que vous nous suivez avec attention et que nos articles vous plaisent.

      A bientôt,
      Manu le Suricate

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *