Un Petit Boulot (Critique | 2016) réalisé par Pascal Chaumeil

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Synopsis : “Jacques habite une petite ville dont tous les habitants ont été mis sur la paille suite à un licenciement boursier. L’usine a fermé, sa copine est partie et les dettes s’accumulent. Alors quand le bookmaker mafieux du coin, lui propose de tuer sa femme, Jacques accepte volontiers… “

Aujourd’hui, lorsque l’on dit “cinéma français”, l’on comprend grossièrement “comédie de bas étage au scénario vu et revu avec en tête d’affiche Kev Adams ou encore Dany Boon“. Cependant, ce n’est bien évidemment pas que ça, ne serait-ce que dans le genre de la comédie. Les comédies françaises ne sont majoritairement plus ce qu’elle pouvait être à une certaine période (ndlr : avant les années 2000), mais il reste quelques réalisateurs qui savent nous faire rire, et ce, avec des films qui sortent des sentiers battus. Pour le côté burlesque, l’on peut citer notamment Albert Dupontel, alors que pour le côté thriller l’on citerait tout aussi facilement aujourd’hui Pascal Chaumeil. Le regretté Pascal Chaumeil, disparu il y a un an de ça, avait fait sensation lors de la sortie de son premier long-métrage réalisé pour le cinéma en 2010. Un film nommé L’Arnacoeur avec déjà au casting un certain Romain Duris. Déception cependant deux ans plus tard avec la comédie complètement ratée Un Plan Parfait avec Dany Boon dans le rôle titre. Une production américaine jamais parue en France plus tard (ndlr : Up & Down avec entre autres Aaron Paul), voici que sort au cinéma Un Petit Boulot, film posthume dont le tournage s’est achevé juste avant sa disparition. Et s’il nous laissait en guise de testament cinématographique son film le plus drôle et le plus réussi ?

Sur un scénario de Laurent Zeitoun, Jeremy Doner et Yoann Gromb, pas des grands noms du cinéma français, L’Arnacoeur était en quelque sorte la pépite inespérée sortie véritablement de nulle part. Film rondement mené au scénario original dont l’histoire, même si simpliste et cousue de fil blanc, fonctionnait et happait le spectateur grâce à ses personnages attachants et à un rythme presque frénétique. Un vent de fraîcheur dans la comédie française. Un vent de fraîcheur que l’on retrouve avec surprise, mais surtout grand plaisir grâce à ce nouveau long-métrage tout simplement nommé Un Petit Boulot. Adapté du roman Since The Layoffs écrit par Iain Levinson, Un Petit Boulot est une comédie noire très drôle, mais avant tout une comédie noire au message social et à la morale extrêmement bienveillante. Une bienveillance, non pas envers le système, que le scénario dénonce en sous-texte, mais envers ces travailleurs qui du jour au lendemain se retrouvent sans rien, mais pour qui le social et les relations humaines s’avèrent finalement plus importants que tout. Que ce soit formellement ou fondamentalement parlant, Un Petit Boulot n’a incontestablement rien du film qui révolutionnera le cinéma, mais ce n’est pas ce qu’il cherche à faire. Aussi simple soit-il, son scénario s’avère suffisamment solide et bien écrit pour lier une à une les diverses thématiques utilisées. Ces dernières ne sont pas simplement survolées ou utilisées comme prétexte. Elles vont être habilement utilisées afin de caractériser les personnages, tout en enrichissant le récit afin d’amplifier et de développer son aspect sociétal. Aspect tout aussi important que son aspect humoristique, quasiment burlesque qu’embrasse le film par moment.

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Adapté par Michel Blanc, dont il a écrit le scénario ainsi que les dialogues – en plus d’offrir une jolie performance – ce dernier offre à Pascal Chaumeil un scénario dont les rouages et personnages rappellent fortement L’Arnacoeur. Un scénario à l’histoire très simple, mais maîtrisé de A à Z. De la caractérisation des personnages, aux amorces et diverses situations faisant osciller le film entre différents types d’humour (du burlesque à l’absurde, sans oublier les quelques jeux qui donnent du cachet et une véritable sympathie envers le protagoniste) lui permettant de ne jamais se reposer sur des acquis, le film a beau reposer sur une histoire des plus simples et aux facilitées apparentes, il n’en reste pas moins remarquable. Ne pas trop en faire, ne pas chercher à se justifier tout le temps ou caractériser trop en profondeur les personnages, permet au scénario de se concentrer sur ce qui est nécessaire. On remarquera également cette volonté de ne pas trop en faire en terme d’humour et de créer la comédie grâce à la personnalité maladroite du protagoniste. C’est sans rappeler quelques productions outre-Atlantique de renoms, ainsi qu’un binôme de réalisateurs que l’on adore qui se nomment : Joel et Ethan Coen. Le scénario trouve un juste équilibre parfait entre le drame social et la comédie permettant aux deux genres de se compléter l’un à l’autre et que l’un ne prenne jamais le pas sur l’autre.

Un Petit Boulot est également un long-métrage qui nous dévoile une nouvelle fois les talents comiques de Romain Duris. Il porte le film sur ses épaules et incarne à la perfection cet homme désabusé dont la perte de son emploi lui a tout fait perdre. Il donne du corps à ce personnage, qui va petit à petit regagner en charme et en charisme. Ce qui va passer par une allure changeante, une diction des dialogues qui va évoluer et gagner en sérénité… Un casting qui en règle générale réussit par leurs interprétations à rendre une situation plus drôle et plus juste qu’elle n’aurait pu l’être. C’est une question de rythme, de bon tempo inculqué par un travail d’équipe fait entre le scénariste et le metteur en scène. Metteur en scène, dont on retrouve les mimiques, notamment dans la façon de mettre en valeur l’interprétation de Romain Duris à l’image ce qu’il faisait déjà dans leur précédente collaboration. À noter, les quelques fulgurances qui ponctuent le film, lui offrant un charme supplémentaire. Fulgurances techniques, tant sur la gestion de la lumière, que dans la réalisation. Réalisation sommaire et didactique, mais suffisante et soignée.


En Conclusion :

Dédié à son réalisateur tristement disparu, même s’il n’aura donc pas pu voir sa dernière oeuvre, Pascal Chaumeil aurait de quoi être heureux du travail accompli par son équipe. Un Petit Boulot, est comédie sociale remarquablement écrite par Michel Blanc, dont les dialogues savoureux et l’entremêlement entre absurdité des personnages et le burlesque de certaines situations offrent aux spectateurs de beaux moments de rire. Incarné à merveille par un Romain Duris toujours aussi drôle et investi dans ses rôles, Jacques entraîne les spectateurs dans une aventure à la finalité prévisible certes, mais drôle et rocambolesque. Chaudement recommandé !

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