Vice réalisé par Adam McKay [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd’hui… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

S’il est aujourd’hui reconnu pour avoir obtenu l’Oscar du Meilleur Scénario en 2015 pour le film The Big Short (dont il était également réalisateur), Adam McKay c’est surtout imposé comme un des rois de la comédie américaine. A l’image de Peter et Bobby Farrelly, c’est avant tout dans le registre de la comédie absurde qu’il c’est fait remarqué. Après avoir débuté à la télévision par le biais du Saturday Night Live dont il réalisa quelques épisodes, le réalisateur américain se tourna vers le cinéma. Avec son comparse du SNL, j’ai nommé Will Ferrel, il réalisèrent quelques comédies qui allaient marquer toute une génération. De la comédie absurde, à la limite du burlesque, mais jamais trash. De la pure comédie si on adhère au “style Will Ferrel”. Wake Up, Ron Burgundy: The Lost Movie, Talladega Nights: The Ballad of Ricky BobbyStep Brothers, Very Bad Cops puis Anchorman 2: The Legend Continues. De très beaux succès au box office américain (entre 90 et 170 millions de dollars de recettes pour chacun des films pour des budgets qui vont respectivement de 26 à 100 millions de dollars), qui n’ont pour la majorité pas eu droit à des sorties dans les cinémas français, mais néanmoins supportés et portés comme étendard de la comédie américaine par quelques centaines, voire milliers de connaisseurs. Un duo qui n’a plus rien à prouver. Supporté dans son pays originel et que l’on pourrait retrouver très prochainement avec la suite de Step Brothers, mais en attendant, c’est bel et bien en solo que le réalisateur et scénariste Adam McKay brille de milles feux. Trois ans après avoir livré une satire pop et relevée sur le monde de la finance, même si extrêmement balbutiante (à cause d’un ton comique ou dramatique inculqué par des partis-pris techniques ou de mise en scène pas assez appuyés et/ou assumés), il s’attaque cette fois-ci au monde politique. Plus particulièrement, à l’homme politique américain Dick Cheney.

Qui est Dick Chesney ? En ce siècle cinématographique où le biopic est devenu un genre à part entière, pour ne pas dire le genre de référence pour celles et ceux qui ont l’envie de graver dans le marbre une personnalité ou un événement qui eu son importance dans l’évolution de notre société, la question précédemment posée aurait-été le point de départ de l’histoire. Qui est-il ? D’où vient-il ? Qui sont les personnes qui l’entoure et l’ont entouré ? Afin d’aboutir par déduction à la construction de la personnalité que l’on connaît ou l’on a connu. Colette, Bohemian Rhapsody, First Man ou encore At Eternity’s Gate pour ne citer que les biopics parus en cette année 2018 sur le continent canadien (I, Tonya et Darkest Hour étant parus à la fin de l’année 2017), sont en ce sens sur le papier que de “simples” biopics qui racontent la vie d’une personnalité. Vice, n’est en ce sens pas un biopic comme les autres, pour ne pas plus simplement dire : n’est pas un biopic. On prend les mêmes et on recommence. Trois ans après la sortie du film The Big Short, Adam McKay réitère et signe une comédie dramatique satirique avec comme personnage principal Dick Cheney. Pop, énergique et mené tambour battant par un casting aussi investi que cocaïné, le cinéaste américain se sert des possibilités offertes par le cinéma afin de faire ressortir l’aspect absurde, dangereux ou dramatique des personnalités qui composent le film, ainsi que des actions et réactions qu’ils vont réaliser. Réaliser un film basé sur des faits réels aux conséquences souvent dramatiques et se servir du cinéma pour créer un pur film de divertissement dont l’aspect satirique et humoristique va renforcer la dramaturgie.

Bercé par la comédie, genre qui demande une rigueur extrême afin de réussir à faire rire ou à attendrir le spectateur, Adam McKay fait preuve d’une maîtrise incroyable de l’image afin de dicter une tonalité à chacune des situations. Riche en plans d’inserts, le cinéaste va se servir de ces derniers afin de créer des sous-entendus qui vont résumer sans la moindre once de subtilité ce qu’ont en tête les politiciens (et plus particulièrement Dick Cheney) lors de dialogues. Avide de pouvoir, véritable marionnettiste qui a su se servir des faiblesses apparentes des autres (politiciens comme simples américains) afin de gravir les échelons. Businessman, CEO et homme politique qui a littéralement changé la politique américains et par déduction, à influer sur la psychologie des américains de la classe moyenne. Celui qui n’a pas réussi à être à la tête des Etats-Unis d’Amérique a trouvé en Georges W. Bush une marionnette pour finalement présider dans l’ombre. Un républicain avide de pouvoir, dont la malice a causée plus de tors que de bien. Une histoire qui n’a rien de drôle ou de divertissante dans le fond, mais grâce au montage et à l’énergie inculquée dans ce dernier, Adam McKay réussit à faire de Vice un pur film de divertissement.

Sous la main de Adam McKay, Cheney, Bush et Rumsfeld deviennent des personnages de cinéma aux personnalités exacerbées, de véritables marionnettes à en faire rougir Guignol. Réussir à divertir tout en ayant de manière sous-jacente un propos extrêmement sombre et radical vis-à-vis de la bêtise – ou de la malice néfaste – dont font preuves les personnages, qui est ici bien plus imposante et prédominante qu’elle ne l’était dans le précédent film du cinéaste. Quelques gimmicks de réalisation, de montage (arrêts sur images…), une bande originale à la limite du romanesque par moment, mais surtout de mise en scène avec cette volonté de briser le quatrième mur avec le personnage interprété par Jesse Plemmons. Lien direct entre le film et le spectateur, qui va subir ce que met en place la politique dictée dans l’ombre par Dick Cheney. Un gimmick ici malin qui permet au film de conserver son dynamisme et l’attention du spectateur, tout en renforçant la théâtralité de l’oeuvre. Faire du pur divertissement drôle et énergique portés par des personnages hauts en couleur, alors que les intentions des personnages en question et l’histoire dans sa globalité n’ont sur le papier rien de drôles ou de bons. Mais si la forme fonctionne superbement, celle-ci entache (in)consciemment le fond de l’oeuvre.

A l’image de tout bon biopic ou film inspiré d’une histoire vraie, Vice est un film suffisamment bien documenté afin de coller au mieux à la réalité. Néanmoins, Adam McKay (réalisateur et scénariste du film) ne signe pas pour autant un film sur Dick Cheney. Dick Cheney est un personnage dont on ne sait rien sur les origines. Un personnage énigmatique dont les motivations sont fondamentalement floues, mis à part cette avidité de pouvoir afin de montrer à sa combattante de femme qu’il n’est pas un moins que rien. Laisser dans l’ombre le passé et les motivations du personnage, tout en dressant son portrait par le prisme du divertissement fait de Vice un film à tendance libéral. Adam McKey n’émet directement aucun jugement envers le politicien. Il s’en sert afin de dépeindre un pan de la réalité politique américaine de manière satirique, mais n’émet aucun avis sur lui ou sur ses actions qui ont des répercussions encore aujourd’hui (Guerre en Irak, politique de la torture pour les “prisonniers de guerre”…). Par le prisme du divertissement et de l’amusement, le spectateur pourrait avoir tendance à se prendre en affection pour Dick Cheney. Il est iconisé par l’image et la mise en scène du cinéaste. De manière satirique serte, mais iconisé tout de même. Un homme et sa femme combattante, tous deux partis de rien pour arriver en haut dans l’ombre du pouvoir exécutif américain. Ils en veulent et seulement la mort pourra les arrêter. C’est le portrait d’un homme pour lequel on pourrait ressentir une forme de sympathie. Divertir est à double tranchant et c’est finalement là que Adam McKay trouve les limites de son concept.

Adam McKay pousse le bouchon et va encore plus loin dans la satire. Une peinture grinçante et glaçante de l’ombre du pouvoir exécutif américain sous le gouvernement Bush. Tel guignol au Théâtre des Marionnettes, le cinéaste américain met en lumière avec satire et dans le but d’amuser un homme qui a changé le cours des choses… et pas que en bien. Adam McKay fait preuve d’une répartie cinématographique pour faire rire à partir de la réalité, à défaut de pouvoir la commenter lui-même de vive-voix. Porté par l’incarnation aussi bluffante que réellement stupéfiante d’un Christian Bale méconnaissable tant physiquement que dans le jeu (intonation, manière de parler et de bouger), ainsi que par les excellents Amy Adams, Steve Carell et Sam Rockwell, Vice est une satire qui se sert admirablement bien des possibilités (mise en scène et montage image/son) offertes par le cinéma pour amuser tout en parlant de personnes dont les actions réalisées entraînent encore aujourd’hui des répercussions dramatiques. Adam McKay pousse le bouchon, assume réaliser une comédie satirique absurde et ne prend plus de gants blancs.


« Vice divise, va diviser, mais c’est bien parce qu’il ose, va toujours plus loin dans les digressions comiques et théâtrales sans aucune retenue qu’on l’aime. »


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