Un Homme Intègre réalisé par Mohammad Rasoulof [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce.
Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre.
Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?”


Du 10 au 18 novembre dernier se tenait la 37ème édition du festival international du film d’Amiens. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films en compétition internationale vus durant ce festival. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


Les conditions de présentation du nouveau film de Mohammad Rasoulof (Au Revoir, 2011) durant cette compétition internationale étaient assez particulières. Le cinéaste Iranien s’est vue en effet confisquer son passeport en rentrant d’un festival aux Etats-Unis, et arrêté pour motif « d’atteinte à la sécurité nationale » de son pays. Le cinéaste ne fut donc pas dans la possibilité de présenter son film cette année, ce qui a donné une dimension encore plus politique par rapport au sujet de son nouveau film Un Homme Intègre, présenté dans la catégorie « un certain regard » dont il est reparti primé, à Cannes cette année.

Le film raconte l’histoire de Reza (interprété par Reza Akhlaghirad), un éleveur de poissons d’eau douce qui vit une vie paisible, éloigné de la vie en société, avec sa femme et son fils. Une compagnie privée ayant des vues sur son terrain, Reza se retrouve menacer par des personnes haut placés et corrompus qui veulent le contraindre de vendre sa propriété.

A la manière du cinéaste Asghar Farhadi (Une Séparation, Le Passé, Le Client) filme la conséquence dans le milieu familiale, Mohammad Rasoulof filme la conséquence de la corruption de son pays, qu’il filme de manière frontale et sans aucune concessions (ce qui lui a probablement valu des ennuis à l’heure actuelle), dans le cercle familiale. Dans une mise en scène frontal envers ses personnages, sans aucun jugements sur eux comme lorsque Asghard Farhadi filme ses protagonistes, le cinéaste filme l’action dans des cadres composés et fixes, en filmant la lenteur du quotidien de cette famille intègre, qui au fur à mesure du récit voit le mal pénétré dans leur vie. Par la lenteur du rythme et la maîtrise du récit et de la mise en scène, Mohammad Rasoulof filme les actes de ses personnages, que ce soit ceux de Reza ou de sa femme, également atteint par le fléau de la corruption dans sa profession d’institutrice, ainsi que les conséquences douloureuses qui s’en suivent.

Mohammad Rasoulof n’épargne en aucun le cas le système politique de l’Iran dans le portrait virulent qu’il dresse de la hiérarchie de son pays, que ce soit les bureaucrates haut placés qui font pression sur Reza, ou encore les fonctionnaires, représentant de l’ordre, agissant dans l’ombre, par des moyens destructeurs. Vacillant entre le pur film de polar et la critique social et politique sur le système Iranien, que ce soit la bureaucratie ou le portrait d’une vie d’éleveur, Un Homme Intègre est avant tout le récit de la descente aux enfers d’un homme pour qui seul une chose compte : son foyer. Mohammad Rasoulof questionne les conditions de vie de son pays pour poser la question de l’intégrité : comment rester intègre dans un pays corrompu qui vous pousse à « chasser » pour ne pas « être chasser », selon les dires d’un personnage.

A la fois fable social « Farhadienne » et polar maîtrisé de bout en bout, le film Un Homme Intègre est à salué pour la performance de son acteur, Reza Akhlaghirad (performance ayant reçu une mention spéciale au palmarès de cette 37ème édition), dont le jeu retranscrit magistralement le passage de l’intégrité à la corruption. Le film de Mohammad Rasoulof s’impose comme l’un des coups de cœur de cette compétition aux côtés d’I am not a witch de Rungano Nyoni et Frost de Sharunas Bartas.

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