Velvet Buzzsaw, une production Netflix vraiment originale ?

Synopsis : Le thriller Velvet Buzzsaw se déroule dans le milieu de l’art contemporain à Los Angeles, où artistes et collectionneurs richissimes sont prêts à débourser des fortunes pour des pièces pouvant rapporter gros.

Netflix, Netflix, NetflixNetflix par ci, Netflix par là. Netflix au Festival de Cannes, Netflix viré du Festival de Cannes, Netflix au cinéma, Netflix dans votre salon… Depuis sa création la plateforme de streaming légale n’a jamais autant fait parler d’elle. À l’image de Martine qui passe ses après-midi à l’école, à la campagne ou à la plage, Netflix nous livre chaque semaine une nouvelle aventure. Elle s’accapare la lumière, mais est-ce fondamentalement une bonne chose que l’on en parle autant ? Si elle a la force d’avoir ouvert les yeux du monde sur les nouveaux moyens de consommé du cinéma grâce à l’émergence de nouveaux produits permettant sa consommation, ainsi qu’au développement accru des nouvelles technologies, possède-t-elle en son sein cette petite étincelle réveillant l’étincelle qui sommeil en chaque potentiel spectateur ? Si c’est une plateforme sur laquelle on retrouve un contenu assez large permettant, tout du moins au grand public, de trouver chaussure à son pied, possède-t-elle des exclusivités qui valent le détour ? On parle de séries, on parle également de documentaires souvent très intéressants, car véritablement originaux, bien produits et documentés, mais on parle également de longs-métrages de fiction. Et là, il faut s’accrocher.

Si certaines productions méritent leur label “production ou création originale” (que Netflix en soit à l’origine de la production ou non), grâce à une once de créativité et d’originalité tant dans l’histoire contée que dans la manière de conter cette histoire (Apostle, Beasts of No Nation, Hold the Dark ou encore Annihilation et Roma que l’on a également pu voir sur grand écran outre-Atlantique), d’autre bien moins. Et ces autres représentent majoritairement une certaine majorité d’œuvres sur lesquelles appuie la plate-forme de streaming pour accentuer leur force de frappe marketing. Anon, Spectral, Mute, War Machine, Mowgli, Bright, The Babysitter, Outlaw King ou encore Bird Box dernièrement. Ce ne sont pas tous de mauvais films, mais ce ne sont pas des films qui brillent par une créativité (technique ou scénaristique) ou remise en question du médium qu’est le cinéma. Ce sont des films achetés sur le tard par la plateforme afin de les intégrer à leur catalogue et leur permettre de trouver leur public respectif. Un amoncellement d’œuvres qui, à cause d’une qualité fluctuante inculque au catalogue des productions Netflix un aspect récupération et fourre tout, capable du pire comme du meilleur, mais sans aucune cohérence artistique. Si d’un côté ça permet aux films en question d’être vu alors qu’une sortie salle ne leur étaient pas promise, de l’autre, ce ne sont pas des œuvres, et une accumulation qui forment sur le long terme l’image globale du catalogue, qui nous poussent à nous abonner à la plate-forme. Lorsqu’est annoncé en grande pompe la sortie en exclusivité sur la plate-forme de streaming américaine du nouveau film réalisé par Dan Gilroy avec au casting le retour de Jake Gyllenhaal, ainsi que de Rene Russo, quatre ans après Nightcrawler, on est forcément pétri d’impatience. Malheureusement, le constat est sans appel et le film ne vient qu’accentuer cette image que l’on avait déjà de la plate-forme.

Rien que par le prisme de ce titre férocement évocateur, Dan Gilroy donne l’eau à la bouche. Velvet Buzzsaw, ou la culture du buzz à partir de la création artistique underground. Satire du monde de l’art contemporain ou plus précisément de ceux qui s’octroient la possession et le droit de la critique acerbe sur ces mêmes œuvres au détriment possible de la volonté des artistes, Velvet Buzzsaw est un film à double tranchant. Si sa partie satirique a de quoi faire sourire et distraire, la bascule vers un registre plus horrifique lui sera malheureusement fatale. Comédie satirique avant tout, Velvet Buzzsaw s’imprègne dans son écriture de l’image renvoyée par le monde de l’art contemporain façonné par des œuvres aussi belles plastiquement qu’incompréhensibles et farfelues, ainsi que par des hommes et des femmes aux caractères aussi colorées que ne le sont les œuvres. De véritables personnages, tant dans leurs manières de réfléchir, que d’analyser ou de parler. Dan Gilroy s’en amuse. Il exacerbe cette image afin de créer des personnages de fiction aussi drôles insupportables. Grâce à quelques fulgurances de mise en scène, le cinéaste réussit à jouer de ce lien existant entre l’acheteur/critique et l’oeuvre dont il est question. Inculquer au spectateur l’impression qu’il assiste au spectacle donné par des êtres humains qui regardent et analysent avec autant de fascination que de bêtise des œuvres d’art. Mettre le spectateur à la place de l’oeuvre afin de montrer que les bêtes de foire sont bel et bien les acheteurs et non les œuvres afin que le récit puisse basculer avec logique et fluidité vers l’horreur.

Si Velvet Buzzsaw n’est pas un film qui brille par le développement d’un propos quelconque (on est davantage dans l’utilisation d’un monde afin de créer des situations à caractère humoristiques ou horrifiques), il se rattrape grâce à cette utilisation du point de vue des œuvres sur ces mêmes fulgurances visuelles. Un excellent point qui ne permet néanmoins pas d’éviter l’accident. De la comédie satirique assumée au slasher movie il n’y a qu’un pas, mais en l’occurrence Dan Gilroy et son équipe donnent l’impression d’être représentés par une oeuvre à taille humaine unijambiste. Si le passage d’un genre à l’autre découle avec fluidité et logique dans son écriture, la monotonie du rythme inculquée par le montage, la mise en scène et la réalisation n’aide en rien à dissocier les parties l’une de l’autre. Une seconde partie absolument quelconque qui n’apporte aucune jubilation au spectateur à cause d’une mise en scène sans saveur et d’une réalisation qui manque cruellement de folie, là où les fulgurances de la première partie relevaient le niveau. C’est avec un profond désintérêt et un ennui aussi poli que certain que le spectateur assiste à des mises à mort qui semblent désintéresser le réalisateur (création incompréhensible de build up inachevés sur certaines mises à mort). Une seule mise à mort va avoir du sens et apporter l’impression du développement d’un propos sur un sujet crucial qu’est la création d’un buzz. Qu’une vaste impression…

Production Netflix parmi tant d’autres, Velvet Buzzsaw est-elle si originale ? Si l’approche satirique et l’utilisation du point de vue des œuvres afin de faire rire dans un premier temps, puis de mettre en place la logique d’une vengeance surréaliste dans un second temps est originale, l’oeuvre dans sa globalité n’en est foncièrement rien. Comédie satirique aussi jubilatoire que médiocre, Velvet Buzzsaw débute sur les chapeaux de roues avant de sombrer dans l’ennui le plus conventionnel et formaliste sans être pour autant visuellement créatif. Si Jake Gyllenhaal et Rene Russo tire leur épingle du jeu grâce à des personnages hauts en couleurs et des prestations amusantes, le reste du casting oscille entre la léthargie (décidément en ce moment après Destroyer) et la prise accidentelle de MDMA. Velvet Buzzsaw possède les bases de ce qui aurait pu être une comédie satirique déjantée, créative et divertissante si elle s’en était donnée les moyens. Un manque de folie certain (pas de concept fort, pas de créativité visuelle… l’envie de pousser les murs n’est pas là) incompréhensible tant on nous rabâche que Netflix laisse libre court à la liberté créative de ses metteurs en scène. Preuve une nouvelle fois qu’il ne faut pas confondre création originale et produit par. Pour le moment Netflix possède le chéquier, mais côté exclusivités américaines (longs-métrages de fiction) on attend toujours d’être conquis.


« Velvet Buzzsaw, la production Netflix qui n’a finalement que son titre pour créer le buzz. »


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