Un jour dans la vie de Billy Lynn réalisé par Ang Lee [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “En 2005, Billy Lynn, un jeune Texan de 19 ans, fait partie d’un régiment d’infanterie en Irak victime d’une violente attaque. Ayant survécu à l’altercation, il est érigé en héros, ainsi que plusieurs de ses camarades. Et c’est avec ce statut qu’ils sont rapatriés aux Etats-Unis par l’administration Bush, qui désire les voir parader au pays… avant de retourner au front. “


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Salé Sucré, Raison et Sentiments, Tigre et Dragon, Hulk, Le Secret de Brockeback Mountain, puis Life of Pi. Ang Lee s’affirme comme un réalisateur audacieux, toujours à la recherche de nouveautés, tant dans le genre cinématographique que dans la technologie pouvant être exploitée. Il s’essaye à tout et, à l’image de la société et du business artistique avec lequel il évolue en tant que cinéaste, adapte sa façon de travailler et de concevoir le cinéma. Même s’il avait fait un faux pas avec Hulk, seule ombre à son palmarès, l’on ne peut pas dire qu’il avait tenté de donner une approche, son approche, à l’adaptation de comics. Un faux pas réalisé à la veille de l’avènement de l’ère Marvel. Un faux pas, mais en quelque sorte précurseur vis-à-vis de ce qu’Hollywood allait mettre en marche (le Marvel Cinematic Universe, ndlr). Il a toujours un pas d’avance et même s’il doit chuter, il se relèvera et tentera de nouvelles choses.

Life of Pi fut une grande avancée dans sa carrière internationale. Un film révolutionnaire puisque s’offrant le luxe d’aller au-delà du travail opéré par James Cameron avec la même technologie. Life of Pi, une poésie visuelle dont la 3D était un élément indissociable permettant à l’univers de prendre vie et au spectateur de s’immerger pleinement dans l’histoire aux côtés du jeune Pi. Une mise en scène et une réalisation faite en corrélation avec la technologie, afin que cette dernière ne soit pas qu’un simple gadget. Le cinéma est un spectacle, un spectacle artistique qui ne demande pas forcément que des explosions… Après la 3D, place au HFR et au 120 images par secondes avec le film : Un jour dans la vie de Billy Lynn.

Des héros tourmentés par la guerre, tués par la société

Peter Jackson s’était essayé au HFR (48 images par secondes et non 120) avec la trilogie The Hobbit, mais Ang Lee a décidé d’aller plus loin. De pousser cette technologie à son paroxysme. Un paroxysme déjà plus existant, dépassé, tant la technologie évolue à une vitesse folle, mais nos salles de cinéma françaises ne vont pas dans ce sens. Ces dernières n’évoluent pas aussi vite que la technologie, freinant des cinéastes et laissant des œuvres dans les tiroirs. Un jour dans la vie de Billy Lynn est un film conçu pour le HFR et un frame rate de 120 images par secondes, mais vous ne le verrez qu’en 24 images par secondes… et chez vous si on en croît les grilles de programmation du mercredi 08 février 2017. Lors de son passage au Festival International du Film d’Amiens édition 2016, Douglas Trumbull, maître des effets spéciaux (Blade Runner, Rencontre du Troisième Type…) nous expliquait travailler sur le futur du cinéma, sur le HFR et le 120 images par secondes. Une technologie qu’il a présentée à des cinéastes et sociétés, et dont Ang Lee s’est immédiatement emparé dans le but de réaliser son nouveau film : Un jour dans la vie de Billy Lynn. Douglas Trumbull a déclaré ne pas aimer ce film, ce qui n’est pas notre cas. Même si amputé par un frame rate bloqué à 24 images par secondes, il en reste une œuvre qui marquera le cinéma et que l’on ressortira très clairement dans les prochaines décennies, lors que le HFR 120 FPS sera démocratisé. Une œuvre tant passionnante aujourd’hui grâce à la technologie avant-gardiste qu’elle exploite, que par son propos clairement engagé envers les États-Unis et leurs conflits intérieurs et extérieurs.

Une œuvre qui, par le prisme du PTSD (trouble de stress post-traumatique, ndlr), va développer un large panel de personnages établissant un constat sur ce que sont les États-Unis et ce que ce pays provoque sur ses soldats et habitants. Comment sont vu les soldats, comment ils sont traités et utilisés par les médias, comment ils sont rongés par la guerre, mais surtout par la société qui les provoque à leur retour. Une large question qui en englobe plusieurs et à laquelle le film répond avec une sincérité et une tendresse bouleversante. Le cinéaste opte pour le point de vue du jeune Billy Lynn, celui d’un jeune soldat paraissant fébrile au préalable, mais dont le regard porté par le cinéaste en fait un redoutable soldat, un être humain tourmenté, mais solide. Sincère, beau, touchant et d’une précision redoutable dans les mots employés afin de caractériser avec aisance et efficacité chacun des personnages et dire en quoi chacune des séquences à son importance à l’avancée du récit.

Un scénario redoutable, un casting impeccable porté par la révélation Joe Alwyn et un Vin Diesel qui trouve ici son plus beau rôle depuis Pitch Black et un travail visuel le rendant unique en son genre. Le HFR permet d’avoir une image plus nette et réaliste qu’à l’accoutumée. Des couleurs plus vives, un contraste saisissant et une netteté impressionnante permettant d’avoir un champ visuel qui ne s’arrête pas au premier plan. Cette impression que le premier plan sort de l’image, a été superposé à l’arrière-plan par effet numérique, alors que non. Ang Lee s’en sert à merveille, usant majoritairement de plans rapprochés poitrines, voire gros plans pour faire ressortir les personnages du décor. Le face caméra n’est jamais très loin, tant Ang Lee cherche à faire sortir le personnage parlant du cadre, de la toile du cinéma. Un procédé de mise en scène permettant de faire transparaître avec aisance les incroyables performances des acteurs, mais également très répétitif. Le réalisateur en use et en abuse, faisant de Billy Lynn un film incontestablement fait pour le HFR 120 FPS. L’envie d’avoir une impression de 3D sans la 3D. En 24 images par secondes, le résultat est beau, immersif, mais redondant, car limité, là où l’expérience doit-être impressionnante en 120 images par secondes. L’on sait que l’on voit un grand film, tant visuellement que scénaristiquement, mais il nous manque ce petit quelque chose qui permet à l’expérience d’être parfaite. Une œuvre aussi brillante que frustrante, qui nous marque, dont on se souvient, mais dont on en sort en se disant : “En 120 images par secondes, qu’est-ce que ce doit être beau !”.

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