Un Grand Voyage vers la Nuit, entre trip onirique et errance existentielle en 3D

Synopsis : « Luo Hongwu revient à Kaili, sa ville natale, après s’être enfui pendant plusieurs années. Il se met à la recherche de la femme qu’il a aimée et jamais effacée de sa mémoire. Elle disait s’appeler Wan Qiwen… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Présenté dans la sélection « Un Certain Regard » au dernier Festival de Cannes, Un Grand Voyage vers la Nuit, second long-métrage du cinéaste chinois Bi Gan, est un film qui a fait beaucoup de bruits sur la croisette, ayant déclenché une véritable passion chez les festivaliers, particulièrement pour son aspect « prouesse technique ». Le long-métrage se présente sur le papier comme l’errance existentielle de son héros, Luo Hongwu (interprété par l’acteur Huang Jue), qui revient à Kaili, sa ville natale, à la recherche d’une femme mystérieuse nommée Wan Qiwen (incarnée par l’actrice Tang Wei), un fantôme qui n’existe que dans les souvenirs de Luo. 

Le film de Bi Gan part d’un postulat de départ proche d’un genre qui est celui du film noir dont il épouse toutes les dimensions esthétiques dans sa première partie. Dans la première heure du film,Bi Gan filme son personnage errant dans les rues de Kaili, vêtu d’un grand manteau noir, le montage brouillant les pistes entre la réalité et les souvenirs mentaux du personnage. D’un plan à un autre, entre deux mouvements de caméra, le film bascule dans les fragments de la mémoire de cet homme perdu, où apparaît une femme mystérieuse vêtue d’une robe verte, maquillé d’un rouge à lèvres qui n’est pas sans rappeler la femme Hitchcockienne par excellence, insaisissable dans la réalité et uniquement accessible dans les songes de son personnage, sublimés par une esthétique surréaliste, dans la nuit de Kaili, éclairée par les lumières hypnotiques des néons. La première partie pose des pistes, à travers une narration éclatée, à l’image de la mémoire fragmentée de son héros, où le cinéaste nous laisse des indices, plus de l’ordre métaphorique que narratif, tel un roman noir à l’image du livre que le héros possède, une des rares traces laissée par la mystérieuse femme. 

Puis, après une première heure qui lorgne plus du côté du film noir, notre héros rentre à l’intérieur d’un cinéma, enfile une paire de lunettes 3D, le cinéaste nous invitant à mettre également les lunettes 3D qui nous sont distribuées à l’entrée de la salle. C’est alors que le film de Bi Gan redémarre, le titre s’affiche en relief comme si le film commençait réellement au bout d’une heure. Un plan-séquence d’1h, sublimé par une superbe 3D qui nous émerge dans ce deuxième film qui n’est autre que « le film de notre héros », celui de sa mémoire. Dans la première heure en 2D, le cinéaste parle à travers la voix off de son personnage, qui dit que le cinéma est fait de fragments, de bout à bout mis dans un ordre, à l’image de la mémoire qui est également constituée de fragments mis bout à bout. Commence alors un plan-séquence vertigineux, que le cinéaste s’est fait le luxe de tourner deux fois, en temps réel, durant lequel notre personnage traverse les décors nocturnes de sa ville natale. À travers la profondeur des décors insufflée par le 3D, Bi Gan donne un aspect tridimensionnel à la mémoire de son personnage. Des souvenirs à la frontière du rêve où les pistes dissimilées par le cinéaste dans la première heure prennent vie sous la forme de fragments éclatés, mis dans l’ordre du plan-séquence où la caméra survole l’espace, passe à travers les portes d’une maison abandonnée, telle une caméra rendue fantomatique par le mouvement steadycam. Le bout à bout de ces pistes, de ces fragments mentaux ne donne pas une narration linéaire et il vaut mieux ne pas chercher à les rattacher pour mieux apprécier la proposition de cinéma que représente le film de Bi Gan.

Jamais très loin du cinéma d’un certain David LynchUn Grand Voyage vers la Nuit est une invitation à un songe onirique, envoûtant et hypnotique, partant d’un prétexte, le genre du film noir et les codes qui s’en suivent, pour mieux explorer la psyché d’un héros perdu dans les limbes de sa mémoire. Un trip onirique, hypnotique et existentiel, sublimé par un plan-séquence vertigineux et une 3D immersive. Une expérience de cinéma indispensable.


« Un trip onirique, hypnotique et existentiel, sublimé par un plan-séquence vertigineux et une 3D immersive. Une expérience de cinéma indispensable. »


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