Une Intime Conviction, un thriller judiciaire magistral

Synopsis : « Depuis que Nora a assisté au procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme, elle est persuadée de son innocence. Craignant une erreur judiciaire, elle convainc un ténor du barreau de le défendre pour son second procès, en appel. Ensemble, ils vont mener un combat acharné contre l’injustice. Mais alors que l’étau se resserre autour de celui que tous accusent, la quête de vérité de Nora vire à l’obsession. » 


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Pour son premier long-métrage, Antoine Raimbault s’attaque au genre du thriller judiciaire et du film de procès, s’inspirant de l’affaire Viguier, un procès qui avait défrayé la chronique à l’époque. Un procès de plus de dix ans, accusant un père de famille d’avoir assassiné sa femme, suite à sa disparition soudaine. Un procès où l’accusation d’un homme se fonde plus sur les hypothèses et les rumeurs médiatiques que sur des preuves concrètes. Une Intime Conviction relate les faits réels de cette affaire du point de vue d’un personnage fictif, le seul et unique du long-métrage, celui de Nora (incarnée par l’actrice Marina Foïs qui confirme une nouvelle fois son grand talent d’actrice), une mère qui élève seul son fils. La fille de l’accusé donnant des cours de maths à son fils, elle se retrouve au plus près de l’accusé, persuadé de son innocence par une conviction intime qui la pousse à faire équipe avec un avocat, Éric Dupond-Moretti (incarné par l’excellent Olivier Gourmet) pour prouver l’innocence de Jacques Viguier. L’avocat lui confie alors la lourde tâche d’éplucher les écoutes téléphoniques du procès. Par le point de vue d’un personnage fictif, crée selon les informations rassemblées par le cinéaste sur le procès, associé à l’avocat réel de Viguier, le cinéaste convoque une reconstitution méticuleuse des écoutes téléphoniques, faisant appel au pouvoir du son pour nourrir l’obsession d’un personnage qui crée ses propres hypothèses, sa propre paranoïa autour d’une affaire médiatique. 

Dans ce postulat de départ, Antoine Raimbault convoque à la fois Conversation secrète de Francis Ford. Coppola, où tout repose sur des écoutes téléphoniques, et le Zodiac de David Fincher à travers le personnage obsessionnel de Nora qui n’est pas sans rappeler celui de Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal) qui développe une obsession pour le tueur en série et ses lettres de signes. Le cinéaste cite à plusieurs reprise Hitchcock et la théorie du crime parfait, Jacques Viguier étant lui même cinéphile. Un détail dans les faits relatés que le cinéaste n’oublie pas de rappeler. Et qu’il est bon de voir un cinéaste français qui cite dès son premier long-métrage des références allant de Coppola à Fincher, en passant par HitchcockAntoine Raimbault revendique une volonté de revenir au thriller judiciaire à l’américaine, relatant un procès aux multiples rebondissements, donnant au deuxième acte de son long-métrage une densité folle, presque épuisante. Le cinéaste filme les scènes de procès avec des moyens mineurs, dans un dispositif presque documentaire, caméra à l’épaule. Des scènes de plaidoiries captivantes, à l’image d’un plaidoyer théâtral de 10 min où Olivier Gourmet livre une performance mémorable. 

Antoine Raimbault choisit d’aborder les faits par le prisme de son personnage fictif, dont le quotidien est rythmé par ces écoutes téléphoniques qui deviennent une obsession, le personnage suivant le procès par une télévision retransmettant le procès dans une salle voisine du tribunal, les yeux rivés sur l’écran dans un montage alterné avec le procès qui se joue en direct, dans le contre-champ. Le cinéaste convoque le médium cinématographique dans tous ses aspects, autant sonore que visuel, fictif que réel, pour décortiquer la mécanique implacable d’un système judiciaire défaillant, où les preuves ne sont que les hypothèses et les rumeurs des jurés derrière leurs écrans médiatiques. Tout en livrant une analyse pertinente du système judiciaire et de son rapport à la notion de vérité, Antoine Raimbault signe, en guise de premier film, un thriller judiciaire magistral. 


” Tout en livrant une analyse pertinente du système judiciaire et de son rapport à la notion de vérité, Antoine Raimbault signe, en guise de premier film, un thriller judiciaire magistral. ” 


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